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Posts Tagged ‘nitchevo’

Ce sont des temps bien sombres pour évoquer le second opus de Sacra, Parfums d’Isenne & d’Ailleurs, indissociable de son frangin. Ce sont, certainement, les meilleurs des temps ? Alors que le vacarme du monde, les dissonances et deuils que l’actualité dépose chaque jour dans le paysage du monde, marée après marée et nausée après nausée, me poussaient fortement vers Fo/vea… par les ailes de Jebraël, par l’expo d’une photographe et la lettre d’un Alcibiade, par les étoiles dans le ciel d’Istanbul — je revenais à Sacra, toujours.
Ce sont, assurément, les meilleurs des temps. Dark times & darkest dreamings — une intéressante conjonction astrale pour aller chercher dans ce recueil, à travers les indices reliant les œuvres de Léa Silhol, et les traces de combats passés et annoncés, du sens pour nourrir le feu sacré.

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 … Des temps pour aller à Londres se perdre dans un labyrinthe urbain, et la contemplation d’ombres et d’objets d’art qui dépassent le simple effet de lumière. Je connaissais “Lumière Noire”, via sa précédente parution en anthologie, mais jamais je n’avais autant apprécié cette nouvelle que tissée en Sacra, en résonance interne et profonde harmonie sur le thème du passage vers cet Ailleurs qui interpelle tant nos âmes humaines…
…Des temps pour faire un pas de plus vers la découverte d’Isenne, et partant vers l’amour d’icelle. Il y a des passages, dans la nouvelle “Sfrixàda (L’Empreinte, dans la Cendre)”, des instants cristallisés, qui appellent le cœur à se donner sans retour, et sans conditions, pour des valeurs, et les expressions de visage — un regard dangereux, un sourire féroce — qui les dévoilent. Lire « Sfrixàda », c’est assister à la rencontre d’une grande âme et d’une grande cité ; lire Sfrixàda dans Sacra, c’est savourer, éprouver le clic par lequel s’assemblent cicatrices arborées et célébration de l’intégrité. Et ce, alors même que les cieux du monde affichent le présage d’épreuves à venir…
… Des temps pour célébrer le ciel, le passage des étoiles et leurs envols de feu, depuis les murs d’une demeure stambouliote, en compagnie de créatures mythiques aux cœurs accordés et aux caractères rivalisant de séductions — que ce soit dans l’action, l’audace, et la fidélité. Sur les accents nostalgiques de “L’Etoile, au Matin”, qui a déjà touché les lecteurs de Fo/vea, “D’une Étoile à l’Autre” déroule la musique d’une bataille décisive qui s’avance, rassemblant les forces amies à travers tous les pans d’univers silholiens, et non sans de terrestres, terribles arrachements…

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… Des temps pour explorer plus avant encore, après Istanbul, de l’Empire khazar à la République d’Isenne, la merveille des cœurs fidèles. J’avais adoré “La Faveur de la Nuit”, revenant sans m’en lasser, au fil des parutions, à ce récit aux accents théâtraux, et initiatiques, reliant l’histoire d’un peuple fascinant et méconnu à la beauté des nuits sous l’égide de Finstern : sa version longue et remixée, “Béni Soit l’Exil”, m’a carrément renversée, avec la force de frappe et l’éclairage d’un coup de foudre. (Ai-je déjà dit combien chaque rencontre avec Isenne, et Angharad, est l’occasion de tomber plus profondément, et irrémédiablement, en amour ? Oui ? Right so.)
… Des temps pour aller au Japon parler, en des temps de fer, de violence et de guerre, le langage de la paix, et les inflexions dures du devoir, du destin, des âmes déchirées. Petit roman, grand texte, point de jonction où se retrouvent les descendants de “Gold” et de “La Loi du Flocon” (et tellement plus encore), où les fays pénètrent dans le monde des kamis, où les ors du Kintsugi côtoient les encres de tatouage et le cyberpunk rencontre le folklore, “Le Maître de Kōdō” représente un jalon essentiel, surprenant et attachant, de la Trame — à l’intègre image de l’ensemble du double recueil Sacra (les amoureux de Vertigen autant que les âmes éprises de Frontier se feraient grand tort de passer à côté !). Et tandis que les cœurs se reconnaissent et s’éprouvent, les alliances se nouent et les forces se rassemblent, encore, sous des cieux sombres, percés de fulgurantes splendeurs…
… Des temps pour aller — vers le pinacle, vers l’abîme — méditer en contemplant le sourire et la silhouette des Bouddhas d’Afghanistan. Depuis sa première parution en anglais, je n’ai jamais cessé de revenir vers “Emblemata”, chaque fois que le sense of doom, la consternation devant les destructions en tous genres qui s’opèrent ici-bas, menaçaient de m’emporter en spirales de noirceur et de misanthropie. Rencontre entre une figure historique et une figure mythique au pied d’œuvres d’art vouées à une prochaine disparition, ce texte fut, pour moi qui ne suis pas bouddhiste, ma première expérience, crucifiante et lumineuse, du Sutra du Cœur qui en inspira l’écriture — et, pour le nombre de fois où j’y suis revenue, entre révolte et amour : une expérience vraie, et réussie. Blessings à l’artiste pour m’avoir appris cette récitation à laquelle langue et cœur se montrent initialement rétifs comme baudets.
… Des temps enfin, parce qu’Emblemata, et l’Irlande de “À Travers la Fumée”, et l’écho des événements de Londres en ouverture de ce second opus — parce que, aussi, tous les indices pointant au fil des œuvres de Léa Silhol vers cette cité —, pour un finale à New York, les tours du World Trade Center en ligne de mire. Pour un new deal, et plus encore un sense of wonder qui offre une merveilleuse réponse au thème de la perte dans “Emblemata”, et à l’ensemble des voix de Sacra.

 Il reste, décidément, de la beauté et du feu sacré parmi les crasses de notre ère. Des œuvres comme Sacra, des compagnons de route et de barricade, qui nous parlent encore — dans le larsen d’aliéanantes actualités — de la tension douloureuse et extatique des âmes vers l’Ailleurs, et des harmonies que produisent ceux qui se reconnaissent en pareil mouvement.

 [Ceci, bien évidemment, n’a rien d’une chronique ou critique. C’est l’extrait d’un journal intime, développé un jour de méditation désespérée sur les laideurs de l’actualité, avec pour bande-son la section “Quête / Révolution” de Alchemical Hooligan (et celle de Kingdom of Heaven en filigrane).]

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Une fois encore, les lignes des fils tendus se croisent, et les quêteurs de secrets se rassemblent, cherchant le chemin vers les codes, rites et fragrances du grand carrefour du monde, et ce qu’il reste de la splendeur…
Autour… de la lueur d’une lampe noire dans une boutique d’antiquités de Kensington ~ des cérémonies initiatiques des adeptes de Morphée, et des songes de braise des Khazars ~ du pas des Nephilim sur la route des âges, et des formules de la vacuité et du détachement, sous l’ombre des statues du Gandhara ~ de l’écho du rire d’Angharad sur les murs des palazzi lagunaires, et du café embaumé d’épices d’un Lucifer mécréant ~ de la couleur envoûtante des érables à Kyoto, au miroir coupant de retrouvailles dans les rues de New York… Dans le souffle brûlant des athanors d’Isenne, les vapeurs des braseros oneiroi, et le parfum du bois d’Agar des cérémonies de Kodo japonaises, le diagramme mouvant du Sacré se dessine et s’efface, une nouvelle fois…

Il ne restera de ces trajectoires de feu, à la fin, que l’empreinte de pas de foudre dans les braises, le sable coruscant et la cendre, et la fumée tenace d’un millier de parfums répandus.

Sous l’égide des Muses et le claquement des bannières du Jinnistan dans les vents de Qâf, par les Sceaux qui convoquent les Déchus et les dieux exilés ; au calame persan, au couteau de peintre, et au plomb des vitraillistes, Léa Silhol, architecte des univers croisés de Vertigen, Frontier et Isenne, conclut le tissage d’une rose des vents en forme de piège à rêves, passionné, viscéral et intransigeant, à l’image des âmes démesurées qu’elle ne se lasse jamais de dépeindre.

Fil d’Ariane

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Il m’a toujours semblé que l’instant où le lecteur brise l’espace intime de résonance d’une œuvre pour la faire basculer dans la sphère si frustrante du commentaire d’art en société… cet instant-là, où trop souvent l’on s’en va troquer la musique pour le bruit, relève de ces (soi-disant insignifiants) sacrilèges avec lesquels la forme du monde nous oblige à composer. Ma seule excuse pour m’y livrer : un coup de cœur plus puissant que mes réticences naturelles, et le désir exigent de le transmettre avec autant de sincérité, de sens et d’authenticité que le permet l’exercice imparfait de la chronique.
Cela est particulièrement vrai pour le recueil qui m’a ravie ces temps derniers, et me tiendra encore longtemps vibrant entre ses pages, j’ai nommé Sacra — Parfums d’Isenne et d’Ailleurs (hail !) Un blog pour rendre justice à ce chœur formidable d’artistes, d’immortels, de sauvages, tous à leur façon cœurs libres, immenses, intenses… ô le paradoxe ! Rendre grâce, alors, pour leur existence trop vraie, trop vivante pour ne pas dépasser les seuils de la fiction, et ruisseler en cascade d’échos éblouissants dans l’univers alentours.
Aux visiteurs de passage qui savent comme moi combien le nom de Léa Silhol sur une couverture est une promesse toujours tenue, une mise toujours plus poussée, des limites toujours repoussées, non, allégrement annihilées : rendez-vous service, lâchez l’écran, filez chez votre libraire. Sacra relève de ces rencontres que l’on ne saurait faire attendre sans s’en mordre rétrospectivement les doigts.

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Sacra, Parfums d’Isenne & d’Ailleurs… le titre à lui seul représente une irrésistible invitation au voyage, accroche d’âme renforcée encore par la beauté de la couverture créée par Dorian Machecourt. On embrasse sans résistance la tentation, avec un sourire de côté à Wilde, et on entre en cérémonie, via les volutes d’encens et un sommaire sous forme de symphonie olfactive, vers la considération du sacré sous tous ses aspects, des rituels hiératiques à la beauté naturelle, de l’art des hommes ou des immortels à l’amour divin…

Première station, les pieds plantés en terre irlandaise, le regard tourné vers le Mystère des contrées féeriques… « À Travers la Fumée ». Piaffant d’exaspération devant les lâchetés d’un narrateur timoré et pestant contre sa pauvre appréhension des livres, cette lectrice s’élance vers le plaisir de retrouvailles longtemps guettées avec une figure d’écrivain — embrasse ses paroles et réflexions comme on signerait d’une adhésion féroce un manifeste artistique — effleure les pages du recueil imaginant sous ses doigts, par translation de bibliothèque, les premières traces d’Isenne la fabuleuse, reflet magique et magnifié de Venise…
Isenne se rapproche dès la deuxième étape, « Lithophanie », en la personne de l’un de ses Artisans en mission — et il faut cela dans la balance, son profil sur la route marquant rituellement la direction de la Cité, le verre et les couleurs du vitrail auquel il œuvre, il faut cela pour peser contre les murs écrasants du château où le récit déroule son fil inexorable…
A la troisième station, « Là où Changent les Formes »… le pas se fait ardent et dansant, entraîné par le vent et une ivresse de couleurs par-delà le seuil d’Isenne. Cela fait des années déjà que je fis ainsi, via le bel Emblèmes Rêves, ma première entrée dans la cité, touriste charmée et âme vite capturée par les puissances à l’œuvre au sein des castes d’Artisans, et la fascination reste neuve comme au premier jour. Et comme au premier jour, me voilà emboitant le pas d’une citoyenne revenue d’exil, explorant les rues, rouages et rituels locaux, la suivant jusqu’en ses rêves et ses rencontres avec une si réelle créature mythique — exquis périple où l’on flirte dangereusement, délicieusement, avec le sacrilège et l’obsession… Songeant crescendo que Sacra décidément n’a rien à envier, en termes de pouvoir des œuvres d’art, aux artefacts isenniens évoqués entre ses pages.
Surprise, la foulée suivante sur cette « rose des vents » (comme l’appelle Léa Silhol) nous transporte, d’un clic de rouage articulé sur la thématique du rêve et de la réalité, vers la Melniboné de Moorcock, une nuit fiévreuse où l’on croirait palper l’esprit de la ville à travers la fumée des rituels mortuaires qui a envahi les rues. Une nuit lourde, et zébrée pourtant de telles fulgurances qu’on la dirait inoubliable
Mais la surprise de ce « Rêve en la Cité » n’est rien comparé à celle qui attend ensuite, et m’a laissée à genoux, fauchée par l’émotion et la splendeur de « Gold (Chant du filigrane de la fracture, sur la vague d’un Kintsugi) ». Tous ceux qui réclament à grands cris affamés la suite du roman Nigredo n’ont pas idée de ce qu’ils perdraient, s’ils passaient à côté de cette bouleversante rencontre — avec emphasis sur l’ampleur du bouleversement. « La voix de tous ceux que — aimés jadis — nous pensions avoir perdus pour toujours », dit la quatrième de couv’… et oui, si fait (oh YES…). Et lorsqu’en réponse s’élève à la rencontre de cette voix perdue, une autre pour dire un chant essentiel, et que les actes se conjuguent à l’image des âmes, dans un mouvement fracassant propre à restaurer le monde sur une plus juste trajectoire… là, dans le choc de cet immense coup de cœur, Sacra m’a embarquée sans retour, comme l’utopie de Frontier il y a des années. Nombre des voix recueillies dans Sacra s’en viennent questionner la réalité des hommes, de ceux qui justement ne questionnent pas les formes et limites du monde — comment ne pas les rejoindre, dans le refus farouche d’un monde où les actes sublimes évoqués dans « Gold » seraient mesurés à des aunes étriquées ? Il me semble que le dialogue intérieur initié avec les personnages de cette histoire ne prendra jamais fin, et tout ce qui autour de moi ne s’y rattache pas me semble présentement si falot, irréel.

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Aussi amoureusement que l’on se soit attardé là… Isenne attend, spirituelle et dangereuse, et ce serait faute de goût que manquer le rendez-vous avec ses Muses et ses Artisans — d’autant que le superbe « Trois Fois » nous entraîne plus avant vers le cœur labyrinthique de la Cité, dans le secret des forges et les mystères mis en œuvre là. Sur l’établi des créateurs, la forme dure des rites, des devoirs ancestraux, et la matière dont sont faits les gestes de rébellion ; dans la balance, l’équilibre d’Isenne, la perpétuation de son pouvoir…
Et au terme de cette station solennelle passée dans l’ombre des ateliers et derrière les murs d’une chapelle… « Under the Ivy » nous embarque dans un élan vital et sauvage —  pour une grande inspiration à l’air libre, une course extatique dans les bois, aiguillonnés de la voix par une héroïne qui célèbre son univers naturel, et raille celui des hommes, avec une musicalité de torrent clair (et un goût littéraire très sûr, ainsi que des affinités de caractère avec une certaine Antigone !) Une expérience vibrante et jouissive, ponctuée d’éclats de rire et tendue dans la célébration de la Beauté… On en redemanderait volontiers, d’une telle cavalcade !
Sur cette lancée… « Magnificat ». Wow. Enfin les djinns entrent dans la danse, aux côtés des anges déchus, laissent apercevoir leur place dans la Trame du monde silholien. Encore une fois, terrible est la tentation de s’attarder dans les pages du récit, en faire rouler entre ses doigts les éclats coupants, et en son âme les résonances poétiques — mais comme une fumée qui monte aux cieux, Sacra spirale vers le sublime, le vertige de l’élévation, et l’on se laisse emporter, avec autant d’abandon qu’en embrassant la Chute à travers Fovéa. Déployé à l’apex, un chant que je défie tout amoureux de Vertigen d’entendre sans le recevoir en plein plexus.

Et ainsi, osmose réussie, l’œuvre devient elle-même la cible, l’objet de son langage de l’extase — écrite qu’elle est dans un alphabet où le Ô fervent et le Yes ardent représentent des lettres essentielles.
Il coule dans Sacra une lumière extraordinaire : celle des matins naissants, lorsque les veilleurs et les éveillés qui ont égrené chaque heure, chaque nuance de la nuit, aiguisés et ciselés par leur expérience de l’Ombre, et vivants comme jamais, renversent la tête vers le ciel pour mieux recevoir le chant d’aube du Phénix.

(… Et dire qu’il reste à découvrir le second volume, dont la parution est imminente…)

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Ex-stasis… L’extase… l’ivresse, le ravissement, l’intoxication d’un instant ou d’une ère…
Encapsulée dans le rituel, la forme, et les parfums du monde…
Dans les sens… dans l’encens…

Au travers d’une boîte de palissandre que les écrivains se transmettent secrètement depuis des siècles ~ des calligraphies du roi des Djinn, même sur un parchemin frauduleux, et de la dialectique des céramistes Satsuma dans le salon de Klimt ~ des bouquets de fleurs blanches envoyées par un père à sa fille, et des visages du Green Man dans des bois interdits ~ des voiles des navires qui filent vers le port, enflées par les chants des passagers, et de la voix de tous ceux que — aimés jadis — nous pensions avoir perdus pour toujours.
D’un bout à l’autre des horizons et hors des cartes, sur le fil d’une errance rythmée du pas des voyageurs inlassables, et des esprits affamés de splendeur, les traces des mortels et immortels se doublent, se croisent, se frôlent…
Au centre du compas, la cité légendaire d’Isenne, carrefour hybride entre l’Orient et l’Occident, hantée de fantômes, de rumeurs, de contes et de codes ; dépliant ses mystères autour du Labyrinthe des verriers. Marché gobelin où l’art et la démesure s’échangent, s’offrent, s’achètent et se perdent, entre les ombres vibrantes d’Irshem et les esquisses de Venise…

Léa Silhol, architecte des univers croisés de Vertigen, Frontier et Isenne, scalde des astérismes et des carrefours, déclare solennellement que Sacra constitue, plus encore que les prismatiques Avant l’Hiver et Fo/véa, la rose des vents de sa Trame, et que le lecteur ne s’aventurera dans le dédale de Manta qu’à ses risques et périls.

— Première séquence, en six nouvelles et deux novellas —

Fil d’Ariane

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Anis & Jay

Quand Jay conduit, il remodèle les volants.
Ainsi résonnent les premières notes de la voix d’Anis, dans ce choeur, ce recueil, Musiques de la Frontière, mon compagnon de route constant depuis 2005, le genre d’œuvre, vous savez, que l’on embarquerait avec soi lorsque tout ce qui compte doit tenir dans un sac à dos, et dans la boite à trésors du cœur.
Quand Jay conduit, il remodèle les volants.
Une ouverture si parfaite, si parlante, à l’histoire de ce couple brûlant, que bien souvent je l’ai sentie me traverser sans avertissement, au cours de mes errances urbaines. Filant sur les chemins, pliée sur le guidon, concentrée sur ce sixième sens et ce lien spécial à l’univers qu’engendre la vitesse, et soudain, une voix passe. “Quand Jay conduit”… Léa Silhol a l’art de ces phrases qui s’insèrent avec une grâce aigüe dans les courants du monde, pour y couler, évidentes, comme si elles avaient toujours été là, vraies comme un souffle — et comme l’acier.
Dix ans après “Vado Mori” — dix ans, pour nous ; pour elle, dans la droite ligne des événements — … Anis a pris le volant, et la parole, et nous a embarqués, hitchhikers chamboulés d’être là, dans sa quête, focalisée sur le but de sa course, la source et l’estuaire d’où viennent, vers où filent les courants sauvages de son récit : Jay.
“Vado Mori” disait les suites immédiates d’un acte lourd que commit la jeune femme. Il était question, alors, d’en affronter et assumer les conséquences, et d’y survivre (ou non). A présent, il revient à Anis, au fil de la route et d’une introspection sans pitié, de se définir par rapport à son geste, et par rapport à un monde où la renaissance de la féerie dans les cités, cet avènement inespéré de la beauté et de la magie, a fait surgir le pire en nos humaines sociétés : racisme, violation des droits de l’homme et de l’enfant, haine de l’autre. Elle, la privilégiée, enfant choyée d’une famille riche et respectée, amoureuse d’un guerrier fay que la vie s’est chargée d’écorcher vif dès son plus jeune âge… qui est-elle, que va-t-elle emporter d’elle à Frontier, où l’attend, peut-être, Jay, et de quelles peaux lui faut-il se dépouiller chemin faisant, sachant ce qu’elle a accompli ?
La route, comme un creuset alchimique, une épreuve initiatique. La route, son ruban de bitume où dérouler ses voyages intérieurs, vaut tous les psys du monde. Cette route-là surtout, sans merci et pourtant incroyablement riche en nuances, car l’auteure est tout sauf une adepte des jugements rapides et des raccourcis faciles.
Et ainsi va Anis, vers Frontier en aval et la validation de son épreuve. Égrenant ses souvenirs au rythme des kilomètres (tandis que nous avalons les pages sans pouvoir, nous non plus, nous arrêter), revenant sans arrêt, dans la douleur décapante de la séparation avec l’homme qu’elle aime, vers l’amont, l’étincelle initiale et l’embrasement de leur relation, chaque station de leur parcours passionné l’un vers l’autre. Sur ce parcours commun défilent tous les panneaux que l’on peut trouver dans les labyrinthes à la Fo/vea, ceux qui disent — qui hurlent, en majuscules et caractères gras — l’humaine litanie des “TRUST NO ONE / … / PROTECT YOURSELF / … / GIVE UP”. Et ces deux-là mettent à abolir les distances, les frontières, les prudences, les peurs, une intégrité renversante, à l’œuvre jusque dans leurs failles, et une ferveur féroce, propre à renvoyer au rayon des soupes lyophilisées toutes ces insipides romances paranormales que l’on voudrait nous faire avaler en série en guise d’urban fantasy. Propre à nous faire tomber en amour pour le couple qu’ils forment, fans de leurs véloces passes verbales et de leurs pas de danse en beauté, et à éveiller en nous des sentiments un peu (farouchement) protecteurs. On veut cogner des murs pour demander raison des laideurs insupportables que leur inflige l’univers, et tout autant claquer des bises sonores aux frères qui veillent sur eux, Fallen, Priest, Crescent, Faol, toute cette tribu superbe d’anges et de furies dont la lumière brillait déjà comme un fanal dans Musiques de la Frontière, et qui fracture le récit d’éclats de rire qui sont autant de fulgurances dans un ciel des plus noirs, d’abolitions de la gravité sous un horizon plombé. Comme un exorcisme, et il en faut, car cette histoire est pleine de monstres, et ils ne résident pas dans les terra incognita des cartes géographiques (là où se cache la merveille de Frontier) : ils sont parmi nous, avec pignon sur rue, vernis de respectabilité, et bénédiction des autorités. Alors on rit aux larmes en même temps qu’on chiale sa race, la tête renversée vers le ciel tandis qu’un uppercut nous cueille au plexus. Double mouvement pour un monde complexe, KO magistral, du genre dont on se relève avec rage et gnaque, une sainte colère et un sentiment de grâce.

Il y a dix ans de cela, lorsque les fays de Musiques de la Frontière sont entrés dans ma vie, j’aurais juré que la rencontre, la vision salutaire de Frontier, était de ces magies de l’Art qui n’arrivent que once in a lifetime — et ce feu, de fait, est assez puissant pour tenir de fuel sur une vie entière. Je sais désormais, avec Possession Point, que la foudre peut frapper plusieurs fois au même point, et la grâce revenir, transformée, telle une vague aux nuances renouvelées, toujours plus profonde. Et tandis que l’esprit électrifié explore les fils dévoilés de la trame d’une Œuvre qui, de livre en livre, par son architecture où tout fait sens, n’en a pas fini de nous sauver des absurdités de notre monde, le cœur roule de page en page, vers Frontier, toujours.

Possession Point

Tes iris à toi, mon ange, avaient la couleur de la mer avant l’orage, aux rives d’Half Moon Bay. Toutes les Mavericks de Pillar Point y écrivaient en germes les promesses que tu tenais. Je roule parfois jusque là-bas pour jeter un sucre au manque qui me tient dans ses tenailles. Je marche de Ghost Trees à Half Moon Bay. Pour regarder les vagues, de peur d’oublier tes yeux. Quelque part entre les fantômes des arbres et le meurtrier Pillar Point, assise à même la poudre de mon sablier, je bois cette couleur. Je la respire, pendant qu’elle reflue et déferle. J’essaye, une fois encore, d’élucider la technologie de ce mystère. De comprendre comment le monde des hommes transforme la couleur des Mavericks en cadrans d’horloges. Comment le rythme des vagues immenses a pu s’enrouler pour devenir, dans tes yeux, ce cercle de métal auquel j’ai donné un tour ou deux, jadis. C’était un rouage. Mais tout autant, je le sais bien, la face implacable d’un barillet.

Dans un monde transfiguré par le retour de la Féerie, Anis a pris la route, à la recherche d’une cité légendaire dont on dit qu’elle ne se laisse trouver qu’à son gré : Frontier.
C’est dans la “ville au bord du monde”, patrie des fays, que vit à présent l’homme qu’elle a aimé, et trahi : Jay, membre du redoutable gang changeling de Seattle.
À travers leur histoire, feuilletée comme un album photo depuis le jour de leur rencontre jusqu’à celui de leurs hypothétiques retrouvailles, c’est la vie de tous les Premiers qui se dévoile, durant les années précédant et suivant directement le fondation de l’utopie que fays & fées nomment Le Seuil.

Fil d’Ariane

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Freedom


Est-on jamais assez attentif ? Quand un grand arbre noirci d’hiver se dresse soudain de front et qu’on se détourne de crainte du présage, ne convient-il pas plutôt de s’arrêter et de suivre une à une ses ramures distendues qui déchirent l’horizon et tracent mille directions contre le vide du ciel ? Ne faut-il s‘attacher aux jonchées blanchâtres du roc nu qui perce une terre âpre ? Être attentif aussi aux pliures friables des schistes ? Et s’interroger longuement devant une poutre rongée qu’on a descendue du toit et jetée parmi les ronces, s’interroger sur le cheminement des insectes mangeurs de bois qui suivent d’imperceptibles veines et dessinent comme l’envers d’un corps inconnu dans sa masse opaque ?

Jacques  Abeille, Les Jardins statuaires

*

Il y a quelques années de cela, Gaiman pointait du doigt une maladie qui avait entrepris, avec une préoccupante ténacité, de gangrener le coeur de certains lecteurs, et le regard qu’ils posent sur le travail de l’artiste – au point que les fans de telle ou telle série, invoquant leur sacro-sainte attente des suites à paraître, en venaient à se mêler de ce qui ne les regardait pas, à savoir la vie privée de l’auteur.

Son diagnostic : Entitlement issues.
Sa prescription : le rappel salutaire que l’auteur n’est pas à votre (notre) service.
« [Name of writer you’re fan of] is not your bitch. »
So say we all. So should we all be sayin’.

Il est évident pour quiconque observe les évolutions du monde artistique que ce sentiment de légitimité exacerbée, intrusive et irrespectueuse, visant à contrôler le travail de l’artiste en le liant aux attentes du public, a gagné encore du terrain, avec la complicité, calculatrice et/ou irresponsable, de hérauts du droit à la culture pour tous. Etant entendu que dans ce discours, droit à la culture = droit sans restriction à toutes les oeuvres jamais publiées – et que ce droit a pleine préséance sur les droits de l’artiste.
Comme si une envie, plus ou moins impérieuse, équivalait à un impératif moral.

L’une des formes de cette gangrène m’avait conduite à entrer dans la lutte contre le dispositif ReLIRE, en y pesant de toutes mes forces. De toute la force que donne la démocratie aux voix qui en son sein disent NON not in my name.
Même constat même combat après un trek horrifié sur les terres des tenants du partage libre de la culture – Parti pirate, penseurs du commonisme, missionnaires venus prêcher à ces pauvres artistes voués aux ténèbres obscurantistes du droit d’auteur le salut par les licences, etc. L’absence d’empathie et l’ignorance crasse des réalités du statut d’artiste se partagent les commandes de cette nef de fous (parfois secondées par une bonne dose d’arrogance, et une manifeste allergie à tout témoignage fondé sur l’expérience), et c’est la liberté des artistes qui tombe à l’eau.
Ce bateau-là, censé annoncer l’avenir culturel de l’Europe, ne m’inspire qu’un irrémédiable mal de mer.
Effarement, consternation, et une nausée voisine de celle qu’exprima Silène en parlant de ReLIRE (« Connaissez-vous Thomas Bernhardt ? »)… D’entendre comparer l’oeuvre – cette matière d’âme, ces éclats d’existence ciselés selon un dessein conçu par l’artiste, et pleinement connu de lui seul – à un jouet bon à upgrader au gré des lubies de tout membre lambda du public ; de constater à quel point l’auteur quand il résiste à ce système soi-disant miracle rencontre de mépris (… ce vil bourgeois accrochés à ses droits comme les nobles de l’Ancien Régime à leurs privilèges) ou de condescendance (… cette momie dépassée qui n’a rien pigé aux merveilles des temps modernes, et qu’il faudra bien éduquer malgré elle)… les bras m’en sont tombés, et l’écoeurement m’a pris à la gorge.

Pour y voir clair dans ce genre de discours, en les confrontant au point de vue d’une artiste, je ne saurais trop conseiller la lecture – d’intérêt public et de salut(s) personnel(s) – du billet de Léa Silhol :

Charybde et Scylla : pour une diégèse des démolitions

(Merci, m’lady, pour ce (nouveau) sacrifice à Chronos, au détriment de tes contrées de coeur.)

A consulter et suivre aussi, le portail thématique ouvert par Nitchevo dans la foulée, et les liens qui y sont pointés vers les billets de Lionel Davoust, Olivier Gechter, Lucie Chenu : Les auteurs et artistes face au Commonisme – liminaire

*

Très récemment, et dans un contexte toujours sombre pour les artistes (cf, dans l’univers de la bande dessinée, les annonces faites à quelques jours d’intervalle par Bruno Maïorana et Philippe Bonifay qui l’un et l’autre quittent le métier), Manu Larcenet jeta l’éponge et décida de fermer son blog, à la suite logique de l’amer constat que sa volonté et son droit d’auteur ne sont pas respectés par bon nombre des lecteurs de son blog.
Sa décision, triste illustration par l’exemple du prix réel de la culture ‘libre’ quand elle se moque des choix et droits de l’artiste, n’a pas manqué de donner lieu à un florilège de réactions écoeurantes.
Réaction vomitive number ouane, citée en mode anonyme sur Actualitté : Larcenet a pris la grosse tête – problème récurrent des artistes, c’est bien connu. A quand les camps de rééduc’ pour les en guérir ?
Réaction vomitive (et prévisible) number two : ce pauv’ Manu, encore un talentueux inadapté qu’a rien compris au wonderful web ; l’avait qu’à prendre une licence CC, tiens. Réaction prévisible puisque répétée à l’outrance lorsqu’un artiste signale un souci de piratage en ligne. Lorsque le dessinateur Boulet, mentionnant la récupération d’une sienne illu en fresque peinte sur un véhicule, avait simplement commenté qu’il aurait apprécié qu’on lui en parle, ne serait-ce que par une demande d’autorisation par mail, il lui fut grosso modo répondu « mets ton blog en creative commons et on n’en parle plus ! » Mais si, justement, l’artiste aimerait qu’on en parle ? Si, comme Jaron Lanier qui ne demande qu’à partager sa musique dans la richesse d’une interaction, il a une attente spécifique d’échange humain, que l’usage mécanique de la licence ne satisfait pas ? Si, tout simplement, les options des licences ne correspondent pas au cadre de partage qu’il souhaite mettre en place ?
Pour Manu Larcenet, le contrat moral était simple : le geste de partage était sien, dans le cadre strict de son blog, blog qu’il estimait comme l’unique dépositaire esthétique adéquat, sur la forme, des illustrations qui y étaient mises en ligne. Il offre aux lecteurs de passage la vision de dessins qui auraient pu sinon prendre la poussière dans ses archives ad vitam aeternam, et ne demandait rien d’autre que le respect de ces conditions de partage. De son choix, explicite et garanti par le « Tous droits réservés » clairement indiqué en bas de page : pas besoin de licence, donc, et pas non plus de licence dont les options épousent les nuances de sa démarche.
Aurait-il sacrifié la spécificité de ses attentes pour les passer dans le moule d’une licence CC, et donc doublé d’une concession le don conditionnel de ses images – à supposer, donc, que le dessinateur se soit plié à cette norme qui ne correspondait pas pleinement à ce qu’il voulait : quelle garantie supplémentaire en aurait-il tiré contre les malotrus qui transforment internet en libre service à leurs bénéfices ? Quelles garanties, contre des pillards qui souvent n’hésitent pas à mutiler une image pour en retirer la signature du créateur ? Rien qui ne soit déjà garanti, devant la Loi, par le droit d’auteur – aussi longtemps toutefois que le droit d’auteur ne sera pas tombé, miné à force d’attaques convergentes contre le Code de la Propriété Intellectuelle.

Et quel partage imposé est-ce là donc, qui réclame à l’artiste le beurre, la gratuité du beurre, et le sourire gracieux du crémier, tandis que le public se verrait quant à lui dispensé de la démarche, pourtant passionnante, de comprendre les intentions du créateur – car c’est la faute du créateur, n’est-ce pas, si son blog n’affiche pas de sigle organisant le pillage, pardon le partage, de ses images. Mesdames, messieurs, si vous ne voulez pas qu’on vous vole de baisers dans la rue, vous n’avez qu’à arborer des pancartes free hugs. Ô prosaïsme assassin des licences !

*

C’est le vide de toute part qui tâche et joue à se circonvenir et creuse lentement les lignes de la main de la terre. Les réseaux se nouent, se superposent, s’effacent. Les signes pullulent. Il faut que le regard s’abîme.

Jacques Abeille

*

Quel étrange cheminement voudrait-on nous faire suivre, qui partirait du constat (en partie fantasmé) d’une industrie artistique avide d’argent, avare de partages, pour justifier la mise en place de machines vouées au pillage massif (le piratage, le domaine public anticipé du vivant de l’artiste), et le remplacement mécanique du droit et du sens par un système de licences. C’est troquer une usine pour une autre, une moisonneuse-batteuse pour un système similaire de fléau – et toujours les oeuvres se retrouvent moissonnées, et les artistes toujours fauchés.

« The balancing of influence between people and collectives is the heart of the design of democracies, scientific communities, and many other long-standing success stories. », dixit Jaron Lanier dans son passionnant essai You are not a gadget. Et il n’est pas question que je me laisse réduire à l’état de rouage d’une broyeuse, ajoutant la force d’inertie au poids déjà excessif du collectif.
Je reprends donc mon porte-voix de citoyenne (que je n’avais pas lâché, en fait), pour dire, encore une fois, puisqu’encore une fois le bien public est invoqué, et dévoyé : pas en mon nom.

Je suis plus, ô vous qui bradez le droit d’autrui et sa liberté sous prétexte de satisfaire mes besoins, ô vous qui me bradez en tant qu’être humain, je suis plus que la somme de mes frustrations. Je vaux mieux qu’une fonction de bouche piaillante que la fameuse ruche collective aurait pour vocation de gaver, d’estomac plus insatiable que le tonneau des Danaïdes. Vous qui en appelez aux bas instincts, moi veux moi prends, vous qui me voulez en maillon de la chaîne de consommation (et l’artiste à l’autre bout de cette laisse d’acier), vous ne me connaissez pas, et n’entendez pas mon intérêt.
Moi aspire moi dépasse.

A l’artiste, donc, ma loyauté. Sa volonté, ma boussole.
A ses côtés : là réside mon intérêt.
Si je le reconnais comme artiste, c’est que j’ai rencontré son art. C’est qu’il m’a déjà enrichie, a nourri ma réflexion, approfondi ma compréhension et mon empathie, élargi ma perception du monde, mes paysages intérieurs.
Si je suis là pour défendre ses droits, en solidarité, et avec reconnaissance, c’est qu’un jour, ou une nuit, et jour après jour jusqu’à aujourd’hui, son oeuvre m’a tenue en vie, et qu’il me fut donné de m’y tailler un tuteur pour rester debout tandis que je poussais des racines vers les grandes profondeurs, et tendais des branches toujours plus haut vers le ciel. Ô grâce collatérale de l’acte de création !
Je ne mordrai pas la main dont les tracés sur le papier m’ont nourri l’esprit, ni ne tolérerai qu’en mon nom on prétende l’enchaîner.
Je ne donnerai pas ma part de cris au vacarme de l’usine menaçant de recouvrir ces voix mêmes qui m’ont bouleversée, et celles qu’il me reste à entendre sur des routes non encore parcourues – si les dieux et les muses le veulent, et si l’état du monde le permet.
J’use et userai de mes dents, non pour consommer des oeuvres (et consumer un peu plus les coeurs qui s’y étaient ouverts), mais comme arme contre les tauliers de l’art, sous quelque masque qu’ils se planquent, à plus forte raison s’ils prétendent faire de moi leur complice.

Et que ces paroles reviennent en boomerang me péter les dites dents si j’y manque. Une paille, ce serait bien assez alors pour avaler mon insipide brouet de culture.

Arboretum

Pourtant d’autres contrées sont à venir. Il y aura des pays.

Jacques Abeille

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Hey, 2014. I dare you to be fair.

I dare you to be rightful.

To treasure all flickering flames.  To embrace the fiercest ones —
the fires of rebellious art.

I dare you to fight for the demise
of bureaucracy, registries — thieves and liars.

I dare you — and you — and you.

The creation of chains is anti-creation. React.

Stand up for the Art that keeps us all alive.
Stand up for the artists – with the artists.

Show ’em industry lobbies, them government bullies,
that they have no business binding books.

Be real: fight ReLIRE.

*

(with a huge thanks to Bauhaus,
pour le son qui garde éveillé lors des nuits de garde sur les barricades,
et le double truth *and* dare)

*

Je ne vous souhaite pas la nouvelle année, mais force et constance dans le combat.
Et pour seul bris, la victoire.

Sur le front RELIRE, précisément, les tambours résonnent.
Malgré ses aspects de pierre tombale, la sinistre borne milliaire du 21 septembre – date à laquelle les oeuvres massivement emprisonnées sous prétexte de numérisation, et non réclamées par leurs parents directs ou lointaine famille, basculèrent dans le système de gestion collective – ne marque pas la fin de la guerre.

A l’heure des bonnes résolutions de nouvelle année, un petit point sur les mois passés et les batailles en cours.

Les bons comptes font… les adversaires avisés

Comme à leur habitude, les piliers de ReLIRE n’ont guère fait de bruit au moment de faire connaître le bilan des opt-out, une fois échu le terrible terme des 6 mois.
Ces champions du numérique ne trouvant visiblement aucun intérêt stratégique aux espaces de communication modernes, une discrète mise à jour sur le site même du registre, à la date du 21 octobre, se contente d’afficher ces chiffres officiels :

Entre le 21 mars et le 20 septembre 2013, la BnF a enregistré 6 059 demandes d’oppositions, qui portent sur 5 551 livres. 728 auteurs, 144 éditeurs et 110 ayants droit ont transmis une ou plusieurs demandes d’opposition à la BnF. La Sofia dispose de 3 mois pour s’assurer de la validité de ces demandes.

En décembre 2013, le chiffre avancé par Juliette Dutour lors de la conférence de clôture du projet Arrow Plus sera, lui, de 5557 ouvrages.

BilanDutour_ArrowPlus

Un grand salve pour ces sauvés.
Une pensée pour ceux qui restent, parfois à l’insu des artistes qui les mirent au monde, ou des ayants-droits soudain privés du devoir de veiller sur eux.

Enfin, devant le chiffre navrant qu’avance par Mme Dutour, de ces 500 demandes d’ajout de  livres – demandes que, rappelons-le, tout quidam mal avisé ou trop avide peut formuler, sans avoir nécessairement de droits sur l’oeuvre concernée :
Un doigt d’honneur aux consommateurs-collectiviseurs-whoever qui s’estimèrent autorisés à participer à cette entreprise de pillage légalisé, aspirants dévoreurs de pages dont ils n’auraient su rêver la trame ni l’encre. La ci-devant lectrice ne vous remercie pas, vous qui vous inscrivez en complices de l’exploitation d’une forêt primaire dont l’oxygène nous est primordial.

Sécession et « sélection »

Quitte à mentionner le contenu du site relire.bnf.fr, un mot au passage sur une autre modification discrète qui m’arracha, elle,  un hoquet consterné, ambiance « noooon ils n’ont quand même pas osé… ??? »
Bien sûr que si. « Ils » osèrent.

Panier d'abusDûment positionné en haut à droite de l’écran, voilà un symbole que tout internaute identifiera facilement : le panier d’achats. Quel rapport possible, honnêtement possible avec ce registre des livres indisponibles ?
La réponse écoeure d’avance.

Usure du monde

ReLEAR

Une chose est sûre : l’ampoule qui s’alluma au-dessus de la tête du faux génie du siècle quand il imagina de tendre un panier à l’auteur bafoué venu faire sa ronde vigilante dans la foire aux abus – cette ampoule-là n’a rien d’homologué. Gare aux courts-circuits.
C’est un détail, ce panier, dira-t-on. Mais le diable est dans les détails. (Quoique le Diable récuse toute comparaison avec les bureaucrates au service du RoiLIRE, et notifie par droit de réponse cette différence de principe : lui fait toujours signer un contrat avant de s’emparer d’une âme. Objection retenue.) Estampiller d’une icône de la consommation une démarche relevant de la défense des droits, et du droit d’auteur précisément, c’est faire offense à l’artiste, éditeur, ayant-droit qui n’avait pas demandé à voir ses ouvrages finir aux enchères dans ce grand marché à bestiaux qu’administre la SOFIA sous prétexte de culture.
Maiiiiis c’est une amélioration de fond, ce panier, même si mal inspiré sur la forme – m’objectera-t-on peut-être dans la foulée. Puisqu’il est là pour faciliter les démarches d’opposition, en permettant de réclamer le retrait de l’ensemble des livres « sélectionnés ». Cool, non ? Non, non, cet irréductible NON déjà affirmé par les résistants de Nitchevo à la perspective des « extensions » prévues pour la v.03.2014 de ReLIRE, et que je reprends ici en choeur (with feeling) :

“Faciliter le travail des Artistes obligés de défendre leur propriété” ne peut constituer une excuse  au scandale absolu qu’incarne cette loi.

D’autant plus lorsque ces retapages à coups de rustines se font sur les deniers publics, au détriment de toute une catégorie socio-professionnelle, et au seul profit probable d’une élite économique obscure, dont les petits trafics avec les organismes publics et l’argent des contribuables soulèvent d’instinctives suspicions.

Nous ne confondrons pas ici l’acte et les outils dont il se dote.

Au moment où un Recours a été déposé devant le Conseil d’Etat, il convient de se souvenir que ce sont les fondements même de cette Loi, au-delà de la pauvreté de son interface technique, que nous refusons.

So say we all.

Internal error(s)

Pour en finir (pour cette fois) avec la série des modifications discrètes sans tambours ni trompettes, notons enfin qu’un nouveau facepalm nous est offert par les services de divertissement du RoiteLIRE. Le site, dans sa générosité renommée et notoire efficacité, propose en effet via une update du 10/12/2013 de consulter/télécharger la liste des livres entrés en gestion collective.
Un clic sur le lien fourni donne un… intéressant résultat :

Internal errors

Lucidité des lutins du web, qui savent ce qu’il en est de l’enfilade d’erreurs internes marquant l’histoire du projet ReLIRE… quand bien même la communication officielle clame que toutvabiendormezbravesgens.

ReLIRE et ARROW sont dans un bateau…

… Le droit tombe à l’eau – présage d’un désastre juridique à l’échelle européenne, puisque le système ARROW entend bien s’y implanter au maximum, et compte sur la réussite (officielle) de ReLIRE pour prouver son utilité dans les entreprises de numérisation massive. Et que les instances européennes n’ont pas caché les espoirs placés en ReLIRE, projet-pilote, en quelque sorte, d’une Union pressée de placer ses pions sur le territoire numérique – cf les paroles de Neelie Kroes, commissaire eu chargée de la société numérique, louant lors du dernier Salon du Livre la loi française sur la numérisation des indisponibles du XXe siècle (« Wir müssen größer denken« , 25 mars 2013).
On savait depuis un moment déjà qu’ARROW allait nous tomber dessus (timber !) en prenant appui sur le projet de numérisation des indisponibles. L’appel d’offres pour la prochaine version du site ReLIRE, attendue pour la rafle de mars 2014, mentionne l’intégration du système parmi les clauses administratives particulières :

Les prestations attendues de ce marché devront permettre de compléter et de faire évoluer cette application en plusieurs étapes successives, dont une 1ère étape à mettre en œuvre pour le 21 mars 2014. Le périmètre du marché porte sur le contour suivant :

  • de nouvelles fonctionnalités au public (comme la gestion d’un compte utilisateur avec un espace personnel dédié),
  • un outil back-office pour le traitement et le suivi des demandes du public par les agents de la BnF,
  • l’interface avec le projet européen ARROW, projet qui sera utilisé pour enrichir le registre,
  • l’automatisation des échanges et interfaces avec nos partenaires.

(Source : Nitchevo Squad News, ReLIRE et l’argent de « l’intérêt public – un nouveau budget pour les ‘extensions’ – avec un salut à la team pour son maniaco-courageux épluchage de dossier !)

Depuis décembre dernier, l’étau se resserre, les pions se placent.
Le 4 décembre, une conférence de clôture du prjet ARROW Plus se tient à Bruxelles. La France y figure en bonne place, représentée par la BnF (Mme Dutour, chef du projet ReLIRE) et la SOFIA (Christian Roblin). C’est dire si les bilans proposés résonnent de l’écho des cocoricos (pour l’objectivité, la prise en compte des difficultés / des erreurs / de la grogne des auteurs… on repassera).
On apprend à cette occasion que le système ARROW est opérationnel en France depuis le 4 décembre…

To offer an overview of the French digitisation project that followed the legislation of 2012 and that intends to digitise and make available out-of-commerce works published before 2001, Christian Roblin, CEO of the Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Ecrit (SOFIA), explained the work carried out by his organisation when working in collaboration with the Bibliotèque National de France (BNF) and more specifically with the Registre des Livres Indisponibles en Réédition Électronique (ReLIRE), and how SOFIA will compensate rights holders involved in this digitisation project. To explain the project from the National Library (BNF) point of view, Juliette Dutour, Chef du Projet of ReLIRE presented a general scope of the law, the stakeholders of the project and the mission of the BNF. Dutour explained that while the first set of 50,000 out-of-commerce books was published on 21 March 2013, the coming list, to be published on 21 March 2014, will be released in cooperation with ARROW (which went live in France on 4 December 2013. Paola Mazzucchi from AIE, complemented Dutour’s presentation by explaining the work process that has been taking place between the BNF and ARROW.

… et qu’ARROW attend beaucoup de cette collaboration pour se positionner en pièce essentielle des projets de numérisation à grande échelle (même si nous n’attendons, de notre côté, rien de bon d’ARROW) :

ARROW – ambitions

(…)

Le futur selon ARROW

Au moins là-dessus, ils ont raison : the future is up to us.
En tant que Français qui ne tiennent pas à voir les bêtises de leur gouvernement servir d’exemple au reste de l’Europe ; en tant que citoyens européens disposant de moyens de faire entendre leur voix ; en tant que « users », comme dit vilainement – en lecteurs, en amoureux des arts (redevables aux artistes) et de la justice, en citoyens du monde… il nous revient de nous faire entendre. Ne pas laisser ce monde aux industries, aux bureaucraties, aux machines et à leurs intolérables rouages.

Alarme, citoyens

Et justement. N’en déplaise aux conférences qui voudraient étouffer la contestation sous les cocoricos… les alea ne sont pas jacta.
Aucun des représentants de ReLIRE n’a pris la peine de relayer cette information dans les documents projetés le 4 décembre, mais le projet, et la loi dont il découle, sont actuellement contestés en justice. Un Recours pour Excès de Pouvoir a été déposé au nom de deux membres de l’association Le Droit du Serf, auquel peuvent se joindre les auteurs, éditeurs, illustrateurs, traducteurs concernés par la loi.
Dans l’intervalle fut posée en place publique une Question Prioritaire de Constitutionnalité, contestant la constitutionnalité même de la loi. En décembre tomba la décision du Conseil d’Etat : ReLIRE va devoir aller s’expliquer devant le Conseil Constitutionnel !

ReLIRE épinglé

Pendant ce temps, en Europe : une consultation sur les modifications à l’échelle européenne du droit d’auteur [liées aux nouveaux usages numériques] est en cours. Nous pouvons tous y participer, en qualité de (je cite les catégories listées dans les premières pages de la consultation) : end user/consumer ; institutional user ; author/performer OR representative of authors/performers ; publisher/producer/broadcaster OR representative of oublishers/performers/broadcasters ; intermediary/distributor/other service provider ; collective management organization ; public authority ; member state ; other.
Il y est question, bien sur, entre autres dossiers brûlants, de la question des numérisations de masse…

Europe – consultation publiqueEurope – consultation droit d'auteur

… et du « French example » ReLIRE :

Consultation européenne – ReLIRE

Certes le dossier est long (36 pages), certes le délai est court (05 février 2014), mais… C’est l’occasion de présenter devant les instances européennes un point de vue autre que celui des porteurs du projet ReLIRE, qui ont tout intérêt à (et ont manifesté l’intention évidente de) ne toucher mot des problèmes soulevés par ce projet, et de l’opposition  (aussi vive qu’à vif) qu’il suscite.
A vos porte-voix, donc, citoyens !

The future is up to us, comme ils disent. A nous de lutter contre le réchauffement climatique, avant que le degré Fahrenheit ne soit irrémédiablement atteint…

PS : Et pour rappel, il est toujours possible de peser dans la balance en signant / faisant circuler les pétitions anti-ReLIRE en cours & d’actu :
Le droit d’auteur doit rester inaliénable
 – ReLIRE : l’opt-out des lecteurs

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Il est temps de secouer les lieux de leur sommeil de bois dormant, encore.
Le réveil sera guerrier. Je passe avec un flambeau en guise de plumeau à poussière.

Pendant longtemps, les regards affutés ont pu constater que le psycheinhell blog affichait pour raison d’être ce credo :

Quand j’étais petite, j’ai vu mourir une fée.

Ma mère est une très grande fan du Cercle des poètes disparus. Pendant des années, l’écouter en parler m’a bercé comme une danse d’Arlésienne, à la robe tissée de ces étoiles qui brillaient dans les yeux maternels. Et vint le jour où elle dénicha la cassette, le moment de cristal où nous nous assîmes ensemble pour partager la magie.

Ce jour-là, je pleurai comme la gosse que j’étais, et suis toujours, devant, oui, la mort d’une fée.

Vous vous souvenez ? L’histoire de Neil Perry, la flamme de la poésie, le soir de représentation où elle brilla le plus fort, et s’éteignit, brusquement étouffée  par la réalité du monde des adultes. Neil Perry ce soir-là était le Puck de Shakespeare, couronné de brindilles, de poésie, de féerie. Je n’ai jamais oublié, jamais, le lent mouvement dans lequel cette belle tête s’abaissa, la mesure à laquelle meurent les rêves dans la nuit et le givre lorsque le monde nous interdit d’y croire.

Je le sens toujours, ce mouvement. À chaque fois qu’un artiste renonce, qu’une oeuvre s’effrange ou qu’un espoir s’effondre, à chaque fois que l’économie l’emporte sur l’enchantement ou que la crasse recouvre la grâce, à chaque fois… là, logée dans le poids soudain de la nuque, la mort de Puck, encore.

Les temps n’ont rien de tendres pour les fées comme pour les enchanteurs – et je vis, moi, dans la beauté qu’ils dégagent. Je vis de cette beauté partagée. J’ai toujours lu, toujours cru aux fées, aux arts de la magie et aux magies de l’art. J’ai compris en grandissant qu’y croire peut-être ne suffirait plus si je voulais que persiste cette voie de la beauté, si je comptais persister dans cette voie et ne pas mourir un peu chaque jour. Alors, j’ai appris à le dire… appris à taper dans les mains, vous savez ? « Je crois aux fées. »

Il se trouve, amis lecteurs, camarades, que le gouvernement a voté l’ouverture d’un véritable abattoir-à-Neil-Perrys, là.
Faisant tomber le couperet sur la notion de droit d’auteur dans son inaliénable intégrité, avec la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles du XXe siècle, votée en 2012.
Transformant l’attaque, un an plus tard, en industrie intensive vouée à saisir dans une rafle massive les ci-devant indisponibles, les passer par le moule d’une numérisation à la chaîne, sans se soucier de ce ‘détail du progrès’ : les plumes d’auteurs déchiquetées par les rouages de la machine, les droits et les coeurs des créateurs broyés au passage.
L’usine où s’accomplit ce grand ouvrage stakhanoviste ? le registre ReLIRE, tenu par la BnF. (suite…)

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FoveaFovéa
Leçons de Gravité dans un Palais des Glaces

(Error_type vol. I)

Recueil

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Le Calepin Jaune
Collection : Hors Collection
Année : 2008
Illustration de couverture : PFR
Illustrations et photographies intérieures (n&b) : Léa Silhol, Mad Youri, PFR, Estelle Valls de Gomis
Maquette : Greg & Léa Silhol pour Nitchevo
Autre édition : édition collector, toujours au Calepin Jaune. Couverture alternative, illustrations & photographies en couleurs

Quatrième de couverture :

C’est le moment où le pas bronche.
La chute, le whirl, le vertigo.
A trop voir, à ne pas assez (sa)voir.
Ils tombent.
Les Anges, les Ouvreurs, les assassins.
Les vivants et les morts. Les saints et les maudits.
Tombent.
Comme Satan, comme l’éclair… (ah)
C’est un problème de perception. De supplément d’âme.
C’est un phonème de distorsion. C’est un aria, un rap, le buzz de l’alarme.
C’est un mixdown, une restructuration, un bris.
Remix, long-dub, familiarité, altérité. Dessus dessous, de l’ordre au désordre.
(on prend tout, on casse tout, on scratche, on recommence)
En français, en anglais, citations, chasse à courre, codes.
C’est dans la rétine. C’est dans ma rétine.
La tache, le distinguo, le noise.
C’était là tout le temps.
(
do you follow me ?)
This is the shape of things to come.
(
do you follow me ?)
This is the new shit.

(on va tout casser. on va tout refaire //
On va jouer les derviches au carrefour)

Ca commence.
Maintenant.

F = Fo
Te véa.

Fovea, nouveau recueil de Lea Silhol (réalisé, dans un esprit de crossover, en collaboration avec les artistes Mad Youri, PFR et Estelle Valls de Gomis, ainsi qu’avec Nitchevo Agency) et premier volet du binôme Error_Type, est un étourdissant challenge. Challenge pour l’auteure qui abat nombre de frontières (littéraires, artistiques, linguistiques, humaines…) tout en descendant au fond du gouffre, au coeur des vérités qui font mal/font grandir ; challenge pour le lecteur qui se voit convié à un terrible et prenant jeu de décryptage… et challenge, aussi, en quelque sorte, pour les « babblers » qui voudraient évoquer l’expérience Fo/ et se retrouvent, comme moi, sans mots devant un écran blanc, à se mordre la langue en se demandant s’il ne faudrait pas imaginer d’autres formes de commentaires pour parler de FO/VEA sans spoiler, sans limiter, sans tomber à côté de cette expérience qui se vit plus qu’elle ne se lit, se ressent plus qu’elle ne se laisse dire, et surtout, surtout, sans trahir l’esprit de cet extraordinaire projet.
Dont avertissement…

CECI N’EST PAS UNE CRITIQUE DE LIVRE.
(stop wasting your time here and go read the book)

I will make you crawl

Extraits du carnet de lecture « The Fo/ Experience », 27/02 – …
« Fo/ is coming. Checké le courrier : rien. La tension monte. (…) Toujours rien. Obsédée par le paquet en route. (…) Colis sur le lit, je fais traîner – vaincue d’avance. J’ouvre… souffle coupé. Tout disparaît devant the wonder. (…) Nin en musique ? check. Provisions de café ? check. Carnet-stylo ? check. [!,;:!:;ç_è-( »ç$* /brouillage anti-spoiler/ ? check. Parée pour la chute… [« Parée » ? Tsss, pauvre naïve.]
Oh – my – gods. [Silence] Ouch, en plein dans l’oeil. Va falloir se mettre à la page. OH. C’est juste magnifique. Arg, fausse piste *going crazy* Hey, où est passé mon dico de … ? Wow, c’est énorme ! Cette photo, je pourrai passer des heures à la contempler. Ooh, well done… Wait a minute, que j’aille chercher le *ù^¤_-« ;&! Gasp. La tension dans ce texte… incroyable. Yihaaa, j’ai trouvé ! Aha, et je fais quoi, là ? [Choc.] Oh, mince ! Modulo 10 : wtf ??? Naaan, quand même pas ? Ah tiens, si. Aich, touché. [Griffonnage frénétique.] Wow. Ah, terrible ! Tant à lire, à voir, à déchiffrer : c’est génial ! *gone wild* Pfiou, fini la transcription de … Oh bon sang, mais alors ça veut dire que… Aaah, I see…

I see. »

I will make you hurt

Nous voilà donc à explorer les allées labyrinthiques de ce superbe Palais des Glaces qu’est Fovea, à la recherche non de la sortie mais du centre – parce qu’on ne veut pas en sortir, de Fo/, on veut trouver les clés, ouvrir le coeur et y habiter. Alors on se coupe aux échardes, aux éclats de miroirs, aux rasoirs affutés ; on guette les échos en essayant d’identifier les voix moqueuses ou douloureuses, on observe, du coin de l’oeil ou bien en face, les nombreux reflets que nous renvoient, que se renvoient entre eux, les textes-miroirs ; on s’équipe de décodeurs, on avance doucement à la recherche d’indices, de clés pour comprendre les mots, les codes, les couleurs – saisissant parfois, fébrilement, un fil d’Ariane, avant de constater dans un grand éclat de rire qu’il nous mène à une nouvelle pelote de fils à débrouiller, un nouveau carrefour d’où partent tant de pistes que le vertige nous saisit en réalisant l’étendue des domaines que ce livre recouvre sans distinctions de frontières, et la portée de ce qui est en jeu ici.
Et alors qu’on s’est arrêté, captif d’une superbe vision ou souffle coupé par une tournure percutante, une voix fovéenne s’en vient murmurer à l’oreille : « Le Monde est un brouilleur de codes », et l’on est poussé droit au fond du gouffre. Car si Fovea est un labyrinthe, avec ses tours, ses détours et sa structure complexe, c’est aussi, verticalement, un à-pic ; et plonger de là, c’est retrouver dans leur chute les anges que notre monde concerne et passionne plus que le leur, les êtres prêts à aller jusqu’au bout et jusqu’au fond, les hommes qui savent pour en avoir (trop) fait l’expérience le goût du sang et le choc du crash. Au fond, tout au fond, Lea Silhol a accroché ses miroirs pour confronter le lecteur à ces vérités que l’instinct de survie nous commande d’ordinaire de ne pas voir, aux blessures profondes de l’humanité. Car dans les pages de Fovea résonnent les bruits du monde, et surtout les voix des hommes qui par tous les moyens appellent, se cherchent et trop souvent… se manquent – et ces cris, on les sent vibrer au plus profond de soi, tandis que l’on percute en serrant les dents, yeux grand ouverts, toutes les erreurs de perception et de communication qui font la faille des rapports humains. En playlist ou en tags, en drame d’aéroport ou par le biais d’un conte intériorisé comme rarement conte le fut, Lea Silhol évoque et fait vivre les oscillations entre la peur et la foi, du besoin à la fuite et inversement. Et amène à s’interroger sur la manière dont chacun perçoit le monde et se perçoit dans ce monde : dans l’enracinement ou le tournoiement, l’engagement ou l’indifférence, le tracé de scalpel ou le clac d’objectif photo. Et au-delà de l’interrogation, dévoile une autre vision possible, devenue d’emblée obsédante, de la réalité. Leçon de vertige, leçon de gravité : à travers la rapide descente qu’est Fo/vea, l’auteure amène son lecteur à une compréhension fulgurante de la chute… tout en l’invitant à rire des bleus, et de Dieu.
Voici donc Fovea, en croquis bref et imparfait : impossible à résumer comme toutes les vraies oeuvres d’art, impossible à délimiter comme la vie elle-même. Les poèmes, les cris, les éclats, les échos, les illus, les photos. La musique, l’anglais, les codes, les traques, les chocs. La logique, les twists, les brouillages, la & l’in-communication. Le jeu avec le feu, le sang et le rire, l’ironie et la folie ; la danse au bord du gouffre, le défi du fond du gouffre.
L’exploration infinie du labyrinthe. /j’y suis, et j’y reste/
La chute. /on tombe, et on se relève changé/
Une expérience extraordinaire – et cela ne fait que commencer…

Le Fil d’Ariane :
La page consacrée au recueil sur le site de l’auteure, avec lien vers les fiches des nouvelles
L’atelier consacré aux recueils Error_Type : une fenêtre ouverte sur le travail de Léa Silhol, pour suivre, en notes, liens et phénotype, le processus de création et de publication.
• Les crossovers : Nitchevo Prod. a réalisé un montage video qui donne un aperçu assez hallucinant du travail accompli autour de la maquette de Fovéa. Autre surprise qui a accompagné la venue de Fovea, le groupe Done by Mirrors a (superbement) mis en musique la quatrième de couverture. Enjoy !
Cartographie :
Préfaces (je vous laisse le plaisir d’en découvrir les auteurs)
MirrorMaze – Tanka-coma – Macula Lutéa – L’Etoile, au Matin – The Cat & the Choker – Blind Code – Assassin (Comme un Reflet dans une Eau Morte) – G. – Lucifer Opiomane – Never – Don’t – A Lost Song – Bubblegum Butterflies – Why ? – Bloodflowers – Kay – Father Lucifer – Vertigo Eyes – Gone Fading Everything – Mille Ans de Servitude – Tous des Anges – La Faille Céleste

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