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Posts Tagged ‘urban fantasy’

Anis & Jay

Quand Jay conduit, il remodèle les volants.
Ainsi résonnent les premières notes de la voix d’Anis, dans ce choeur, ce recueil, Musiques de la Frontière, mon compagnon de route constant depuis 2005, le genre d’œuvre, vous savez, que l’on embarquerait avec soi lorsque tout ce qui compte doit tenir dans un sac à dos, et dans la boite à trésors du cœur.
Quand Jay conduit, il remodèle les volants.
Une ouverture si parfaite, si parlante, à l’histoire de ce couple brûlant, que bien souvent je l’ai sentie me traverser sans avertissement, au cours de mes errances urbaines. Filant sur les chemins, pliée sur le guidon, concentrée sur ce sixième sens et ce lien spécial à l’univers qu’engendre la vitesse, et soudain, une voix passe. “Quand Jay conduit”… Léa Silhol a l’art de ces phrases qui s’insèrent avec une grâce aigüe dans les courants du monde, pour y couler, évidentes, comme si elles avaient toujours été là, vraies comme un souffle — et comme l’acier.
Dix ans après “Vado Mori” — dix ans, pour nous ; pour elle, dans la droite ligne des événements — … Anis a pris le volant, et la parole, et nous a embarqués, hitchhikers chamboulés d’être là, dans sa quête, focalisée sur le but de sa course, la source et l’estuaire d’où viennent, vers où filent les courants sauvages de son récit : Jay.
“Vado Mori” disait les suites immédiates d’un acte lourd que commit la jeune femme. Il était question, alors, d’en affronter et assumer les conséquences, et d’y survivre (ou non). A présent, il revient à Anis, au fil de la route et d’une introspection sans pitié, de se définir par rapport à son geste, et par rapport à un monde où la renaissance de la féerie dans les cités, cet avènement inespéré de la beauté et de la magie, a fait surgir le pire en nos humaines sociétés : racisme, violation des droits de l’homme et de l’enfant, haine de l’autre. Elle, la privilégiée, enfant choyée d’une famille riche et respectée, amoureuse d’un guerrier fay que la vie s’est chargée d’écorcher vif dès son plus jeune âge… qui est-elle, que va-t-elle emporter d’elle à Frontier, où l’attend, peut-être, Jay, et de quelles peaux lui faut-il se dépouiller chemin faisant, sachant ce qu’elle a accompli ?
La route, comme un creuset alchimique, une épreuve initiatique. La route, son ruban de bitume où dérouler ses voyages intérieurs, vaut tous les psys du monde. Cette route-là surtout, sans merci et pourtant incroyablement riche en nuances, car l’auteure est tout sauf une adepte des jugements rapides et des raccourcis faciles.
Et ainsi va Anis, vers Frontier en aval et la validation de son épreuve. Égrenant ses souvenirs au rythme des kilomètres (tandis que nous avalons les pages sans pouvoir, nous non plus, nous arrêter), revenant sans arrêt, dans la douleur décapante de la séparation avec l’homme qu’elle aime, vers l’amont, l’étincelle initiale et l’embrasement de leur relation, chaque station de leur parcours passionné l’un vers l’autre. Sur ce parcours commun défilent tous les panneaux que l’on peut trouver dans les labyrinthes à la Fo/vea, ceux qui disent — qui hurlent, en majuscules et caractères gras — l’humaine litanie des “TRUST NO ONE / … / PROTECT YOURSELF / … / GIVE UP”. Et ces deux-là mettent à abolir les distances, les frontières, les prudences, les peurs, une intégrité renversante, à l’œuvre jusque dans leurs failles, et une ferveur féroce, propre à renvoyer au rayon des soupes lyophilisées toutes ces insipides romances paranormales que l’on voudrait nous faire avaler en série en guise d’urban fantasy. Propre à nous faire tomber en amour pour le couple qu’ils forment, fans de leurs véloces passes verbales et de leurs pas de danse en beauté, et à éveiller en nous des sentiments un peu (farouchement) protecteurs. On veut cogner des murs pour demander raison des laideurs insupportables que leur inflige l’univers, et tout autant claquer des bises sonores aux frères qui veillent sur eux, Fallen, Priest, Crescent, Faol, toute cette tribu superbe d’anges et de furies dont la lumière brillait déjà comme un fanal dans Musiques de la Frontière, et qui fracture le récit d’éclats de rire qui sont autant de fulgurances dans un ciel des plus noirs, d’abolitions de la gravité sous un horizon plombé. Comme un exorcisme, et il en faut, car cette histoire est pleine de monstres, et ils ne résident pas dans les terra incognita des cartes géographiques (là où se cache la merveille de Frontier) : ils sont parmi nous, avec pignon sur rue, vernis de respectabilité, et bénédiction des autorités. Alors on rit aux larmes en même temps qu’on chiale sa race, la tête renversée vers le ciel tandis qu’un uppercut nous cueille au plexus. Double mouvement pour un monde complexe, KO magistral, du genre dont on se relève avec rage et gnaque, une sainte colère et un sentiment de grâce.

Il y a dix ans de cela, lorsque les fays de Musiques de la Frontière sont entrés dans ma vie, j’aurais juré que la rencontre, la vision salutaire de Frontier, était de ces magies de l’Art qui n’arrivent que once in a lifetime — et ce feu, de fait, est assez puissant pour tenir de fuel sur une vie entière. Je sais désormais, avec Possession Point, que la foudre peut frapper plusieurs fois au même point, et la grâce revenir, transformée, telle une vague aux nuances renouvelées, toujours plus profonde. Et tandis que l’esprit électrifié explore les fils dévoilés de la trame d’une Œuvre qui, de livre en livre, par son architecture où tout fait sens, n’en a pas fini de nous sauver des absurdités de notre monde, le cœur roule de page en page, vers Frontier, toujours.

Possession Point

Tes iris à toi, mon ange, avaient la couleur de la mer avant l’orage, aux rives d’Half Moon Bay. Toutes les Mavericks de Pillar Point y écrivaient en germes les promesses que tu tenais. Je roule parfois jusque là-bas pour jeter un sucre au manque qui me tient dans ses tenailles. Je marche de Ghost Trees à Half Moon Bay. Pour regarder les vagues, de peur d’oublier tes yeux. Quelque part entre les fantômes des arbres et le meurtrier Pillar Point, assise à même la poudre de mon sablier, je bois cette couleur. Je la respire, pendant qu’elle reflue et déferle. J’essaye, une fois encore, d’élucider la technologie de ce mystère. De comprendre comment le monde des hommes transforme la couleur des Mavericks en cadrans d’horloges. Comment le rythme des vagues immenses a pu s’enrouler pour devenir, dans tes yeux, ce cercle de métal auquel j’ai donné un tour ou deux, jadis. C’était un rouage. Mais tout autant, je le sais bien, la face implacable d’un barillet.

Dans un monde transfiguré par le retour de la Féerie, Anis a pris la route, à la recherche d’une cité légendaire dont on dit qu’elle ne se laisse trouver qu’à son gré : Frontier.
C’est dans la “ville au bord du monde”, patrie des fays, que vit à présent l’homme qu’elle a aimé, et trahi : Jay, membre du redoutable gang changeling de Seattle.
À travers leur histoire, feuilletée comme un album photo depuis le jour de leur rencontre jusqu’à celui de leurs hypothétiques retrouvailles, c’est la vie de tous les Premiers qui se dévoile, durant les années précédant et suivant directement le fondation de l’utopie que fays & fées nomment Le Seuil.

Fil d’Ariane

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Féerie urbaine
Fées Divers n°2

Revue

Auteurs : Collectif ; direction littéraire et artistique : Anne Blaitel & Clémence Fournerie
Editeur : association Le Souffle d’Eole
Année : avril 2008
Illustration de couverture : Xavier Collette ; illustrations intérieures par Natalia Pierandrei, Xavier Collette et Martine Fassier

Quatrième de couverture :

Paris, Newford, Fableville… Réelles ou imaginaires, ces cités dans lesquelles nous nous rendons par le livre ou par l’asphalte ont bien des façons d’être magiques…

Après s’être employée dans un premier numéro très sombre à casser l’image niaise de la féerie, Fées Divers, la première revue française entièrement consacrée au folklore et aux contes de fées, vous embarque dans son taxi pour la visite la plus improbable qui soit.
Articles, nouvelles ou interviews en forme de lampes torches
se braquent sur les rues désertes et les placards enténébrés pour éclairer les fées qui se sont réfugiées en ville. Par les ruelles obscures de notre dossier nous allons, en compagnie des auteurs Charles de Lint, et Bill Willingham, et des faiseurs d’images Xavier Collette et Natalia Pierandrei.
Art, littérature, musique, jeu, carnet de voyage, et humour sont aussi au rendez-vous.

Si Fées Divers était une boisson, ce serait un de ces jus de fruits couleur de merveille, parfum d’Ailleurs, dont nous avons une soif inextinguible, nous autres amoureux de Féerie.
Un cocktail de passion, d’humour, d’esprit, de recherche esthétique et intellectuelle.

Après un premier numéro sur la « Sombre Féerie » dans lequel l’équipe de Fées Divers dégommait de niaiseux clichés avec une classe de vrais pros, et nous ouvrait son coeur en même temps que les zones les plus sombres du folklore féerique, la revue est de retour pour une incursion dans le monde fascinant de la fantasy urbaine. Et dès les premières pages, en lisant « Marcher au milieu des pierres », la vibrante introduction d’Anne Blaitel, on comprend que cette fois encore on ne pouvait trouver meilleurs guides.
Les routes sont-elles droites en Féerie ? Quoi qu’il en soit, avant de nous mener au coeur des cités, les rédacteurs s’attardent en de nombreux et savoureux détours, pour le plaisir des lecteurs amoureux des chemins de traverses et des artistes qui les arpentent. Fées Divers s’intéresse ainsi à tous les domaines, sans que cet éclectisme bienvenu nuise au contenu des articles, assez fournis  et intelligents pour intéresser néophytes et amateurs de toujours. Notre petit groupe s’arrêtera donc en cours de route pour évoquer les dernières sorties littéraires, écouter les artistes Nati (dont j’adore les oeuvres, aussi est-ce avec joie que je la retrouvai dans ces pages), Xavier Collette (auteur de la belle couverture) et Jean-Baptiste Monge deviser de leur art et nous présenter quelques oeuvres, ou encore pour guetter quelques superbes et improbables visions de la « Belle Dame sans Merci », décryptées par Anne Blaitel dans un passionnant article retraçant l’histoire de ce thème en peinture.
Hop, on emprunte un nouveau sentier, et on emboite le pas de Clémence Fournerie pour une  intéressante découverte des portes et sentiers vers la Féerie, tels que les livres nous les dévoilent – et l’on se remet de cette escapade en écoutant l’auteur et éditeur André-François Ruaud évoquer son parcours et ses relations au domaine féerique, puis en causant bouquins avec l’équipe (le Faërie de Feist, ainsi qu’un guide de lecture concocté par Magali Lefebvre sur le thème de la Belle au Bois Dormant). Quelques autres chemins de traverse nous amènent à explorer le domaine musical (le groupe Gjallarhorn), les jeux (« Service Compris »), voire nous mènent jusqu’en Irlande, avec un bel article sur le folklore de la région dublinoise.
Mais avec tout ce chemin parcouru mine de rien, nous voilà aux abords des villes. Le moment est venu d’ouvrir le dossier, franchir cette entrée de métro désaffectée et entrer au coeur de la Féerie urbaine. On se planque dans un endroit discret en compagnie de Clémence Fournerie, qui nous fait observer les fées dans cet environnement moderne et nous présente quelques-uns des marquants personnages que les citadins peuvent être amenés à croiser, parfois à leurs dépens. Après un article historico-analytique au fil duquel Denis Labbé essaye de définir les clés de la fantasy urbaine, sans pouvoir tout aborder de cet univers si riche et toujours en expansion, nous suivons Anne Blaitel pour, coup sur coup, deux belles incursions dans des mondes de fantasy urbaine : l’excellent comics Fables, et le splendide univers de Newford, créé par l’auteur Charles de Lint – au fil d’un article qui m’a énormément touchée, où Anne Blaitel montre avec intelligence et sensibilité que la féerie, la littérature, leurs connexions avec nos vies, tout cela est bien, oui, comme elle le dit en introduction, une « affaire de coeur ».
Et sur cette note tenue d’émotion, l’incursion se prolonge dans le Cahier de Nouvelles, avec la première partie de « Notre-Dame du Port », un texte de Charles de Lint qui m’a fait pleurer la première fois que je l’avais découvert, et continue de me bouleverser : bienvenue à Newford, son monde d’artistes dont on ne peut que tomber amoureux, ses musiciens dont certains ne semblent vivre que pour leur art – et cette jeune fille, passionnée et silencieuse, habitante elle aussi de Newford l’étrange, et d’ailleurs peut-être… La suite au prochain numéro, faute de place ! Changement radical de ton et d’ambiance avec la nouvelle hors-thème, « L’Appel du Cor » de Jacques Fuentealba : dans une auberge marquée par des temps difficiles, un sombre convive fait de la résistance, contre une famine dont il connaît trop bien tous les aspects… Atmosphère oppressante et chute à en frémir : lorsque la féerie projette ses ombres sur notre monde civilisé, l’impact est bien réél.
Le « Cahier des Rimes », encore une excellente idée à laquelle j’aplaudis toujours très fort… Je crois aux fées, je crois aussi à la poésie, et à la place qu’elle peut occuper dans les genres de l’imaginaire. Les anglo-saxons l’ont compris mieux que nous, et ce sont donc deux poèmes de Polly Peterson et Jane Yolen qui nous ouvrent de nouvelles perspectives sur les contes de fées : la « Lettre du Prince à Blanche-Neige » livre un bel et éclairant écho à la lettre de Blanche-Neige qu’avait rédigée Delia Sherman (publiée dans le premier numéro de Fées Divers), tandis que le magnifique « Cygne/Princesse » offre une précieuse description de métamorphose, entre grâce de cygne et sentiments de femme.
Et pour finir, on retrouve avec un grand sourire (plein de dents pointues) une rubrique de l’ancienne Gazette du Petit Peuple, la « Gazette de Fairyland ». Come away, de l’autre côté du miroir, là où les personnages de contes vivent et magouillent en paix… et n’oubliez pas le guide, Scribouillard, dont le sens de l’humour n’a d’égal que sa conception toute personnelle du journalisme !
Bref, que du bon dans ce second numéro bien dense et varié…

A mes yeux, Fées Divers est donc juste ze revue incontournable pour qui s’intéresse à l’imaginaire en général, et au folklore en particulier. Et comme tout fruit de Féerie, une fois qu’on y a goûté, on ne peut plus guère s’en passer…

(Hep, psst… puisqu’on parle de fruits de Féerie… les feuilles des arbres murmurent que le prochain numéro sera justement consacré à une thématique « Nourriture et Boisson », aussi gardez un oeil sur les prochaines publications, bien appétissantes, du Souffle d’Eole !)

Le Fil d’Ariane

Cartographie

Introduction, par Anne Blaitel
A lire, à voir, à écouter
Art : Natalia Pierandrei (interview) – Jean-Baptiste Monge (artbook, interview) – Xavier Collette – « La Belle Dame sans Merci », par Anne Blaitel
Littérature : « Toc, toc, toc », par Clémence Fournerie – André-François Ruaud (interview) – « Faerie« , par Anne Blaitel – « La Belle au Bois Dormant« , par Magali Lefebvre

Musique : Gjallarhorn
Ludothèque : Service Compris
Terres de légendes : « Le folklore de la région dublinoise », par Magali Lefebvre
Dossier Féerie urbaine : « Fées des villes, fées des champs », par Clémence Fournerie – Le Peuple Fé « urbain » – « La Fantasy urbaine », par Denis Labbé – « Fables« , par Anne Blaitel – « Voyage guidé en Newford », par Anne Blaitel
Nouvelles & Poésie : « Notre-Dame du Port », par Charles de Lint – « L’Appel du Cor », par Jacques Fuentealba – « Lettre du Prince à Blanche-Neige », par Polly Peterson – « Cygne/Princesse », par Jane Yolen
La Gazette de Fairyland

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