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Ce sont des temps bien sombres pour évoquer le second opus de Sacra, Parfums d’Isenne & d’Ailleurs, indissociable de son frangin. Ce sont, certainement, les meilleurs des temps ? Alors que le vacarme du monde, les dissonances et deuils que l’actualité dépose chaque jour dans le paysage du monde, marée après marée et nausée après nausée, me poussaient fortement vers Fo/vea… par les ailes de Jebraël, par l’expo d’une photographe et la lettre d’un Alcibiade, par les étoiles dans le ciel d’Istanbul — je revenais à Sacra, toujours.
Ce sont, assurément, les meilleurs des temps. Dark times & darkest dreamings — une intéressante conjonction astrale pour aller chercher dans ce recueil, à travers les indices reliant les œuvres de Léa Silhol, et les traces de combats passés et annoncés, du sens pour nourrir le feu sacré.

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 … Des temps pour aller à Londres se perdre dans un labyrinthe urbain, et la contemplation d’ombres et d’objets d’art qui dépassent le simple effet de lumière. Je connaissais “Lumière Noire”, via sa précédente parution en anthologie, mais jamais je n’avais autant apprécié cette nouvelle que tissée en Sacra, en résonance interne et profonde harmonie sur le thème du passage vers cet Ailleurs qui interpelle tant nos âmes humaines…
…Des temps pour faire un pas de plus vers la découverte d’Isenne, et partant vers l’amour d’icelle. Il y a des passages, dans la nouvelle “Sfrixàda (L’Empreinte, dans la Cendre)”, des instants cristallisés, qui appellent le cœur à se donner sans retour, et sans conditions, pour des valeurs, et les expressions de visage — un regard dangereux, un sourire féroce — qui les dévoilent. Lire « Sfrixàda », c’est assister à la rencontre d’une grande âme et d’une grande cité ; lire Sfrixàda dans Sacra, c’est savourer, éprouver le clic par lequel s’assemblent cicatrices arborées et célébration de l’intégrité. Et ce, alors même que les cieux du monde affichent le présage d’épreuves à venir…
… Des temps pour célébrer le ciel, le passage des étoiles et leurs envols de feu, depuis les murs d’une demeure stambouliote, en compagnie de créatures mythiques aux cœurs accordés et aux caractères rivalisant de séductions — que ce soit dans l’action, l’audace, et la fidélité. Sur les accents nostalgiques de “L’Etoile, au Matin”, qui a déjà touché les lecteurs de Fo/vea, “D’une Étoile à l’Autre” déroule la musique d’une bataille décisive qui s’avance, rassemblant les forces amies à travers tous les pans d’univers silholiens, et non sans de terrestres, terribles arrachements…

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… Des temps pour explorer plus avant encore, après Istanbul, de l’Empire khazar à la République d’Isenne, la merveille des cœurs fidèles. J’avais adoré “La Faveur de la Nuit”, revenant sans m’en lasser, au fil des parutions, à ce récit aux accents théâtraux, et initiatiques, reliant l’histoire d’un peuple fascinant et méconnu à la beauté des nuits sous l’égide de Finstern : sa version longue et remixée, “Béni Soit l’Exil”, m’a carrément renversée, avec la force de frappe et l’éclairage d’un coup de foudre. (Ai-je déjà dit combien chaque rencontre avec Isenne, et Angharad, est l’occasion de tomber plus profondément, et irrémédiablement, en amour ? Oui ? Right so.)
… Des temps pour aller au Japon parler, en des temps de fer, de violence et de guerre, le langage de la paix, et les inflexions dures du devoir, du destin, des âmes déchirées. Petit roman, grand texte, point de jonction où se retrouvent les descendants de “Gold” et de “La Loi du Flocon” (et tellement plus encore), où les fays pénètrent dans le monde des kamis, où les ors du Kintsugi côtoient les encres de tatouage et le cyberpunk rencontre le folklore, “Le Maître de Kōdō” représente un jalon essentiel, surprenant et attachant, de la Trame — à l’intègre image de l’ensemble du double recueil Sacra (les amoureux de Vertigen autant que les âmes éprises de Frontier se feraient grand tort de passer à côté !). Et tandis que les cœurs se reconnaissent et s’éprouvent, les alliances se nouent et les forces se rassemblent, encore, sous des cieux sombres, percés de fulgurantes splendeurs…
… Des temps pour aller — vers le pinacle, vers l’abîme — méditer en contemplant le sourire et la silhouette des Bouddhas d’Afghanistan. Depuis sa première parution en anglais, je n’ai jamais cessé de revenir vers “Emblemata”, chaque fois que le sense of doom, la consternation devant les destructions en tous genres qui s’opèrent ici-bas, menaçaient de m’emporter en spirales de noirceur et de misanthropie. Rencontre entre une figure historique et une figure mythique au pied d’œuvres d’art vouées à une prochaine disparition, ce texte fut, pour moi qui ne suis pas bouddhiste, ma première expérience, crucifiante et lumineuse, du Sutra du Cœur qui en inspira l’écriture — et, pour le nombre de fois où j’y suis revenue, entre révolte et amour : une expérience vraie, et réussie. Blessings à l’artiste pour m’avoir appris cette récitation à laquelle langue et cœur se montrent initialement rétifs comme baudets.
… Des temps enfin, parce qu’Emblemata, et l’Irlande de “À Travers la Fumée”, et l’écho des événements de Londres en ouverture de ce second opus — parce que, aussi, tous les indices pointant au fil des œuvres de Léa Silhol vers cette cité —, pour un finale à New York, les tours du World Trade Center en ligne de mire. Pour un new deal, et plus encore un sense of wonder qui offre une merveilleuse réponse au thème de la perte dans “Emblemata”, et à l’ensemble des voix de Sacra.

 Il reste, décidément, de la beauté et du feu sacré parmi les crasses de notre ère. Des œuvres comme Sacra, des compagnons de route et de barricade, qui nous parlent encore — dans le larsen d’aliéanantes actualités — de la tension douloureuse et extatique des âmes vers l’Ailleurs, et des harmonies que produisent ceux qui se reconnaissent en pareil mouvement.

 [Ceci, bien évidemment, n’a rien d’une chronique ou critique. C’est l’extrait d’un journal intime, développé un jour de méditation désespérée sur les laideurs de l’actualité, avec pour bande-son la section “Quête / Révolution” de Alchemical Hooligan (et celle de Kingdom of Heaven en filigrane).]

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Une fois encore, les lignes des fils tendus se croisent, et les quêteurs de secrets se rassemblent, cherchant le chemin vers les codes, rites et fragrances du grand carrefour du monde, et ce qu’il reste de la splendeur…
Autour… de la lueur d’une lampe noire dans une boutique d’antiquités de Kensington ~ des cérémonies initiatiques des adeptes de Morphée, et des songes de braise des Khazars ~ du pas des Nephilim sur la route des âges, et des formules de la vacuité et du détachement, sous l’ombre des statues du Gandhara ~ de l’écho du rire d’Angharad sur les murs des palazzi lagunaires, et du café embaumé d’épices d’un Lucifer mécréant ~ de la couleur envoûtante des érables à Kyoto, au miroir coupant de retrouvailles dans les rues de New York… Dans le souffle brûlant des athanors d’Isenne, les vapeurs des braseros oneiroi, et le parfum du bois d’Agar des cérémonies de Kodo japonaises, le diagramme mouvant du Sacré se dessine et s’efface, une nouvelle fois…

Il ne restera de ces trajectoires de feu, à la fin, que l’empreinte de pas de foudre dans les braises, le sable coruscant et la cendre, et la fumée tenace d’un millier de parfums répandus.

Sous l’égide des Muses et le claquement des bannières du Jinnistan dans les vents de Qâf, par les Sceaux qui convoquent les Déchus et les dieux exilés ; au calame persan, au couteau de peintre, et au plomb des vitraillistes, Léa Silhol, architecte des univers croisés de Vertigen, Frontier et Isenne, conclut le tissage d’une rose des vents en forme de piège à rêves, passionné, viscéral et intransigeant, à l’image des âmes démesurées qu’elle ne se lasse jamais de dépeindre.

Fil d’Ariane

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Il m’a toujours semblé que l’instant où le lecteur brise l’espace intime de résonance d’une œuvre pour la faire basculer dans la sphère si frustrante du commentaire d’art en société… cet instant-là, où trop souvent l’on s’en va troquer la musique pour le bruit, relève de ces (soi-disant insignifiants) sacrilèges avec lesquels la forme du monde nous oblige à composer. Ma seule excuse pour m’y livrer : un coup de cœur plus puissant que mes réticences naturelles, et le désir exigent de le transmettre avec autant de sincérité, de sens et d’authenticité que le permet l’exercice imparfait de la chronique.
Cela est particulièrement vrai pour le recueil qui m’a ravie ces temps derniers, et me tiendra encore longtemps vibrant entre ses pages, j’ai nommé Sacra — Parfums d’Isenne et d’Ailleurs (hail !) Un blog pour rendre justice à ce chœur formidable d’artistes, d’immortels, de sauvages, tous à leur façon cœurs libres, immenses, intenses… ô le paradoxe ! Rendre grâce, alors, pour leur existence trop vraie, trop vivante pour ne pas dépasser les seuils de la fiction, et ruisseler en cascade d’échos éblouissants dans l’univers alentours.
Aux visiteurs de passage qui savent comme moi combien le nom de Léa Silhol sur une couverture est une promesse toujours tenue, une mise toujours plus poussée, des limites toujours repoussées, non, allégrement annihilées : rendez-vous service, lâchez l’écran, filez chez votre libraire. Sacra relève de ces rencontres que l’on ne saurait faire attendre sans s’en mordre rétrospectivement les doigts.

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Sacra, Parfums d’Isenne & d’Ailleurs… le titre à lui seul représente une irrésistible invitation au voyage, accroche d’âme renforcée encore par la beauté de la couverture créée par Dorian Machecourt. On embrasse sans résistance la tentation, avec un sourire de côté à Wilde, et on entre en cérémonie, via les volutes d’encens et un sommaire sous forme de symphonie olfactive, vers la considération du sacré sous tous ses aspects, des rituels hiératiques à la beauté naturelle, de l’art des hommes ou des immortels à l’amour divin…

Première station, les pieds plantés en terre irlandaise, le regard tourné vers le Mystère des contrées féeriques… « À Travers la Fumée ». Piaffant d’exaspération devant les lâchetés d’un narrateur timoré et pestant contre sa pauvre appréhension des livres, cette lectrice s’élance vers le plaisir de retrouvailles longtemps guettées avec une figure d’écrivain — embrasse ses paroles et réflexions comme on signerait d’une adhésion féroce un manifeste artistique — effleure les pages du recueil imaginant sous ses doigts, par translation de bibliothèque, les premières traces d’Isenne la fabuleuse, reflet magique et magnifié de Venise…
Isenne se rapproche dès la deuxième étape, « Lithophanie », en la personne de l’un de ses Artisans en mission — et il faut cela dans la balance, son profil sur la route marquant rituellement la direction de la Cité, le verre et les couleurs du vitrail auquel il œuvre, il faut cela pour peser contre les murs écrasants du château où le récit déroule son fil inexorable…
A la troisième station, « Là où Changent les Formes »… le pas se fait ardent et dansant, entraîné par le vent et une ivresse de couleurs par-delà le seuil d’Isenne. Cela fait des années déjà que je fis ainsi, via le bel Emblèmes Rêves, ma première entrée dans la cité, touriste charmée et âme vite capturée par les puissances à l’œuvre au sein des castes d’Artisans, et la fascination reste neuve comme au premier jour. Et comme au premier jour, me voilà emboitant le pas d’une citoyenne revenue d’exil, explorant les rues, rouages et rituels locaux, la suivant jusqu’en ses rêves et ses rencontres avec une si réelle créature mythique — exquis périple où l’on flirte dangereusement, délicieusement, avec le sacrilège et l’obsession… Songeant crescendo que Sacra décidément n’a rien à envier, en termes de pouvoir des œuvres d’art, aux artefacts isenniens évoqués entre ses pages.
Surprise, la foulée suivante sur cette « rose des vents » (comme l’appelle Léa Silhol) nous transporte, d’un clic de rouage articulé sur la thématique du rêve et de la réalité, vers la Melniboné de Moorcock, une nuit fiévreuse où l’on croirait palper l’esprit de la ville à travers la fumée des rituels mortuaires qui a envahi les rues. Une nuit lourde, et zébrée pourtant de telles fulgurances qu’on la dirait inoubliable
Mais la surprise de ce « Rêve en la Cité » n’est rien comparé à celle qui attend ensuite, et m’a laissée à genoux, fauchée par l’émotion et la splendeur de « Gold (Chant du filigrane de la fracture, sur la vague d’un Kintsugi) ». Tous ceux qui réclament à grands cris affamés la suite du roman Nigredo n’ont pas idée de ce qu’ils perdraient, s’ils passaient à côté de cette bouleversante rencontre — avec emphasis sur l’ampleur du bouleversement. « La voix de tous ceux que — aimés jadis — nous pensions avoir perdus pour toujours », dit la quatrième de couv’… et oui, si fait (oh YES…). Et lorsqu’en réponse s’élève à la rencontre de cette voix perdue, une autre pour dire un chant essentiel, et que les actes se conjuguent à l’image des âmes, dans un mouvement fracassant propre à restaurer le monde sur une plus juste trajectoire… là, dans le choc de cet immense coup de cœur, Sacra m’a embarquée sans retour, comme l’utopie de Frontier il y a des années. Nombre des voix recueillies dans Sacra s’en viennent questionner la réalité des hommes, de ceux qui justement ne questionnent pas les formes et limites du monde — comment ne pas les rejoindre, dans le refus farouche d’un monde où les actes sublimes évoqués dans « Gold » seraient mesurés à des aunes étriquées ? Il me semble que le dialogue intérieur initié avec les personnages de cette histoire ne prendra jamais fin, et tout ce qui autour de moi ne s’y rattache pas me semble présentement si falot, irréel.

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Aussi amoureusement que l’on se soit attardé là… Isenne attend, spirituelle et dangereuse, et ce serait faute de goût que manquer le rendez-vous avec ses Muses et ses Artisans — d’autant que le superbe « Trois Fois » nous entraîne plus avant vers le cœur labyrinthique de la Cité, dans le secret des forges et les mystères mis en œuvre là. Sur l’établi des créateurs, la forme dure des rites, des devoirs ancestraux, et la matière dont sont faits les gestes de rébellion ; dans la balance, l’équilibre d’Isenne, la perpétuation de son pouvoir…
Et au terme de cette station solennelle passée dans l’ombre des ateliers et derrière les murs d’une chapelle… « Under the Ivy » nous embarque dans un élan vital et sauvage —  pour une grande inspiration à l’air libre, une course extatique dans les bois, aiguillonnés de la voix par une héroïne qui célèbre son univers naturel, et raille celui des hommes, avec une musicalité de torrent clair (et un goût littéraire très sûr, ainsi que des affinités de caractère avec une certaine Antigone !) Une expérience vibrante et jouissive, ponctuée d’éclats de rire et tendue dans la célébration de la Beauté… On en redemanderait volontiers, d’une telle cavalcade !
Sur cette lancée… « Magnificat ». Wow. Enfin les djinns entrent dans la danse, aux côtés des anges déchus, laissent apercevoir leur place dans la Trame du monde silholien. Encore une fois, terrible est la tentation de s’attarder dans les pages du récit, en faire rouler entre ses doigts les éclats coupants, et en son âme les résonances poétiques — mais comme une fumée qui monte aux cieux, Sacra spirale vers le sublime, le vertige de l’élévation, et l’on se laisse emporter, avec autant d’abandon qu’en embrassant la Chute à travers Fovéa. Déployé à l’apex, un chant que je défie tout amoureux de Vertigen d’entendre sans le recevoir en plein plexus.

Et ainsi, osmose réussie, l’œuvre devient elle-même la cible, l’objet de son langage de l’extase — écrite qu’elle est dans un alphabet où le Ô fervent et le Yes ardent représentent des lettres essentielles.
Il coule dans Sacra une lumière extraordinaire : celle des matins naissants, lorsque les veilleurs et les éveillés qui ont égrené chaque heure, chaque nuance de la nuit, aiguisés et ciselés par leur expérience de l’Ombre, et vivants comme jamais, renversent la tête vers le ciel pour mieux recevoir le chant d’aube du Phénix.

(… Et dire qu’il reste à découvrir le second volume, dont la parution est imminente…)

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Ex-stasis… L’extase… l’ivresse, le ravissement, l’intoxication d’un instant ou d’une ère…
Encapsulée dans le rituel, la forme, et les parfums du monde…
Dans les sens… dans l’encens…

Au travers d’une boîte de palissandre que les écrivains se transmettent secrètement depuis des siècles ~ des calligraphies du roi des Djinn, même sur un parchemin frauduleux, et de la dialectique des céramistes Satsuma dans le salon de Klimt ~ des bouquets de fleurs blanches envoyées par un père à sa fille, et des visages du Green Man dans des bois interdits ~ des voiles des navires qui filent vers le port, enflées par les chants des passagers, et de la voix de tous ceux que — aimés jadis — nous pensions avoir perdus pour toujours.
D’un bout à l’autre des horizons et hors des cartes, sur le fil d’une errance rythmée du pas des voyageurs inlassables, et des esprits affamés de splendeur, les traces des mortels et immortels se doublent, se croisent, se frôlent…
Au centre du compas, la cité légendaire d’Isenne, carrefour hybride entre l’Orient et l’Occident, hantée de fantômes, de rumeurs, de contes et de codes ; dépliant ses mystères autour du Labyrinthe des verriers. Marché gobelin où l’art et la démesure s’échangent, s’offrent, s’achètent et se perdent, entre les ombres vibrantes d’Irshem et les esquisses de Venise…

Léa Silhol, architecte des univers croisés de Vertigen, Frontier et Isenne, scalde des astérismes et des carrefours, déclare solennellement que Sacra constitue, plus encore que les prismatiques Avant l’Hiver et Fo/véa, la rose des vents de sa Trame, et que le lecteur ne s’aventurera dans le dédale de Manta qu’à ses risques et périls.

— Première séquence, en six nouvelles et deux novellas —

Fil d’Ariane

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TisseusesA tout seigneur, tout honneur.
Grande warlady de la lutte anti-ReLIRE et pour les droits des artistes en général, Léa Silhol a réédité cette année un volume rescapé du pillage orchestré par les fonctionnaires de la BnF. Publiés dans un premier en édition souple, et à l’identique, en avril dernier, les Contes de la Tisseuse viennent de se voir offrir un magnifique écrin nouveau, en format relié, avec illustrations inédites en couleur de Dorian Machecourt, et augmenté d’une série de courts textes également inédits, « Voix de Fées ».
Par-delà les postures rances d’éditeurs dépassés, par-delà les attaques faites au droit d’auteur au nom de la modernité, une autre voie est possible — les lecteurs de Nigredo, les amoureux de Seuil n’en attendaient pas moins !

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Contes de la Tisseuse — Automne

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Tisseuse — FragileJe suis une bestiole assez impressionniste. J’aime avoir, même en art, mes rituels de saison, ces instants où la brise ou le givre porte la mémoire d’un livre.
A cet égard, les œuvres de Léa Silhol occupent une place spéciale dans mon cœur. Il ne passe guère une année où je n’aille à Samhain saluer l’Angharad (jeune alors) de La Sève et le Givre, où je ne repousse à Noël le bruit intrusif des jingle bells pour aller décliner au fil des pages le nuancier des Conversations avec la Mort.
Ce n’est pas rien, alors, que voir renaître, à la lisière entre été et automne, les Contes de la Tisseuse, leur approche sensuelle, sensible, intuitive des saisons, leur lien élémental avec l’eau. Et c’est merveille que voir ces contes sous cette forme accomplie, une édition reliée qui semble appeler la main de Nicnevin la prochaine fois qu’il lui prendra la curiosité de visiter les bibliothèques de Mortalité pour y méditer sur la parole des poètes — et illustrée avec talent par Dorian Machecourt. Ses planches (pleines pages en couleurs, siouplaît) sont d’une beauté à s’y perdre en contemplation. Il ne suffit pas de coller de pseudo-étoiles dans l’eau pour évoquer la féerie, et encore moins l’invoquer : pour passage vers l’univers silholien, l’artiste déploie des scènes où l’essence d’une saison s’infuse d’une fascination très éloignée des trivialités humaines, et portant néanmoins la marque du temps.

Contes de la Tisseuse — Eté
Fut un temps où les leçons du folklore rythmaient et nourrissaient la sagesse du calendrier. Sur les pages du mien coule, avec les grains du sablier, l’encre des créations de Léa Silhol — élémentale, connectée aux courants naturels, et charriant toute la puissance de ses intuitions. Elle coule, et l’on se laisse porter, immerger, entraînés par la profondeur de ces eaux, et confiants que le fond y fait sens. Un sens tendu vers le questionnement du Destin et l’exploration des failles fatales, vers le dépassement et l’accomplissement, vers ces espaces sublimes où les êtres d’humanité et les créatures mythiques parviennent à la rencontre.
Et ainsi… Lorsque le ciel estival roule comme un orage ses menaces de stase, je sens le temps venu d’une visite à la jeune Gorgone, dans le Pavillon aux Eclipses. Dans le craquement des feuilles d’automne, j’entends la voix lente des Fallon. Les nuits de cristal, froides et pures, mordantes, relèvent du règne du flocon, et de la terrible Yuki Onna. Dans les élans vitaux du printemps qui poussent à la course en avant, vers ailleurs, je perçois toujours, le coeur vibrant, le rythme de rail d’un Runaway Train.
Et, prise aussi dans les rythmes séculiers, il ne passe pas un Noël sans que j’aie une pensée de flamme pour les anges rebelles, leur choix de la Terre, et les ailes de Jebraël.

Voix de FéesReste à saluer, une fois déroulé le fil d’eau de ces Contes, l’une des grandes surprises de cette réédition : l’inclusion d’une série de textes inédits, Voix de Fées — un ensemble de vignettes travaillées initialement en vue d’une diffusion radio, et donnant la parole à quelques représentants du monde de Féerie.
En créature élémentale, il ne m’aura pas fallu plus de deux-trois pages pour tomber sans retour sous le charme d’une chanteuse des océans, et d’un natif du feu.
Ah, la puissance d’une Voix…

Le Temps et l’eau filent. Ils ont ceci de semblable au sort des hommes qu’ils obéissent aux marées des ères, saisons et cycles.
C’est là une horloge fatale, dont rien ne saurait – croit-on – briser le tempo. L’eau et le temps donnent la mesure, filant, filant…
Et sur le fil de cette course, les Moires, maîtresses du Destin, se dressent, allouant à chacun son Sort : ses grandeurs et ses chutes, et l’impitoyable rétribution de ses démesures. C’est à elles, auquelles mêmes les dieux doivent se soumettre, que la mythologie accorde toujours le dernier mot.
C’est sous leur égide terrible que l’auteur expose ici les destinées des hommes, anges, fées et dieux, des élus et des damnés, des monstres et les saints, pris dans la nasse de ces fils tendus. D’Orient en Occident, de la Grèce antique aux autoroutes américaines, entre Fantasy mythique et Urbaine, et toujours sous le signe de l’eau.

Dans ce premier recueil, publié en 1999, LS, une des plumes les plus intuitives et poétiques de son temps, orchestre le ballet tendre et cruel des hommes contre leur fatalité, et pose les les bases d’une toile infinie qui deviendra, au travers des sept volumes suivants, l’univers protéiforme de ‘La Trame’.

La présente réédition est illustrée de planches inédites en couleurs de l’artiste Dorian Machecourt, et suivie de la série :
“Voix de Fées”
Suite inédite à ce jour de courts textes écrits en 2004 pour Radio France ; dans lesquels les membres du royaume fae, petits et grands, brownies, sirènes, changelings et djinns exposent, à la première personne, leurs aigres-douces biographies.

Fil d’Ariane

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : août 2008
Couverture et graphisme : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol, Isabelle Ballester, & André-François Ruaud. Avec la participation de Nitchevo Studio
Autre édition : édition « regular » en format softcover (sous une couverture et un format différents)

Présentation de l’éditeur :

Sébastien Hayez)

Histoire de saison, suite et non-fin…
L’été traîne et le monde se traîne, je grogne toujours autant et comate encore de jour. Quand soudain… non, pas un flocon – on sonne à la porte.
– Yes, que… ?
A peine le temps d’apercevoir un facteur crevé et transi de froid, un éclat brillant, un éclair blanc, et BAM ! étalée au sol, la Psyché.
Avant l’Hiver est de retour pour le second round. Catégorie poids lourds.

Pour ce qui est du corpus principal de ce roman en lambeaux, je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit dans un précédent article, au contraire : mes premières impressions n’ont fait que se renforcer depuis – idem, & harder. Alors revenez un peu en arrière, et appuyez sur le bouton –
REPLAY. Histoire de saison : Vous êtes // FAST FORWARD // … flocon … … … fracassant … … ‘juste’ un chef-d’oeuvreVertigengravement aiméstoute beauté. Une couv // STOP // REWIND // PLAY // l’on serait sacrément tenté de s’attarder sur le seuil // PAUSE
Eh bien, justement, attardons-nous sur le seuil, puisque nous avons affaire à une édition très différente de la softcover. Avec son format particulier et son imposante couverture cartonnée, Avant l’Hiver s’offre au regard et à la lecture dans une somptueuse édition, à travers laquelle auteure et éditeur montrent qu’ils maîtrisent parfaitement l’art, trop délaissé en France, du collector. Ce livre, j’ai passé une après-midi entière à le contempler, le toucher, l’explorer sous tous les angles, et j’ai encore et toujours les yeux qui brillent et la main irrésistiblement attirée lorsque je le vois dans ma bibliothèque – et je reste carrément hypnotisée par sa dustjacket innovante, splendide et resplendissante dans sa blancheur, où sont bousculés les codes de présentation pour donner plus de force au symbolisme des illustrations.
Et si on passe le voile ? sur quoi allons-nous tomber, derrière la dustjacket – ou plutôt, qu’est-ce qui nous tombera dessus ? Déjà, tous les lambeaux qui composent Avant l’Hiver, ce qui
fait un sacré paquet de superbes chocs à encaisser, entre les révélations fracassantes, les heurts politiques et les tempêtes émotionnelles. J’en ai parlé un peu plus tôt, j’en reparlerais bien sans fin mais je crains une fuite éperdue de l’auditoire, donc avançons…
Press FW // Et passée la couverture … premier vertige … … réalité … librement … pages // FW 2x // complexité … Kelis … symboliques … danse … bris // FW 4x // fascinationaimeparifolierefletcoeurrévélationsmythesmanoeuvrescruelrouagesintense vibrantNuitardentepeurextasevague // STOP
C’est ici que nous nous séparons des lecteurs de la version softcover. Tandis que, encore sous le choc et sous le charme, ils s’acheminent vers la Reine des Neiges et les dernières pages, nous dévions vers une plus longue route, en nous engageant dans la partie Architectonique, augmentée d’une bonne centaine de pages par rapport à l’édition « normale ».
Les dépendances de cette Architectonique constituent autant de pièces passionnantes à explorer pour les coeurs épris et les esprits curieux de l’oeuvre de Léa Silhol. Dans la continuité de la démarche adoptée pour Avant l’Hiver (et au-delà, pour Fovea), l’auteure multiplie les approches, les voix, les points de vue, les interlocuteurs ; livre des clés sur un plateau tout en voilant parfois les portes qu’elles ouvrent, et inversement ; opère des crossovers entre les média, de la photographie au texte en passant par les graphiques, entre les époques (nous offrant, en échos thématiques, la première version d’une nouvelle, ou des extraits d’entretiens réalisés au fil de sa carrière) – mais aussi entre réalité et fiction, lorsqu’elle invite à la rejoindre en ces  pages le barde et enquêteur Kelis, le photographe Mad Youri, Clémence Fournerie, intervieweuse et rédactrice pour la revue Fées Divers, et d’autres encore… A travers ces oeuvres et documents, nous progressons toujours plus avant dans l’univers de Léa Silhol,  vers la compréhension de la Féerie, de la structure ou de l’histoire des Cours, du motif de la Reine des Neiges et de la signification complexe des saisons dans ses mondes.
Des surprises particulièrement vives nous guettent au fil des pages, tel ce « Winter Monochrome Set », maillon important, à la fois éclat du miroir fovéen et preview  de ce qui se prépare dans l’ombre de Nitchevo Factory. Cet ensemble de poèmes adressés à un Kay, dits par une voix déchirée dans le souvenir cristallin (ou… encore plus fin… l’espoir ?) d’un été, et accompagnés de photographies fragiles comme une émotion, puissantes comme une obsession, m’a touchée en plein coeur, et renvoyée droit sur ce point de chute où m’avait laissée Fo/vea, sous l’impact de textes comme « G. » & « Kay », ou « Don’t » & « Why ? » Tout comme les blessures d’Hiver, les paroles de ces poèmes  échappés de livres à venir s’inscrivent profondément en nous, joignant leurs élancements à nos propres tremblements.
Plus surprenante encore, la dernière partie, « Flexing the Echo », donne à découvrir une facette encore inconnue de Léa Silhol. Au fil d’un jeu de variations et rebonds où l’auteure et le photographe Mad Youri se renvoient à la volée images remixées et textes les illustrant, naît une série d’oeuvres étrange, où se mêlent le regard de deux complices sur un décor surréaliste, les paroles de deux humains dans un panorama de fin du monde. L’expérience du crossover trouve ainsi un  aboutissement  fascinant dans ce dialogue d’artistes capables d’abstraire le monde dans un paysage, et de s’en abstraire dans un même mouvement – pour regarder l’autre. Et l’on referme Avant l’Hiver comme on émerge d’un rêve hallucinant, car « Flexing the Echo » possède bien toute la puissance des rêves…

 

N’en déplaise donc aux frileux insensibles à l’excitante beauté de l’œuvre de collection, Avant l’Hiver est  un ouvrage magnifique, où la puissance du contenu trouve son juste reflet dans une recherche esthétique audacieuse. Et comme il en va pour tout concept déposé sur l’établi de Léa Silhol, celui du collector est ici pensé et poussé à son extrême, à travers la centaine de pages de ce que l’on hésite à appeler trivialement des bonus, tant ces textes, et les échos photographiques qui les accompagnent, sont essentiels.
Rare et indispensable, limité à 70 exemplaires mais réalisé dans un esprit défiant toutes limites : un livre selon mon coeur !

Un Fil d’Ariane :

(Petite) cartographie de la (grande) partie Architectonique :

ECHOSPACE : Du battement des coeurs de glace
WINTER PARK : Remixer l’Hiver ? – « Passing By » (version originale – short dub) – Imbedded with the Snow Queen – Sampling the Flakes – Winter Monochrome
TEKTÕN : De la naissance de nos hivers – Arbres d’Hiver – Miroirs de Faille (Tentative de topographie des Dix-Neuf Cours) – Impossibilités numérologiques (des cours du Dagda & de l’esprit fae)
FLEXING THE ECHO

 

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : juin 2008
Couverture : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol et Isabelle Ballester
Autre édition : édition collector en format hardcover, augmentée d’une centaine de pages (parution le 31 juillet)

Quatrième de couverture

« Le visage des Cours est complexe. Sans « histoire écrite » et tissé de secrets, de rites, de complots. Un lacis d’obligations contraires, de nasses, de pièges. Où le mensonge est une arme, et le mystère un bouclier. Derrière son énigme, le Peuple de Féerie cache un coeur trouble, qu’il n’a cure de rendre intelligible. Au contraire. Ici, toujours, les routes servent davantage à perdre qu’à guider. C’est déjà, en soi, un défi que de décrypter nos voies. Mais le seul fait d’entreprendre ce que nous avons entrepris est, aussi, faire oeuvre interdite. Certains nous la reprocheront, même parmi ceux qui, comme nous, ont choisi la voie de Seuil. On ne prend pas le risque de dévoiler les enchantements de Tir-na-nOg ou de Dorcha sans en payer le prix. Mais au-delà de nos voiles, de nos ruses, de nos cruautés… nous devons enfin savoir, oui, comme le disait Elzeriad, « ce qu’il en est, au final, de notre monde ». La Féerie est un piège. Un piège, Morgana, y compris pour nous. A la fin, même cela, ou surtout cela, devra être renoncé, et dissous. » K.

Léa Silhol, cartographe émérite ès « envers du monde », accompagne l’écrivaine Elisabeth Massal dans le labyrinthe d’une bibliothèque d’ombres et de murmures ; pour déchiffrer au spectographe et au scalpel les carnets interdits de la « Trame ». Ce premier Vertige s’exerce à démêler, aux côtés du barde Kelis, les écheveaux des Cours de Vertigen, des jours d’Aana aux batailles pour Erin, de la chute de Tréaga aux pactes de Dorcha, jusqu’au bris des royaumes fae, et la venue des temps de Seuil, tels que relatés dans les romans La Sève et le Givre et La Glace et la Nuit.

Histoire de saison : Vous êtes là, vautré dans un coin d’ombre, à maudire l’été, le soleil, le réchauffement climatique et tous les abrutis qui en nient la gravité. Vous vous levez pour la Nuit, et pour elle seule. Vous pensez glace, vous rêvez fjords, et n’êtes que neige fondue.  Avec juste assez de force, peut-être, pour mordre le prochain qui vous parlera de « sea, sex and sun », ou des sélections de « livres pour la plage ». Et soudain, sur votre main pendant mollement : la morsure d’un flocon.
Avant l’Hiver est là, c’est Noël (mais sans le Père) en plein été, et ça va dérouiller (les esprits).

– Oui, bon, mais sérieusement, c’est quoi, ce bouquin ? il est bien, ou pas ?
Franchement… non. Avant l’Hiver n’est pas bien, Avant l’Hiver n’est pas bon, Avant l’Hiver n’est pas joli ni joliment écrit. Excellent, oui, beau, interpellant, déchirant, fracassant, sublime, et tous ces adjectifs qui font grincer les dents des tièdes. Nous ne sommes pas dans l’exercice de style poétique, ou la douce romance au merveilleux pays des fées – pas dans l’illusion Seelie, mais dans la magie Silhol, celle qui nous transporte au-delà du voile, en Féerie, et nous fait la grâce de ne rien épargner à ses personnages, ni aux lecteurs.

Alors c’est quoi, Avant l’Hiver ? C’est ‘juste’ un chef-d’oeuvre.
L’occasion rêvée (voire, celle que l’on n’osait espérer, même dans nos rêves les plus fous), pour les lecteurs de Léa Silhol comme pour les non-initiés, de découvrir ou mieux comprendre les arcanes et les enjeux de l’univers de Vertigen, créé dans La Sève et le Givre, dans La Glace et la Nuit, et nombre de nouvelles. Un pass VIP pour explorer les coulisses et zones d’ombre du Royaume féerique, avec rendez-vous pris avec des personnages gravement aimés (si je vous dis, au hasard comme ça : Angharad, Nicnevin, Finstern, Elzeriad, Herne, les Filann ?…) Le temps venu, comme le dit l’auteure, de « commencer vraiment à jouer », et d’entrer dans la cour des grands – dans les Cours des fées, pour le premier volume de cette folle entreprise qu’est la Bibliothèque des Vertiges. L’on y entre, de fait, au-delà de toute espérance, et sans espoir (ni désir) de retour.

Encore que… l’on serait sacrément tenté de s’attarder un moment sur le seuil, tant celui-ci est de toute beauté. Une couverture épurée aux teintes superbes, prélude aux magnifiques photographies de paysages  à travers lesquelles Mad Youri, Isabelle Ballester et Léa Silhol exploreront à l’intérieur, par des voies inédites, les mystères féeriques ; et sur la tranche, symbolique et souverain, l’emblème le plus fascinant dont on puisse rêver pour une collection. Dans la grande tradition des ouvrages publiés par cette auteure, l’éditeur et les artistes complices ont réalisé un travail graphique en profondeur – un régal pour les amateurs de beaux objets, et au-delà, pour ceux qui aiment trouver des correspondances entre une oeuvre littéraire et son incarnation matérielle.

Et passée la couverture… je peine à retranscrire toute la richesse, la beauté, la férocité de l’univers qui se déploie là-derrière. Il faudrait dire le premier vertige, né dès les préliminaires de la multiplicité des voix et des témoignages (un procédé employé de main de maître, et qui avait déjà fait tourner la tête des lecteurs de Fo/Vea) : de l’association de malfaiteurs d’écrivains en quête à la communauté de bardes, les frontières entre réalité et fiction se brouillent d’emblée. Quant aux règles littéraires, elles sont cassées net par Léa Silhol, qui aime faire éclater les codes et jouer avec leurs bris, refaçonnant comme elle l’entend – librement. Parler d’Avant l’Hiver, c’est parler de nouvelles (certes) ; et d’un roman en lambeaux (si) ; et d’actes théâtraux (aussi) ; de carnets et de pages arrachées, de poésie, de lettres et de chants…

Je pourrais ainsi évoquer l’incroyable structure de l’oeuvre, minutieuse et mystérieuse, parfait reflet de la complexité du monde de Vertigen, et vous lancer sur les traces du barde Kelis, chargé par les siens de compiler les témoignages pour coucher sur le papier l’histoire des Cours féeriques. Page après page,  d’exposés historiques en leçons de maths, en passant par de retors cours de sciences politiques, et par des lectures symboliques assorties de commentaires aussi instructifs que réjouissants, nous nous immergeons ainsi dans le « Jeu des Jeux » entre Lumière, Crépuscule et Ombre – cette fameuse danse des Clartés, parfois guerrière, toujours dangereuse, mettant en jeu un équilibre au bord du bris.
Les premiers pas de danse s’esquissent alors à la frontière, sur des routes glissantes : l’on y apprend à décliner les notions de justice et de cruauté dans le langage des fées, et celles de fascination et de folie dans les coeurs humains ; l’on y éprouve la température à laquelle le peuple d’Hiver aime savourer ses vengeances (Frost), l’on y frémit d’horreur en anticipant les conséquences inexorables d’un pari, forcés que nous sommes de suivre jusqu’au bout une course à la folie qui semble le reflet grimaçant des courses folles dans lesquelles nous sommes nous-mêmes aveuglément lancés (Over Dry Lands), l’on y découvre l’écrasante puissance des malédictions qui pèsent sur les fées exilées (A Moitié Malade des Ombres)… Un deuxième mouvement nous propulse au coeur du mécanisme des Cours, et dans le coeur des souverains – prenez note si vous n’êtes pas trop occupé à raccrocher votre mâchoire béante, le temps des révélations fracassantes est venu ! sur l’Histoire du Royaume et ses mythes (De l’Or dont on fait les Âges), sur les manoeuvres politiques et les intrigues amoureuses (Stone, texte ô combien beau et cruel), sur la nature et la structure des Clartés (Passing By, Leçon de Clartés). Rien que ça… La lumière baisse, le cliquetis rapide des rouages s’emboitant  ralentit, car le troisième mouvement, intense et vibrant, se danse en l’honneur de la Nuit, en l’honneur du seigneur Finstern donc (fascinant personnage déjà bien connu des lecteurs de Silhol, et que les non-initiés découvriront avec plaisir, et plus encore…) : au fil de trois récits infiniment précieux, on découvre à quel point ses faveurs, *toutes* ses faveurs, sont désirées également des dieux et des hommes, et combien elles sont dures à obtenir, et à conserver (A l’Image de la Nuit, La Faveur de la Nuit) ; et en le suivant dans la mêlée ardente des combats (Fragarach), l’on comprend pourquoi beaucoup seraient prêts à le suivre _partout_.

Trois temps, donc, et quand survient le quatrième on manque le pas, de surprise, d’émoi, et de peur et d’extase – car Léa Silhol frappe un grand coup, et le lecteur vacille sur ses jambes, ébloui par les visions sur lesquelles se lève cette aube nouvelle. Ne reste plus qu’à l’envoyer rouler au tapis, et c’est chose faite à la lecture de l’épilogue : promesses et menaces assenées de concert en une puissante vague d’émotions…
Une fois le choc encaissé, le souffle retrouvé, c’est avec bonheur et intérêt que l’on explore les annexes (pas accessoires) de l’oeuvre, dans lesquelles Léa Silhol elle-même nous ouvre ses carnets, et le lit de la Reine des Neiges… Une lecture du conte en profondeur, et à coeur ouvert.

Mais ce petit tour d’horizon n’est rien, ne suffit pas à faire ressentir le tourbillon émotionnel dans lequel Léa Silhol plonge ses lecteurs. Car passer la porte de cette Bibliothèque des Vertiges, c’est, en bloc et en vrac :  tomber dans les textes et les mots, les photos et les non-dits, comme on se noierait dans un des Fleuves de Dorcha / se faire l’ombre de Kelis, pour côtoyer Ombre, et s’aller blottir aux pieds de l’Obscur / sentir jouer les tensions, les résistances, les forces transgressives / vibrer de la « dialectique des désirs » / encaisser les chocs de la tectonique des Clartés / éprouver le poids des nefs que l’on tire / voir passer les cavaliers de Féerie sur des sentiers de traverse / tomber gravement amoureux / goûter aux humours féroces et aux humeurs terribles des fées / bondir sous les révélations, crier de frustration / voir en action la logique d’un monde, et ses twists / recevoir une leçon aussi magistrale qu’inoubliable / s’effondrer en larmes ou s’écrouler de rire / frémir d’horreur et d’extase / assembler les morceaux et partir en miettes / … / … / …

Un chef-d’oeuvre, on vous dit. Intense, subversif, extrême.
Indescriptible. Nécessaire.
… Lisez-le…

Ecoutez Kelis l’inlassable, l’acharné à comprendre.

« Je vis / donc je vais… »

Qu’il aille. Qu’ils aillent tous, et nous les suivrons, à travers les chants à venir et les Vertiges d’une bibliothèque en construction, vers la compréhension de leur monde, les bouleversements, et le questionnement en écho du nôtre – nous allons nous aussi. Nul doute que le pire nous attend, selon l’irrésistible promesse, toujours renouvelée et toujours tenue, de Léa Silhol. J’en souris déjà : et comme on dit en Dorcha, N’vey.

Rédigé en un chaud week-end de juillet, en terres de Mortalité, dans la Cour de l’immeuble, sur le Seuil de la porte, en guettant le Retour (dans nos boites aux lettres, dans nos faces) d’un Avant l’Hiver encore endurci et renforcé par son voyage en Ecosse.

Le Fil d’Ariane :

Cartographie :

Introduction, par Elisabeth Massal
Les Carnets de Kelis Ombrecoeur :
Prologue
Acte I, In This Twilight : dialectique des désirs – Frost (car s’en viennent les Mille Ans de Froid) – de la contemplation des hémisphères – Over Dry Lands (comment la Nef vint au Fou) – en miroir(s), en silence – A Moitié Malade des Ombres – [soupir]
Acte II, The Dance of Light, in the Theatre of Grayscales : boudoirs – De l’Or dont on fait les Âges (la Reine, en son privé) – alcôves – Stone (the Song of Herne) – fugue, en accord majeur – Passing By – cercles de fées, en rond, en rond – Leçon de Clartés – déviance des soustractions
Acte III, In the Shadows : 1, 2, 3, redditions – A l’Image de la Nuit -l’épingle – La Faveur de la Nuit – l’encre, le calame – Fragarach (the Answerer) – des sphinx, de leurs ailes
Acte IV, Dawn, Breaking : la quatrième route – A New Dawn
Epilogue : vin des rêveurs, vagues
Architectonique – Winter Park, par Léa Silhol : Imbedded with the Snow Queen

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Passing By

Nouvelle

Auteur : Léa Silhol
Première publication : in revue Khimaira n°9 (accompagné d’une interview de l’auteure, dans le cadre du dossier Fées), janvier-mars 2007
Nouvelle publication : très bientôt !

« Car ainsi sommes-nous, êtres de papier et d’étoffe, devant les coeurs de glace et les coeurs de nuits. Incorrigiblement épris, incertains, pleurant, amoureux des brûlures inendurables de leurs étreintes, et inféodés à leurs enchantements. »

Ces paroles, tirées des dernières pages du roman La Sève et le Givre, disent bien tout ce que représenta pour moi la découverte de l’univers féerique de Vertigen, créé par Léa Silhol, et de ses ô combien fascinants habitants. La séduction opéra immédiatement et définitivement, dès la première lecture du recueil La Tisseuse et de La Sève et le Givre, aux éditions de l’Oxymore. Comme beaucoup d’autres amoureux de Vertigen, j’ai attendu, en « chérissant la blessure » et en revenant sans cesse à ces récits féeriques, la parution d’un nouvel opus, Nigredo, qui eut lieu en avril 2007. Mais en janvier de cette même année, avant que les passages vers les Cours ne nous soient de nouveau accessibles, une Monarque d’Ombre traversa la frontière vers les terres de Mortalité – et ce fut la nouvelle « Passing By », publiée dans la revue Khimaira à l’occasion d’un dossier consacré aux Fées : L’espace d’une nuit, dans l’écrin protégé d’une bibliothèque, Nicnevin prend la parole devant une écrivaine pour lever le voile sur les cours et les coeurs de Féerie, et d’Ombre essentiellement.
J’ai beaucoup de mal à me mettre dans la peau de quelqu’un qui découvrirait Vertigen par ce texte ; ce serait sans doute, alors, l’occasion d’une initiation mystérieuse… Personnellement, c’est une nouvelle que j’apprécie énormément. Il s’en dégage une ambiance feutrée, faite de silence nocturne et de voix de poètes – et en même temps, une grande intensité (car les sujets évoqués appellent la passion), voire la tension et la conscience d’une menace proche qui résonne aussi presque comme une promesse. Complicité et danger, dialogue et duel, le calme apparent et l’intensité sous la surface : la Féerie, telle que révélée par l’une de ses plus fascinantes personnalités.
Car dans ce Royaume où les coeurs semblent indissociables des trois clartés de Lumière, de Crépuscule et d’Ombre qui régissent les cours féeriques, Nicnevin se détache comme celle qui est venue à la Clarté d’Ombre par choix. A la fois lucide et passionnée, elle est à mes yeux l’un des personnages qui perçoit le plus clairement la dialectique des Cours féeriques – et accepte d’en parler aux passeurs de frontière qui, comme elle, se trouvent aimantés vers un monde aussi étranger qu’intérieurement familier. Elle est celle qui se tint aux côtés d’une Angharad quelques temps perdue pour les siens et pour elle-même (La Sève et le Givre), celle que le barde Kelis nommera « le profil dévoilé des enchantements unseelie » (Nigredo). Ses paroles sont aussi intenses que clairvoyantes, et ses enseignements, autant qu’ils portent à la réflexion, ne manquent pas de faire vibrer les coeurs des lecteurs qui se sont laissés captiver par l’univers de Vertigen.
D’où la puissance de cette nouvelle qui ne semble faite que de paroles échangées, et représente tant de choses.

Un texte à lire absolument, donc, pour mieux comprendre les personnages et les mondes de Léa Silhol. Et pour ceux qui auraient manqué la sortie en magazine, qu’ils se rassurent : quelque chose d’énorme se prépare, pour pas plus tard que fin juin, et « Passing By » est de la partie (dans une version remaniée). Je laisse donc aux curieux le soin de découvrir la nouvelle collection lancée par les Moutons électriques, la Bibliothèque des Vertiges (HOLY SHIT, comme dirait Martlet ;)), ainsi que le premier ouvrage annoncé, Avant l’Hiver (par ici pour la version collector), « roman en lambeaux » qui intégrera donc, entre autres, la nouvelle « Passing By », et surtout beaucoup d’inédits… C’que j’ai hâte !
Plus d’infos également sur le site de l’éditeur.

Ah, dernière chose, puisqu’on parle de l’actualité : paru en 2007, « Passing By » est éligible pour le premier tour du prix Merlin, catégorie « Nouvelles » – entre autres oeuvres passionnantes. C’est un prix du public, aussi chacun peut voter par mail. N’hésitez donc pas à aller jeter un oeil sur la liste des oeuvres, et un bulletin de vote dans l’urne, pour les textes que vous aimez !

Le Fil d’Ariane :

• La page consacrée à « Passing By » sur le site de Léa Silhol
• Le blog de Christophe Duchet

Cartographie :

Le dossier de Khimaira consacré à Léa Silhol, et réalisé par Christophe Duchet, comprend donc :
• un article de Christophe Duchet, « Léa silhol, Les Contes de l’Enchantisseuse »
• une interview de l’auteure, également menée par Christophe Duchet : « Drôles de Trames »
• la nouvelle « Passing By »

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