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TisseusesA tout seigneur, tout honneur.
Grande warlady de la lutte anti-ReLIRE et pour les droits des artistes en général, Léa Silhol a réédité cette année un volume rescapé du pillage orchestré par les fonctionnaires de la BnF. Publiés dans un premier en édition souple, et à l’identique, en avril dernier, les Contes de la Tisseuse viennent de se voir offrir un magnifique écrin nouveau, en format relié, avec illustrations inédites en couleur de Dorian Machecourt, et augmenté d’une série de courts textes également inédits, « Voix de Fées ».
Par-delà les postures rances d’éditeurs dépassés, par-delà les attaques faites au droit d’auteur au nom de la modernité, une autre voie est possible — les lecteurs de Nigredo, les amoureux de Seuil n’en attendaient pas moins !

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Contes de la Tisseuse — Automne

Tisseusehb

Tisseuse — FragileJe suis une bestiole assez impressionniste. J’aime avoir, même en art, mes rituels de saison, ces instants où la brise ou le givre porte la mémoire d’un livre.
A cet égard, les œuvres de Léa Silhol occupent une place spéciale dans mon cœur. Il ne passe guère une année où je n’aille à Samhain saluer l’Angharad (jeune alors) de La Sève et le Givre, où je ne repousse à Noël le bruit intrusif des jingle bells pour aller décliner au fil des pages le nuancier des Conversations avec la Mort.
Ce n’est pas rien, alors, que voir renaître, à la lisière entre été et automne, les Contes de la Tisseuse, leur approche sensuelle, sensible, intuitive des saisons, leur lien élémental avec l’eau. Et c’est merveille que voir ces contes sous cette forme accomplie, une édition reliée qui semble appeler la main de Nicnevin la prochaine fois qu’il lui prendra la curiosité de visiter les bibliothèques de Mortalité pour y méditer sur la parole des poètes — et illustrée avec talent par Dorian Machecourt. Ses planches (pleines pages en couleurs, siouplaît) sont d’une beauté à s’y perdre en contemplation. Il ne suffit pas de coller de pseudo-étoiles dans l’eau pour évoquer la féerie, et encore moins l’invoquer : pour passage vers l’univers silholien, l’artiste déploie des scènes où l’essence d’une saison s’infuse d’une fascination très éloignée des trivialités humaines, et portant néanmoins la marque du temps.

Contes de la Tisseuse — Eté
Fut un temps où les leçons du folklore rythmaient et nourrissaient la sagesse du calendrier. Sur les pages du mien coule, avec les grains du sablier, l’encre des créations de Léa Silhol — élémentale, connectée aux courants naturels, et charriant toute la puissance de ses intuitions. Elle coule, et l’on se laisse porter, immerger, entraînés par la profondeur de ces eaux, et confiants que le fond y fait sens. Un sens tendu vers le questionnement du Destin et l’exploration des failles fatales, vers le dépassement et l’accomplissement, vers ces espaces sublimes où les êtres d’humanité et les créatures mythiques parviennent à la rencontre.
Et ainsi… Lorsque le ciel estival roule comme un orage ses menaces de stase, je sens le temps venu d’une visite à la jeune Gorgone, dans le Pavillon aux Eclipses. Dans le craquement des feuilles d’automne, j’entends la voix lente des Fallon. Les nuits de cristal, froides et pures, mordantes, relèvent du règne du flocon, et de la terrible Yuki Onna. Dans les élans vitaux du printemps qui poussent à la course en avant, vers ailleurs, je perçois toujours, le coeur vibrant, le rythme de rail d’un Runaway Train.
Et, prise aussi dans les rythmes séculiers, il ne passe pas un Noël sans que j’aie une pensée de flamme pour les anges rebelles, leur choix de la Terre, et les ailes de Jebraël.

Voix de FéesReste à saluer, une fois déroulé le fil d’eau de ces Contes, l’une des grandes surprises de cette réédition : l’inclusion d’une série de textes inédits, Voix de Fées — un ensemble de vignettes travaillées initialement en vue d’une diffusion radio, et donnant la parole à quelques représentants du monde de Féerie.
En créature élémentale, il ne m’aura pas fallu plus de deux-trois pages pour tomber sans retour sous le charme d’une chanteuse des océans, et d’un natif du feu.
Ah, la puissance d’une Voix…

Le Temps et l’eau filent. Ils ont ceci de semblable au sort des hommes qu’ils obéissent aux marées des ères, saisons et cycles.
C’est là une horloge fatale, dont rien ne saurait – croit-on – briser le tempo. L’eau et le temps donnent la mesure, filant, filant…
Et sur le fil de cette course, les Moires, maîtresses du Destin, se dressent, allouant à chacun son Sort : ses grandeurs et ses chutes, et l’impitoyable rétribution de ses démesures. C’est à elles, auquelles mêmes les dieux doivent se soumettre, que la mythologie accorde toujours le dernier mot.
C’est sous leur égide terrible que l’auteur expose ici les destinées des hommes, anges, fées et dieux, des élus et des damnés, des monstres et les saints, pris dans la nasse de ces fils tendus. D’Orient en Occident, de la Grèce antique aux autoroutes américaines, entre Fantasy mythique et Urbaine, et toujours sous le signe de l’eau.

Dans ce premier recueil, publié en 1999, LS, une des plumes les plus intuitives et poétiques de son temps, orchestre le ballet tendre et cruel des hommes contre leur fatalité, et pose les les bases d’une toile infinie qui deviendra, au travers des sept volumes suivants, l’univers protéiforme de ‘La Trame’.

La présente réédition est illustrée de planches inédites en couleurs de l’artiste Dorian Machecourt, et suivie de la série :
“Voix de Fées”
Suite inédite à ce jour de courts textes écrits en 2004 pour Radio France ; dans lesquels les membres du royaume fae, petits et grands, brownies, sirènes, changelings et djinns exposent, à la première personne, leurs aigres-douces biographies.

Fil d’Ariane

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Il Était une Fée
15 Contes entre Clair et Obscur

Anthologie thématique

Auteurs : Collectif ; dirigé par Léa Silhol
Éditeur : éditions de l’Oxymore
Collection : Emblèmythiques
Année : octobre 2000
Illustrations : couverture de Sandrine Gestin, illustrations intérieures de Sophie Guilbert

Quatrième de couverture :

Vous avez été bercés de leurs contes et croyez tout connaître d’elles ? Détrompez-vous.
Les fées ne sont pas ce que vous croyez. Leurs cadeaux sont des pièges, et leurs faveurs des prisons. Elles vivent dans un monde entre Ombre et Lumière, qui ne partage ni ne comprend nos valeurs. Pour apercevoir le reflet poignant de cette magie, nous ne pouvons qu’avancer jusqu’à la frontière, cette zone de crépuscule où la rencontre interdite entre nos univers se fait. Et ramener avec nous la brûlure précieuse d’un rire cruel ou de la douceur d’une main. Ici nous nous tiendrons, l’espace de quelques histoires ; histoires où les tours sont scellées et les nefs stellaires, où des guerres se livrent ou des amours se nouent. Et où les fées dévoilent, derrière le masque de leurs mains, des visages anciens et nouveaux ; des visages du passé ou du présent, beaux et terribles, et que nul mortel amoureux de leur peuple ne pourra oublier.

Il était une fée sur une couverture, mordorure d’ambre sur bois sombre, le geste et le regard comme une énigme, une invite, un défi. Il était quinze fois, quinze récits pétris dans la matière ancienne du conte ou du foklore, autant de rencontres uniques avec un merveilleux revisité et revivifié sous la plume d’auteurs contemporains. En message d’accueil, une préface de Léa Silhol entre battement de cœur et réflexion d’esprit curieux, à emporter avec soi tandis que l’on passe le seuil…

Pour faire entrer le lecteur en Féerie, pas de meilleure voie que la perte de repères, le bouleversement. Il attendait des fées, il trouvera une tour, hautement symbolique, dans le superbe conte de Storm Constantine, « Comment la Lumière descendit sur la Tour ». On y dit, dans ce conte, qu’au coeur dense de la forêt est une tour haute, en cette tour une belle dame enfermée pour une raison ignorée ou depuis longtemps oubliée. Certains viennent la chercher, viennent quérir ses lumières ; elle veut rester dans l’ombre, refuse le contact, croit posséder, enserrée dans ces murs, l’autonomie par rapport au monde. Saphariel, ange du sagittaire, ne veut pas de l’autre face à elle, ne veut pas du reflet, ne veut pas voir ni être vue. Et nie pourtant être aveugle. Saphariel croit savoir ce qu’elle est : elle, sans artifice. Jusqu’au jour où la réalité miroitante se présente au pied de sa tour… Une puissante (et très inspirante) entrée en matière que ce récit symbolique, qui emprunte quelques lumières au mysticisme angélique, quelques voiles à l’imaginaire féerique, quelques reflets aux souvenirs de Rapunzel ou de la Dame de Shalott – pour évoquer la force d’inertie que l’on oppose à nos impulsions vers la clarté, tout ce qui nous empêche d’afficher notre identité en pleine lumière. À l’ombre des murs de cette tour, on éprouve pleinement la suspension du temps, de la vie, la lenteur minérale du processus de guérison intérieure, de ce cheminement immobile vers l’acceptation de soi et l’affirmation face à l’autre. Et le regard du monde là-dessus, tout prêt à tisser des légendes sur les voiles dressés entre lui et soi…
Un premier pas, une merveille. Maintenant qu’il est posé que nous ne sommes pas en terres familières, la lumière abandonne ses brûlures et éblouissements de symbole pour se faire, dans « Tu es Pierre… », la promesse insouciante des prochaines vacances d’été sur la peau d’un galopin au cœur assez grand pour y cacher l’existence du vieux nuton qu’il va retrouver dans la forêt. À l’approche de son anniversaire, le garçon se verra offrir par le Petit Peuple un cadeau que l’on dirait inoubliable… Petit interlude plus bucolique, beaucoup moins marquant pour moi, cette nouvelle d’Eric Boissau offre à un conteur légendaire un hommage joliment inspiré, sentant l’enfance, la magie des étés de vacances, et les contes de France.
Avec la « Brise d’été » de Nancy Kress, on pénètre dans l’éternité de la saison figée, et dans une belle, riche réécriture féminine du récit de la Belle au Bois Dormant : et si la demoiselle, pendant tout ce temps, elle seule, n’avait pas dormi, prenant soin jour après jour des habitants immobiles ? Et si elle avait, seule, la Belle du conte, avancé en âge en guettant de loin plusieurs générations de princes, vieillissant, mûrissant ? Quel sens donner à l’épreuve du conte, si elle ne vise le baiser, la récompense d’un héros aventureux ? J’aime la réponse, magnifique, comme j’ai aimé suivre les évolutions de l’héroïne en son monde immuable.
Après ce beau passage ralenti à travers les âges de la vie, la nouvelle de Nicolas Cluzeau survient comme un souffle de fraîcheur légère, tirant de la jeunesse qu’elle met en scène une vivacité piquante, une séduisante irrévérence – sans oublier, bien sûr, cette assurance de jeune fille savante laquelle, combinée à son embarrassante inexpérience, vaudra à Deirdre de vivre sa première (més)aventure chez les fées, ces créatures dangereusement énigmatiques qui aiment entrelacer à leurs sortilèges le choix d’innocentes vierges… C’est un vrai plaisir que de voir l’héroïne de Cluzeau mettre son charme spirituel et son irrésistible caractère à l’épreuve des enchantements féeriques.
On remonte encore le temps de la vie humaine, pour une rapide incursion dans le foyer familial d’une petite fille qui croit apercevoir quelques bouts de fées : ces créatures telles que l’héroïne les devine sont sans doute de délicates petites choses, mais leur existence nous entraîne en zone d’ombre, dans ces recoins de cruauté que perçoivent si bien les jeunes enfants – par la force de l’imagination, par la puissance de l’instinct ? au lecteur de trancher, s’il peut réprimer son frisson de malaise… car l’on effleure ici l’univers brutal du conte, l’image trouble qu’il renvoie d’une réalité non moins prédatrice pour la jeunesse. Sous la plume d’Anne Duguël, l’idée même de tendresse a quelque chose d’alarmant !
Le regard intérieur bascule ensuite de la fille à la mère, avec l’émouvante reprise de l’histoire de la Petite Sirène dans la nouvelle de Melissa Lee Shaw, « La Sorcière de la Mer », balayant d’une vague les stéréotypes à la Disney. Où l’on découvre, cœur serré, que l’amour et le sacrifice de la sirène prennent leur racine dans quelque chose d’encore plus profond. Très poignante, et subtilement cruelle, la première apparition de ces thèmes dans l’anthologie !…
L’émotion se prolonge en teintes douces-amères, un peu moins fortes peut-être à mon goût, dans le conte de Pierre-Alexandre Sicart, « Le Crabe et la Fée », où un gamin rêveur prend l’apparition d’une discrète fée comme clé de compréhension d’un monde qui l’isole, d’une maladie qui menace de l’emporter.
Avec « Comme une Rose Rouge », Susan Wade nous ramène au cœur de la forêt, là où la chaumière d’une sorcière sert de jardin secret à un couple mère-fille réfugié loin de la société humaine – jusqu’au jour où le regard enflammé d’un jeune homme s’introduit dans ce petit monde clos sur un bonheur quotidien. Son arrivée va bousculer un ordre entre nature et surnaturel, et précipiter la belle Blanche hors du jardin maternel, hors de l’innocence… Encore un bel ouvrage que cette histoire, brodant sur les motifs connus du conte une précieuse image de fleur nouvelle.
De la sorcière à la fée, et toujours aussi loin que possible de l’homme et de ses lois… Michelle West fait entendre la voix superbe, cette fois, d’une noble de féerie chargée d’élever une enfant loin des rites de la chrétienté devenue trop puissante ; elle nous dit, pour une fois, le regard des immortels sur l’humanité, sa fragilité, les forces auxquels elle est soumise et qui l’altèrent à chaque instant – et son plus grand pouvoir, susceptible de changer jusqu’au cœur des fées. L’occasion pour le lecteur de quitter sa peau d’humain pour éprouver la sensation d’un temps qui ne passe pas, à travers ce récit dont la majesté même ne saurait dissimuler la pointe émergente d’un certain sentiment…
Les fées demeurent, mais le décor change de surprenante façon dans la nouvelle de Lionel Belmon, « Hexane », qui nous entraîne sur un vaisseau-spatial d’essence très spéciale pour nous offrir, esquisse sidérale, le récit endeuillé d’un mythe fondateur qui abriterait aussi entre ses racines le terreau de nos rêves humains. Au point que l’on serait tenté d’y croire, à cette majestueuse vision…
Je passerai plus rapidement sur le « Conte pour une Fée » de Pierre-Luc Lafrance, où la voix et la vision des fées se font plus triviaux, pour raconter les péripéties un peu burlesques d’un humain surnommé Cochon. À part quelques sourires arrachés par les égratignures faites au schéma classique du conte et une chute amusante, il n’y a pas grand-chose pour moi dans ce passage au ton léger.
De plus en plus, nous sortons de la forêt sur les pas des créatures féeriques. Avec le « Doux Chasseur » de Pati Nagle, nous sommes en bonne et digne compagnie, même si la traque d’honneur qui amène cet elfe en territoire urbain nous conduit en des coins plutôt mal famés. En plus d’une exploration dans les territoires que j’aime tant de la fantasy urbaine, l’histoire possède comme une force empathique, attentive aux pensées d’un être issu d’une société où la vie se respecte jusque dans les pousses des arbres, contraint pourtant à un acte de violence nécessaire, au sein d’un environnement artificiel dont la laideur même lui fait violence. Aussi loin de chez lui, jusqu’à quel point ses rituels de chasseur le protégeront-ils de l’horreur, et de ses séductions ?
« Choses Mortelles » d’Esther Friesner semble répondre en contrepoint à la « Loi des Hommes » de Michelle West. La mère est humaine, cette fois, et bien vieille, à l’âge où l’on souhaite remédier à ses erreurs de jeunesse avant qu’il ne soit trop tard. L’humanité ridée et la féerie inchangée, intriguée, se regardent dans les yeux des années après s’être passionnément enlacées, et tentent de démêler les nœuds d’une énigme où il est question d’un enfant perdu, des violences de l’amour-propre, et de la puissance en face de l’amour. Je ne suis pas près d’oublier le dénouement, les derniers mots de cette nouvelle terriblement belle, où s’entrelacent suspense, sens et sensibilité pour tisser une histoire qui prend à la gorge.
La charge émotionnelle ne se relâche pas pour autant. Dans « Passer la Rivière Sans Toi », où une princesse de sang féerique rejoint la ville pour retrouver sa mère humaine restée de notre côté il y a bien longtemps, il est encore une fois question d’amour maternel, de sacrifice, d’amour filial en retour. Parce que les portes du Domaine des Fey se fermeront bientôt à jamais, marquant une rupture définitive avec l’humanité, tout dans la nouvelle, merveille et douleur, n’est est que plus vif, à vif, brillant ou brûlant. L’enchantement est d’une beauté terrible quand s’y mêle une sensation de fin imminente et le pressentiment d’un choix impossible… J’ai beau, soit dit en passant, m’être détournée depuis des publications de Fabrice Colin, passablement écoeurée par ses activités de ligueur et autres interventions peu ragoûtantes, reste qu’à une époque, ses œuvres avaient su me toucher (et que les relire maintenant ajoute une dimension étrange, un arrière-goût de ‘est-ce que c’était vrai’…) – bref.
Avec « La Guerre de l’Oubli », intégrée à un cycle plus vaste de nouvelles toutes consacrées à divers épisodes de cette lutte féerique, Claude Mamier offre à l’anthologie un finale redoutable, tout en fureur guerrière et amères nuances de regret. Plutôt que de laisser la rupture s’accomplir et leur peuple se consumer dans l’oubli, les fées choisissent une manière bien radicale de se rappeler au souvenir des hommes. Le lecteur, lui non plus, n’oubliera pas de sitôt les visions de cette guerre, et de ce qu’elle fit de la féerie.

Le peuple de féerie comme le petit monde vivant dans les profondeurs du conte doivent beaucoup (n’en déplaise à certains éditeurs/auteurs de ‘dicos’ à la très courte mémoire) au travail de découverte et d’exploration passionnée, militante aussi, conduit et impulsé il y a quelques années par les éditions de l’Oxymore, notamment en la personne de Léa Silhol – à la fois auteure, éditrice, anthologiste, et tout entière à chaque fois. Car pareille anthologie, ça vous altère le regard comme un don octroyé de seconde vue : parce que le vernis de naïveté du conte, l’illusion trop fréquente d’une féerie mignonne ont été, le temps de quelques récits merveilleux, ôtés sous vos yeux de lecteur – ôtés de vos yeux ? –, toujours et partout désormais vous irez voir à travers les apparences inoffensives, uniformément roses ou grises – à travers, et au-delà : la magie, la Féerie, once and for all times.

Le Fil d’Ariane

Cartographie

Avant-propos de Léa Silhol, « Il était une Fée : l’intention et le geste »
Storm Constantine « Comment la Lumière Descendit sur la Tour » – Eric Boissau « Tu es Pierre… » – Nancy Kress « Brise d’Eté » – Nicolas Cluzeau « Erreur de Jeunesse » – Anne Duguël « Comment j’ai découvert que mes Parents étaient des Ogres » – Melissa Lee Shaw « La Sorcière de la Mer » – Pierre-Alexandre « Le Crabe et la Fée » – Susan Wade « Comme une Rose Rouge » – Michelle West « La Loi de l’Homme » – Lionel Belmon « Hexane » – Pierre-Luc Lafrance « Conte pour une Fée » – Pati Nagle « Doux Chasseur » – Esther Friesner « Choses Mortelles » – Fabrice Colin « Passer la Rivière sans Toi » – Claude Mamier « La Guerre de l’Oubli »

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : août 2008
Couverture et graphisme : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol, Isabelle Ballester, & André-François Ruaud. Avec la participation de Nitchevo Studio
Autre édition : édition « regular » en format softcover (sous une couverture et un format différents)

Présentation de l’éditeur :

Sébastien Hayez)

Histoire de saison, suite et non-fin…
L’été traîne et le monde se traîne, je grogne toujours autant et comate encore de jour. Quand soudain… non, pas un flocon – on sonne à la porte.
– Yes, que… ?
A peine le temps d’apercevoir un facteur crevé et transi de froid, un éclat brillant, un éclair blanc, et BAM ! étalée au sol, la Psyché.
Avant l’Hiver est de retour pour le second round. Catégorie poids lourds.

Pour ce qui est du corpus principal de ce roman en lambeaux, je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit dans un précédent article, au contraire : mes premières impressions n’ont fait que se renforcer depuis – idem, & harder. Alors revenez un peu en arrière, et appuyez sur le bouton –
REPLAY. Histoire de saison : Vous êtes // FAST FORWARD // … flocon … … … fracassant … … ‘juste’ un chef-d’oeuvreVertigengravement aiméstoute beauté. Une couv // STOP // REWIND // PLAY // l’on serait sacrément tenté de s’attarder sur le seuil // PAUSE
Eh bien, justement, attardons-nous sur le seuil, puisque nous avons affaire à une édition très différente de la softcover. Avec son format particulier et son imposante couverture cartonnée, Avant l’Hiver s’offre au regard et à la lecture dans une somptueuse édition, à travers laquelle auteure et éditeur montrent qu’ils maîtrisent parfaitement l’art, trop délaissé en France, du collector. Ce livre, j’ai passé une après-midi entière à le contempler, le toucher, l’explorer sous tous les angles, et j’ai encore et toujours les yeux qui brillent et la main irrésistiblement attirée lorsque je le vois dans ma bibliothèque – et je reste carrément hypnotisée par sa dustjacket innovante, splendide et resplendissante dans sa blancheur, où sont bousculés les codes de présentation pour donner plus de force au symbolisme des illustrations.
Et si on passe le voile ? sur quoi allons-nous tomber, derrière la dustjacket – ou plutôt, qu’est-ce qui nous tombera dessus ? Déjà, tous les lambeaux qui composent Avant l’Hiver, ce qui
fait un sacré paquet de superbes chocs à encaisser, entre les révélations fracassantes, les heurts politiques et les tempêtes émotionnelles. J’en ai parlé un peu plus tôt, j’en reparlerais bien sans fin mais je crains une fuite éperdue de l’auditoire, donc avançons…
Press FW // Et passée la couverture … premier vertige … … réalité … librement … pages // FW 2x // complexité … Kelis … symboliques … danse … bris // FW 4x // fascinationaimeparifolierefletcoeurrévélationsmythesmanoeuvrescruelrouagesintense vibrantNuitardentepeurextasevague // STOP
C’est ici que nous nous séparons des lecteurs de la version softcover. Tandis que, encore sous le choc et sous le charme, ils s’acheminent vers la Reine des Neiges et les dernières pages, nous dévions vers une plus longue route, en nous engageant dans la partie Architectonique, augmentée d’une bonne centaine de pages par rapport à l’édition « normale ».
Les dépendances de cette Architectonique constituent autant de pièces passionnantes à explorer pour les coeurs épris et les esprits curieux de l’oeuvre de Léa Silhol. Dans la continuité de la démarche adoptée pour Avant l’Hiver (et au-delà, pour Fovea), l’auteure multiplie les approches, les voix, les points de vue, les interlocuteurs ; livre des clés sur un plateau tout en voilant parfois les portes qu’elles ouvrent, et inversement ; opère des crossovers entre les média, de la photographie au texte en passant par les graphiques, entre les époques (nous offrant, en échos thématiques, la première version d’une nouvelle, ou des extraits d’entretiens réalisés au fil de sa carrière) – mais aussi entre réalité et fiction, lorsqu’elle invite à la rejoindre en ces  pages le barde et enquêteur Kelis, le photographe Mad Youri, Clémence Fournerie, intervieweuse et rédactrice pour la revue Fées Divers, et d’autres encore… A travers ces oeuvres et documents, nous progressons toujours plus avant dans l’univers de Léa Silhol,  vers la compréhension de la Féerie, de la structure ou de l’histoire des Cours, du motif de la Reine des Neiges et de la signification complexe des saisons dans ses mondes.
Des surprises particulièrement vives nous guettent au fil des pages, tel ce « Winter Monochrome Set », maillon important, à la fois éclat du miroir fovéen et preview  de ce qui se prépare dans l’ombre de Nitchevo Factory. Cet ensemble de poèmes adressés à un Kay, dits par une voix déchirée dans le souvenir cristallin (ou… encore plus fin… l’espoir ?) d’un été, et accompagnés de photographies fragiles comme une émotion, puissantes comme une obsession, m’a touchée en plein coeur, et renvoyée droit sur ce point de chute où m’avait laissée Fo/vea, sous l’impact de textes comme « G. » & « Kay », ou « Don’t » & « Why ? » Tout comme les blessures d’Hiver, les paroles de ces poèmes  échappés de livres à venir s’inscrivent profondément en nous, joignant leurs élancements à nos propres tremblements.
Plus surprenante encore, la dernière partie, « Flexing the Echo », donne à découvrir une facette encore inconnue de Léa Silhol. Au fil d’un jeu de variations et rebonds où l’auteure et le photographe Mad Youri se renvoient à la volée images remixées et textes les illustrant, naît une série d’oeuvres étrange, où se mêlent le regard de deux complices sur un décor surréaliste, les paroles de deux humains dans un panorama de fin du monde. L’expérience du crossover trouve ainsi un  aboutissement  fascinant dans ce dialogue d’artistes capables d’abstraire le monde dans un paysage, et de s’en abstraire dans un même mouvement – pour regarder l’autre. Et l’on referme Avant l’Hiver comme on émerge d’un rêve hallucinant, car « Flexing the Echo » possède bien toute la puissance des rêves…

 

N’en déplaise donc aux frileux insensibles à l’excitante beauté de l’œuvre de collection, Avant l’Hiver est  un ouvrage magnifique, où la puissance du contenu trouve son juste reflet dans une recherche esthétique audacieuse. Et comme il en va pour tout concept déposé sur l’établi de Léa Silhol, celui du collector est ici pensé et poussé à son extrême, à travers la centaine de pages de ce que l’on hésite à appeler trivialement des bonus, tant ces textes, et les échos photographiques qui les accompagnent, sont essentiels.
Rare et indispensable, limité à 70 exemplaires mais réalisé dans un esprit défiant toutes limites : un livre selon mon coeur !

Un Fil d’Ariane :

(Petite) cartographie de la (grande) partie Architectonique :

ECHOSPACE : Du battement des coeurs de glace
WINTER PARK : Remixer l’Hiver ? – « Passing By » (version originale – short dub) – Imbedded with the Snow Queen – Sampling the Flakes – Winter Monochrome
TEKTÕN : De la naissance de nos hivers – Arbres d’Hiver – Miroirs de Faille (Tentative de topographie des Dix-Neuf Cours) – Impossibilités numérologiques (des cours du Dagda & de l’esprit fae)
FLEXING THE ECHO

 

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : juin 2008
Couverture : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol et Isabelle Ballester
Autre édition : édition collector en format hardcover, augmentée d’une centaine de pages (parution le 31 juillet)

Quatrième de couverture

« Le visage des Cours est complexe. Sans « histoire écrite » et tissé de secrets, de rites, de complots. Un lacis d’obligations contraires, de nasses, de pièges. Où le mensonge est une arme, et le mystère un bouclier. Derrière son énigme, le Peuple de Féerie cache un coeur trouble, qu’il n’a cure de rendre intelligible. Au contraire. Ici, toujours, les routes servent davantage à perdre qu’à guider. C’est déjà, en soi, un défi que de décrypter nos voies. Mais le seul fait d’entreprendre ce que nous avons entrepris est, aussi, faire oeuvre interdite. Certains nous la reprocheront, même parmi ceux qui, comme nous, ont choisi la voie de Seuil. On ne prend pas le risque de dévoiler les enchantements de Tir-na-nOg ou de Dorcha sans en payer le prix. Mais au-delà de nos voiles, de nos ruses, de nos cruautés… nous devons enfin savoir, oui, comme le disait Elzeriad, « ce qu’il en est, au final, de notre monde ». La Féerie est un piège. Un piège, Morgana, y compris pour nous. A la fin, même cela, ou surtout cela, devra être renoncé, et dissous. » K.

Léa Silhol, cartographe émérite ès « envers du monde », accompagne l’écrivaine Elisabeth Massal dans le labyrinthe d’une bibliothèque d’ombres et de murmures ; pour déchiffrer au spectographe et au scalpel les carnets interdits de la « Trame ». Ce premier Vertige s’exerce à démêler, aux côtés du barde Kelis, les écheveaux des Cours de Vertigen, des jours d’Aana aux batailles pour Erin, de la chute de Tréaga aux pactes de Dorcha, jusqu’au bris des royaumes fae, et la venue des temps de Seuil, tels que relatés dans les romans La Sève et le Givre et La Glace et la Nuit.

Histoire de saison : Vous êtes là, vautré dans un coin d’ombre, à maudire l’été, le soleil, le réchauffement climatique et tous les abrutis qui en nient la gravité. Vous vous levez pour la Nuit, et pour elle seule. Vous pensez glace, vous rêvez fjords, et n’êtes que neige fondue.  Avec juste assez de force, peut-être, pour mordre le prochain qui vous parlera de « sea, sex and sun », ou des sélections de « livres pour la plage ». Et soudain, sur votre main pendant mollement : la morsure d’un flocon.
Avant l’Hiver est là, c’est Noël (mais sans le Père) en plein été, et ça va dérouiller (les esprits).

– Oui, bon, mais sérieusement, c’est quoi, ce bouquin ? il est bien, ou pas ?
Franchement… non. Avant l’Hiver n’est pas bien, Avant l’Hiver n’est pas bon, Avant l’Hiver n’est pas joli ni joliment écrit. Excellent, oui, beau, interpellant, déchirant, fracassant, sublime, et tous ces adjectifs qui font grincer les dents des tièdes. Nous ne sommes pas dans l’exercice de style poétique, ou la douce romance au merveilleux pays des fées – pas dans l’illusion Seelie, mais dans la magie Silhol, celle qui nous transporte au-delà du voile, en Féerie, et nous fait la grâce de ne rien épargner à ses personnages, ni aux lecteurs.

Alors c’est quoi, Avant l’Hiver ? C’est ‘juste’ un chef-d’oeuvre.
L’occasion rêvée (voire, celle que l’on n’osait espérer, même dans nos rêves les plus fous), pour les lecteurs de Léa Silhol comme pour les non-initiés, de découvrir ou mieux comprendre les arcanes et les enjeux de l’univers de Vertigen, créé dans La Sève et le Givre, dans La Glace et la Nuit, et nombre de nouvelles. Un pass VIP pour explorer les coulisses et zones d’ombre du Royaume féerique, avec rendez-vous pris avec des personnages gravement aimés (si je vous dis, au hasard comme ça : Angharad, Nicnevin, Finstern, Elzeriad, Herne, les Filann ?…) Le temps venu, comme le dit l’auteure, de « commencer vraiment à jouer », et d’entrer dans la cour des grands – dans les Cours des fées, pour le premier volume de cette folle entreprise qu’est la Bibliothèque des Vertiges. L’on y entre, de fait, au-delà de toute espérance, et sans espoir (ni désir) de retour.

Encore que… l’on serait sacrément tenté de s’attarder un moment sur le seuil, tant celui-ci est de toute beauté. Une couverture épurée aux teintes superbes, prélude aux magnifiques photographies de paysages  à travers lesquelles Mad Youri, Isabelle Ballester et Léa Silhol exploreront à l’intérieur, par des voies inédites, les mystères féeriques ; et sur la tranche, symbolique et souverain, l’emblème le plus fascinant dont on puisse rêver pour une collection. Dans la grande tradition des ouvrages publiés par cette auteure, l’éditeur et les artistes complices ont réalisé un travail graphique en profondeur – un régal pour les amateurs de beaux objets, et au-delà, pour ceux qui aiment trouver des correspondances entre une oeuvre littéraire et son incarnation matérielle.

Et passée la couverture… je peine à retranscrire toute la richesse, la beauté, la férocité de l’univers qui se déploie là-derrière. Il faudrait dire le premier vertige, né dès les préliminaires de la multiplicité des voix et des témoignages (un procédé employé de main de maître, et qui avait déjà fait tourner la tête des lecteurs de Fo/Vea) : de l’association de malfaiteurs d’écrivains en quête à la communauté de bardes, les frontières entre réalité et fiction se brouillent d’emblée. Quant aux règles littéraires, elles sont cassées net par Léa Silhol, qui aime faire éclater les codes et jouer avec leurs bris, refaçonnant comme elle l’entend – librement. Parler d’Avant l’Hiver, c’est parler de nouvelles (certes) ; et d’un roman en lambeaux (si) ; et d’actes théâtraux (aussi) ; de carnets et de pages arrachées, de poésie, de lettres et de chants…

Je pourrais ainsi évoquer l’incroyable structure de l’oeuvre, minutieuse et mystérieuse, parfait reflet de la complexité du monde de Vertigen, et vous lancer sur les traces du barde Kelis, chargé par les siens de compiler les témoignages pour coucher sur le papier l’histoire des Cours féeriques. Page après page,  d’exposés historiques en leçons de maths, en passant par de retors cours de sciences politiques, et par des lectures symboliques assorties de commentaires aussi instructifs que réjouissants, nous nous immergeons ainsi dans le « Jeu des Jeux » entre Lumière, Crépuscule et Ombre – cette fameuse danse des Clartés, parfois guerrière, toujours dangereuse, mettant en jeu un équilibre au bord du bris.
Les premiers pas de danse s’esquissent alors à la frontière, sur des routes glissantes : l’on y apprend à décliner les notions de justice et de cruauté dans le langage des fées, et celles de fascination et de folie dans les coeurs humains ; l’on y éprouve la température à laquelle le peuple d’Hiver aime savourer ses vengeances (Frost), l’on y frémit d’horreur en anticipant les conséquences inexorables d’un pari, forcés que nous sommes de suivre jusqu’au bout une course à la folie qui semble le reflet grimaçant des courses folles dans lesquelles nous sommes nous-mêmes aveuglément lancés (Over Dry Lands), l’on y découvre l’écrasante puissance des malédictions qui pèsent sur les fées exilées (A Moitié Malade des Ombres)… Un deuxième mouvement nous propulse au coeur du mécanisme des Cours, et dans le coeur des souverains – prenez note si vous n’êtes pas trop occupé à raccrocher votre mâchoire béante, le temps des révélations fracassantes est venu ! sur l’Histoire du Royaume et ses mythes (De l’Or dont on fait les Âges), sur les manoeuvres politiques et les intrigues amoureuses (Stone, texte ô combien beau et cruel), sur la nature et la structure des Clartés (Passing By, Leçon de Clartés). Rien que ça… La lumière baisse, le cliquetis rapide des rouages s’emboitant  ralentit, car le troisième mouvement, intense et vibrant, se danse en l’honneur de la Nuit, en l’honneur du seigneur Finstern donc (fascinant personnage déjà bien connu des lecteurs de Silhol, et que les non-initiés découvriront avec plaisir, et plus encore…) : au fil de trois récits infiniment précieux, on découvre à quel point ses faveurs, *toutes* ses faveurs, sont désirées également des dieux et des hommes, et combien elles sont dures à obtenir, et à conserver (A l’Image de la Nuit, La Faveur de la Nuit) ; et en le suivant dans la mêlée ardente des combats (Fragarach), l’on comprend pourquoi beaucoup seraient prêts à le suivre _partout_.

Trois temps, donc, et quand survient le quatrième on manque le pas, de surprise, d’émoi, et de peur et d’extase – car Léa Silhol frappe un grand coup, et le lecteur vacille sur ses jambes, ébloui par les visions sur lesquelles se lève cette aube nouvelle. Ne reste plus qu’à l’envoyer rouler au tapis, et c’est chose faite à la lecture de l’épilogue : promesses et menaces assenées de concert en une puissante vague d’émotions…
Une fois le choc encaissé, le souffle retrouvé, c’est avec bonheur et intérêt que l’on explore les annexes (pas accessoires) de l’oeuvre, dans lesquelles Léa Silhol elle-même nous ouvre ses carnets, et le lit de la Reine des Neiges… Une lecture du conte en profondeur, et à coeur ouvert.

Mais ce petit tour d’horizon n’est rien, ne suffit pas à faire ressentir le tourbillon émotionnel dans lequel Léa Silhol plonge ses lecteurs. Car passer la porte de cette Bibliothèque des Vertiges, c’est, en bloc et en vrac :  tomber dans les textes et les mots, les photos et les non-dits, comme on se noierait dans un des Fleuves de Dorcha / se faire l’ombre de Kelis, pour côtoyer Ombre, et s’aller blottir aux pieds de l’Obscur / sentir jouer les tensions, les résistances, les forces transgressives / vibrer de la « dialectique des désirs » / encaisser les chocs de la tectonique des Clartés / éprouver le poids des nefs que l’on tire / voir passer les cavaliers de Féerie sur des sentiers de traverse / tomber gravement amoureux / goûter aux humours féroces et aux humeurs terribles des fées / bondir sous les révélations, crier de frustration / voir en action la logique d’un monde, et ses twists / recevoir une leçon aussi magistrale qu’inoubliable / s’effondrer en larmes ou s’écrouler de rire / frémir d’horreur et d’extase / assembler les morceaux et partir en miettes / … / … / …

Un chef-d’oeuvre, on vous dit. Intense, subversif, extrême.
Indescriptible. Nécessaire.
… Lisez-le…

Ecoutez Kelis l’inlassable, l’acharné à comprendre.

« Je vis / donc je vais… »

Qu’il aille. Qu’ils aillent tous, et nous les suivrons, à travers les chants à venir et les Vertiges d’une bibliothèque en construction, vers la compréhension de leur monde, les bouleversements, et le questionnement en écho du nôtre – nous allons nous aussi. Nul doute que le pire nous attend, selon l’irrésistible promesse, toujours renouvelée et toujours tenue, de Léa Silhol. J’en souris déjà : et comme on dit en Dorcha, N’vey.

Rédigé en un chaud week-end de juillet, en terres de Mortalité, dans la Cour de l’immeuble, sur le Seuil de la porte, en guettant le Retour (dans nos boites aux lettres, dans nos faces) d’un Avant l’Hiver encore endurci et renforcé par son voyage en Ecosse.

Le Fil d’Ariane :

Cartographie :

Introduction, par Elisabeth Massal
Les Carnets de Kelis Ombrecoeur :
Prologue
Acte I, In This Twilight : dialectique des désirs – Frost (car s’en viennent les Mille Ans de Froid) – de la contemplation des hémisphères – Over Dry Lands (comment la Nef vint au Fou) – en miroir(s), en silence – A Moitié Malade des Ombres – [soupir]
Acte II, The Dance of Light, in the Theatre of Grayscales : boudoirs – De l’Or dont on fait les Âges (la Reine, en son privé) – alcôves – Stone (the Song of Herne) – fugue, en accord majeur – Passing By – cercles de fées, en rond, en rond – Leçon de Clartés – déviance des soustractions
Acte III, In the Shadows : 1, 2, 3, redditions – A l’Image de la Nuit -l’épingle – La Faveur de la Nuit – l’encre, le calame – Fragarach (the Answerer) – des sphinx, de leurs ailes
Acte IV, Dawn, Breaking : la quatrième route – A New Dawn
Epilogue : vin des rêveurs, vagues
Architectonique – Winter Park, par Léa Silhol : Imbedded with the Snow Queen

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Passing By

Nouvelle

Auteur : Léa Silhol
Première publication : in revue Khimaira n°9 (accompagné d’une interview de l’auteure, dans le cadre du dossier Fées), janvier-mars 2007
Nouvelle publication : très bientôt !

« Car ainsi sommes-nous, êtres de papier et d’étoffe, devant les coeurs de glace et les coeurs de nuits. Incorrigiblement épris, incertains, pleurant, amoureux des brûlures inendurables de leurs étreintes, et inféodés à leurs enchantements. »

Ces paroles, tirées des dernières pages du roman La Sève et le Givre, disent bien tout ce que représenta pour moi la découverte de l’univers féerique de Vertigen, créé par Léa Silhol, et de ses ô combien fascinants habitants. La séduction opéra immédiatement et définitivement, dès la première lecture du recueil La Tisseuse et de La Sève et le Givre, aux éditions de l’Oxymore. Comme beaucoup d’autres amoureux de Vertigen, j’ai attendu, en « chérissant la blessure » et en revenant sans cesse à ces récits féeriques, la parution d’un nouvel opus, Nigredo, qui eut lieu en avril 2007. Mais en janvier de cette même année, avant que les passages vers les Cours ne nous soient de nouveau accessibles, une Monarque d’Ombre traversa la frontière vers les terres de Mortalité – et ce fut la nouvelle « Passing By », publiée dans la revue Khimaira à l’occasion d’un dossier consacré aux Fées : L’espace d’une nuit, dans l’écrin protégé d’une bibliothèque, Nicnevin prend la parole devant une écrivaine pour lever le voile sur les cours et les coeurs de Féerie, et d’Ombre essentiellement.
J’ai beaucoup de mal à me mettre dans la peau de quelqu’un qui découvrirait Vertigen par ce texte ; ce serait sans doute, alors, l’occasion d’une initiation mystérieuse… Personnellement, c’est une nouvelle que j’apprécie énormément. Il s’en dégage une ambiance feutrée, faite de silence nocturne et de voix de poètes – et en même temps, une grande intensité (car les sujets évoqués appellent la passion), voire la tension et la conscience d’une menace proche qui résonne aussi presque comme une promesse. Complicité et danger, dialogue et duel, le calme apparent et l’intensité sous la surface : la Féerie, telle que révélée par l’une de ses plus fascinantes personnalités.
Car dans ce Royaume où les coeurs semblent indissociables des trois clartés de Lumière, de Crépuscule et d’Ombre qui régissent les cours féeriques, Nicnevin se détache comme celle qui est venue à la Clarté d’Ombre par choix. A la fois lucide et passionnée, elle est à mes yeux l’un des personnages qui perçoit le plus clairement la dialectique des Cours féeriques – et accepte d’en parler aux passeurs de frontière qui, comme elle, se trouvent aimantés vers un monde aussi étranger qu’intérieurement familier. Elle est celle qui se tint aux côtés d’une Angharad quelques temps perdue pour les siens et pour elle-même (La Sève et le Givre), celle que le barde Kelis nommera « le profil dévoilé des enchantements unseelie » (Nigredo). Ses paroles sont aussi intenses que clairvoyantes, et ses enseignements, autant qu’ils portent à la réflexion, ne manquent pas de faire vibrer les coeurs des lecteurs qui se sont laissés captiver par l’univers de Vertigen.
D’où la puissance de cette nouvelle qui ne semble faite que de paroles échangées, et représente tant de choses.

Un texte à lire absolument, donc, pour mieux comprendre les personnages et les mondes de Léa Silhol. Et pour ceux qui auraient manqué la sortie en magazine, qu’ils se rassurent : quelque chose d’énorme se prépare, pour pas plus tard que fin juin, et « Passing By » est de la partie (dans une version remaniée). Je laisse donc aux curieux le soin de découvrir la nouvelle collection lancée par les Moutons électriques, la Bibliothèque des Vertiges (HOLY SHIT, comme dirait Martlet ;)), ainsi que le premier ouvrage annoncé, Avant l’Hiver (par ici pour la version collector), « roman en lambeaux » qui intégrera donc, entre autres, la nouvelle « Passing By », et surtout beaucoup d’inédits… C’que j’ai hâte !
Plus d’infos également sur le site de l’éditeur.

Ah, dernière chose, puisqu’on parle de l’actualité : paru en 2007, « Passing By » est éligible pour le premier tour du prix Merlin, catégorie « Nouvelles » – entre autres oeuvres passionnantes. C’est un prix du public, aussi chacun peut voter par mail. N’hésitez donc pas à aller jeter un oeil sur la liste des oeuvres, et un bulletin de vote dans l’urne, pour les textes que vous aimez !

Le Fil d’Ariane :

• La page consacrée à « Passing By » sur le site de Léa Silhol
• Le blog de Christophe Duchet

Cartographie :

Le dossier de Khimaira consacré à Léa Silhol, et réalisé par Christophe Duchet, comprend donc :
• un article de Christophe Duchet, « Léa silhol, Les Contes de l’Enchantisseuse »
• une interview de l’auteure, également menée par Christophe Duchet : « Drôles de Trames »
• la nouvelle « Passing By »

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