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Archive for the ‘Lectures de saison’ Category

Winter is coming…
– et avec lui, comme une envie de suivre le vol des mots comme autant de feuilles glissées des arbres. Comme une envie de saveurs d’automne & de ciselures de givre…

Alors, suivant les rythmes annuels et cycles rituels, un petit tapis de page…

L’an dernier, le vent m’avait poussée dans les bras opiacés de Jean Lorrain, endormie engourdie par les voix de Collection d’Arnell-Andréa…
Cette année, le nouvel opus des Fragments de la Nuit me porte dans le passage au temps des plus longues nuits, apaise la frénésie des journées de course au son d’appels méditatifs telle la « Cyrius B » beautiful track —

— et pile à temps, le très irrésistible Goblin Fruit webzine dépose sur la table son panier de fruits poétiques d’automnale saison.
Come, oh come bite, on chérit tant là-bas la morsure des mots, c’en est un délice.
Come taste, entre autres goblined fruits, le goût des pépins de grenade ;
come taste the red, come feel the darkness –

the ‘argosy of moths’
raven feathers, their lives and leaves
dead loves and haunted girls

Just follow the red thread, and come through the door…

***

Et au passage, un mot sur une oeuvre que je souhaitais évoquer depuis un bout de temps déjà, sans trouver le moment pour – en voilà l’occasion, pour ce rayon de soleil et de miel littéraire qui colora de nuances dorées, en belle synesthésie, un plein mois de février.
Petit volume poétique publié par Papaveria Press, trésor rédigé par l’une des éditrices (justement) de Goblin Fruit, Amal El-Mohtar, The Honey Month est le journal d’une expérience de gourmet inspiré : pendant un mois entier la poétesse goûta chaque jour d’un nouveau miel, de ces nectars dont les noms mêmes sont déjà une invitation à l’imagination – fireweed honey, leatherwood honey, hungarian forest honey – , en décrivit les sensations évoquées, et les transposa en histoires, contes et poèmes.

28 days there are in the month of February, a cold month in our part of the world, a month in which the summer seems an endless dream one had once, long ago. We should not be tricked by the frost, for it was during the dreaming month of February that Amal El-Mohtar composed The Honey Month, a book that tastes and smells of sun. Each day she uncapped a vial of honey, letting the brew inspire the words that became this book. Amal offers us much more than poetry and prose, however. Her words wrap around us like spiderwebs, gently pulling us into the web she weaves, where honey girls tempt and tease us, where things lost return and sorrow paints the leaves. This is a colourful book, but it is by no means a frivolous one. Remember, not all honey is sweet.

Le résultat en est – forcément – savoureux, un plaisir rare.
Mais je ne saurais mieux le dire que le poète et anthologiste Mike Allen, en quatrième de couverture : 

Amal El-Mohtar’s fascinating experiment in literary synesthesia takes the scents, tastes and textures from a gift of assorted honeys and transmutes them through artistic inspiration into a wordsmith’s cycle of fey mischief. These bewitching poems and stories, always sensuous, sometimes sad, unwind a fevered world of magic and longing and young women who chance the uncanny and gain wisdom beyond their years.

Come taste, come taste. Même à moi qui ne suis guère amatrice de ce nectar-là, le goût des mots et la saveur des images fit savourer le miel en bouche…


***

Envie de ciselures de givre, disais-je –
et comment enfin résister à ces lignes, leur finesse, lecture faite un de ces matins d’aube où l’on redécouvre la pureté des premiers froids, le moment parfait :

« Elle est née du givre, hier, sur ma fenêtre.
Les cristaux se déployaient sur les vitres. Méthodiquement, dehors comme dedans. Une couche de lichen blanc qui rampait des bords vers le centre. Elle filtrait une lumière laiteuse. Cassante, même – j’aurais cru pouvoir en détacher des fragments. Une lumière âpre et glaciale qui me hérissait le duvet sur les bras.
J’avais enfoui mon corps sous des couches de laine, mais il frissonnait toujours. Pousser le chauffage ne servait à rien. Le froid gagnait tout l’appartement. Il s’infiltrait jusque dans mes os.
Et puis son visage, sur l’une des vitres… Le motif a mis des heures à se préciser. Le givre progressait par arabesques, trop régulières pour laisser place au hasard. J’ai soufflé pour les faire fondre, mais elles m’ont ignorée. Une silhouette s’affirmait autour d’un visage encore vide – un visage creux à travers lequel la rue se devinait encore. La lumière y sculptait des reliefs. Je ne savais pas que le givre possédait tant de nuances de blanc et d’argent.
Puis le visage s’est détaillé, et la rue a disparu. Il était en relief, cette fois : une sculpture sur glace plutôt qu’un simple tableau de givre. Comme si ses traits naissaient de la vitre elle-même. Très fins, translucides et précis. Des filaments d’argent à la place des cheveux. Une lueur glaciale dans le regard.
Et elle me ressemblait. »
Telles sont les premières, parfaites lignes de la nouvelle « Née du givre », by Mélanie Fazi – mises en ligne sur le site des éditions La Volte, sur la page de l’antho dans laquelle elle paraîtra fin octobre : Le Jardin schizologique
(come see ?)
*** ** ***

L’hiver arrive, et ça se savoure…

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Lorrain - La Princesse sous VerreLa Princesse sous Verre
Conte pour Catherine Pozzi

Auteur : Jean Lorrain
Editeur : Librairie Elisabeth Brunet
Année : février 2006 ; première publication en décembre 1895, dans La Revue Illustrée
Illustrateur : André Cahard

 


 

Que les choses soient claires : si le présent espace, tiré de son sommeil de Belle au Bois Dormant, se rend coupable d’abriter ce soir un article de plus, la faute en revient, ultimement, à l’hiver. De fait, tandis que la maîtresse des lieux courait le long de ses lignes de fuite à un rythme où le tic-tac aiguillant de l’horloge se conjuguait au staccato obsédant du train lancé sur ses traverses, un souffle de vent frais le long de l’échine lui rappela soudain que Samhain et le 7 novembre avaient marqué le temps d’une autre cadence pour le monde.
L’on ralentit donc, cherchant dans l’air, moustaches dressées, les promesses de la brume et les prémices du givre. Et l’on fila vers le foyer, sans cheminée ni veillées au feu, malheureusement ; à défaut, on se tourna vers la lueur glaciale de l’ordinateur, pour remplacer dans le lecteur le « No Time to Cry » des Sisters of Mercy par de plus hiverniennes musiques. Et Collection d’Arnell-Andrea étendit sur la demeure l’emprise de ses voix lancinantes, sa poésie mélancolique, la chape de glace de ses eaux gelées, de ses eaux-fortes et méandres.

CDAA-exposition

Ce qu’il advint alors, ce fut un nouveau cas de possession, puis d’invocation, par la musique. Rien de moins.
Pris dans les mélodies puissantes, leurs tonalités froides et les pâles teintes des tableaux qu’elles évoquent, l’esprit glissa doucement hors du temps, le long de visions de paysages enneigés pour l’éternité. De ces rêveries impressionnistes, une image finit par s’imposer irrésistiblement – une image, et un rythme, une sensation, même : celle d’une barque endeuillée descendant lentement le fil d’un fleuve engourdi, sous un ciel gris.
Ainsi l’hiver et sa musique convoquèrent-ils l’esprit de Jean Lorrain, et de ses princesses – merveilleuses fleurs ivoirines de ces « contes brumeux, trempés de lune et de pluie, semés de flocons de neige » que l’écrivain associait déjà, dans la préface de son fameux recueil, aux « ciels mouillés de décembre ».
De toute cette galerie de Princesses d’ivoire et d’ivresse que constitue l’ouvrage, l’une en particulier se détacha, échappée, comme de juste, des « Contes de givre et de sommeil » : Bertrade la pâle, la délicate Princesse sous Verre
A l’instar de la mystérieuse endormie dont il relate l’histoire, ce conte fin-de-siècle se donne à contempler sous un superbe écrin, celui d’une édition reproduisant la publication d’époque, et les gravures alors réalisées par André Achard. Tourner dans un crissement le calque qui recouvre le récit comme un écran de frimas, vers ces pages aux couleurs d’automne, ornées de mélancoliques frises végétales, c’est s’imprégner du parfum léthargique d’une fleur délétère, se laisser gagner par la torpeur d’un pays où le temps a atteint le paroxysme du ralenti : femmes fragiles comme des fleurs, et aussi vite fanées, atmosphère feutrée des cathédrales, paysages désolés abritant leurs mornes cours, cercueils de verre et reflets de glace, processions solennelles ou barques funèbres dérivant en de lentes errances, tout évoque bien le sommeil et le givre, comme un charme jeté sur le monde – rompu uniquement en un moment d’égarement, par la violence d’un prince noir profanant le cercueil de la belle enchâssée, par la couleur du sang versé, sacrilège dans cet univers de teintes pâles. Sous la chape de temps gourd, y a-t-il un espoir possible  alors pour le réveil, la rédemption, le renouveau ?
Le lecteur en tout cas n’en souhaite rien. L’esprit tout embrumé d’une atmosphère de merveilleux et de suranné, on se sent comme l’envie de partager le sort d’une Ophélie, de se laisser couler et dériver sans fin le long de ce fleuve opiacé que forment les mots délicieux de Jean Lorrain…

Le Fil d’Ariane

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : août 2008
Couverture et graphisme : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol, Isabelle Ballester, & André-François Ruaud. Avec la participation de Nitchevo Studio
Autre édition : édition « regular » en format softcover (sous une couverture et un format différents)

Présentation de l’éditeur :

Sébastien Hayez)

Histoire de saison, suite et non-fin…
L’été traîne et le monde se traîne, je grogne toujours autant et comate encore de jour. Quand soudain… non, pas un flocon – on sonne à la porte.
– Yes, que… ?
A peine le temps d’apercevoir un facteur crevé et transi de froid, un éclat brillant, un éclair blanc, et BAM ! étalée au sol, la Psyché.
Avant l’Hiver est de retour pour le second round. Catégorie poids lourds.

Pour ce qui est du corpus principal de ce roman en lambeaux, je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit dans un précédent article, au contraire : mes premières impressions n’ont fait que se renforcer depuis – idem, & harder. Alors revenez un peu en arrière, et appuyez sur le bouton –
REPLAY. Histoire de saison : Vous êtes // FAST FORWARD // … flocon … … … fracassant … … ‘juste’ un chef-d’oeuvreVertigengravement aiméstoute beauté. Une couv // STOP // REWIND // PLAY // l’on serait sacrément tenté de s’attarder sur le seuil // PAUSE
Eh bien, justement, attardons-nous sur le seuil, puisque nous avons affaire à une édition très différente de la softcover. Avec son format particulier et son imposante couverture cartonnée, Avant l’Hiver s’offre au regard et à la lecture dans une somptueuse édition, à travers laquelle auteure et éditeur montrent qu’ils maîtrisent parfaitement l’art, trop délaissé en France, du collector. Ce livre, j’ai passé une après-midi entière à le contempler, le toucher, l’explorer sous tous les angles, et j’ai encore et toujours les yeux qui brillent et la main irrésistiblement attirée lorsque je le vois dans ma bibliothèque – et je reste carrément hypnotisée par sa dustjacket innovante, splendide et resplendissante dans sa blancheur, où sont bousculés les codes de présentation pour donner plus de force au symbolisme des illustrations.
Et si on passe le voile ? sur quoi allons-nous tomber, derrière la dustjacket – ou plutôt, qu’est-ce qui nous tombera dessus ? Déjà, tous les lambeaux qui composent Avant l’Hiver, ce qui
fait un sacré paquet de superbes chocs à encaisser, entre les révélations fracassantes, les heurts politiques et les tempêtes émotionnelles. J’en ai parlé un peu plus tôt, j’en reparlerais bien sans fin mais je crains une fuite éperdue de l’auditoire, donc avançons…
Press FW // Et passée la couverture … premier vertige … … réalité … librement … pages // FW 2x // complexité … Kelis … symboliques … danse … bris // FW 4x // fascinationaimeparifolierefletcoeurrévélationsmythesmanoeuvrescruelrouagesintense vibrantNuitardentepeurextasevague // STOP
C’est ici que nous nous séparons des lecteurs de la version softcover. Tandis que, encore sous le choc et sous le charme, ils s’acheminent vers la Reine des Neiges et les dernières pages, nous dévions vers une plus longue route, en nous engageant dans la partie Architectonique, augmentée d’une bonne centaine de pages par rapport à l’édition « normale ».
Les dépendances de cette Architectonique constituent autant de pièces passionnantes à explorer pour les coeurs épris et les esprits curieux de l’oeuvre de Léa Silhol. Dans la continuité de la démarche adoptée pour Avant l’Hiver (et au-delà, pour Fovea), l’auteure multiplie les approches, les voix, les points de vue, les interlocuteurs ; livre des clés sur un plateau tout en voilant parfois les portes qu’elles ouvrent, et inversement ; opère des crossovers entre les média, de la photographie au texte en passant par les graphiques, entre les époques (nous offrant, en échos thématiques, la première version d’une nouvelle, ou des extraits d’entretiens réalisés au fil de sa carrière) – mais aussi entre réalité et fiction, lorsqu’elle invite à la rejoindre en ces  pages le barde et enquêteur Kelis, le photographe Mad Youri, Clémence Fournerie, intervieweuse et rédactrice pour la revue Fées Divers, et d’autres encore… A travers ces oeuvres et documents, nous progressons toujours plus avant dans l’univers de Léa Silhol,  vers la compréhension de la Féerie, de la structure ou de l’histoire des Cours, du motif de la Reine des Neiges et de la signification complexe des saisons dans ses mondes.
Des surprises particulièrement vives nous guettent au fil des pages, tel ce « Winter Monochrome Set », maillon important, à la fois éclat du miroir fovéen et preview  de ce qui se prépare dans l’ombre de Nitchevo Factory. Cet ensemble de poèmes adressés à un Kay, dits par une voix déchirée dans le souvenir cristallin (ou… encore plus fin… l’espoir ?) d’un été, et accompagnés de photographies fragiles comme une émotion, puissantes comme une obsession, m’a touchée en plein coeur, et renvoyée droit sur ce point de chute où m’avait laissée Fo/vea, sous l’impact de textes comme « G. » & « Kay », ou « Don’t » & « Why ? » Tout comme les blessures d’Hiver, les paroles de ces poèmes  échappés de livres à venir s’inscrivent profondément en nous, joignant leurs élancements à nos propres tremblements.
Plus surprenante encore, la dernière partie, « Flexing the Echo », donne à découvrir une facette encore inconnue de Léa Silhol. Au fil d’un jeu de variations et rebonds où l’auteure et le photographe Mad Youri se renvoient à la volée images remixées et textes les illustrant, naît une série d’oeuvres étrange, où se mêlent le regard de deux complices sur un décor surréaliste, les paroles de deux humains dans un panorama de fin du monde. L’expérience du crossover trouve ainsi un  aboutissement  fascinant dans ce dialogue d’artistes capables d’abstraire le monde dans un paysage, et de s’en abstraire dans un même mouvement – pour regarder l’autre. Et l’on referme Avant l’Hiver comme on émerge d’un rêve hallucinant, car « Flexing the Echo » possède bien toute la puissance des rêves…

 

N’en déplaise donc aux frileux insensibles à l’excitante beauté de l’œuvre de collection, Avant l’Hiver est  un ouvrage magnifique, où la puissance du contenu trouve son juste reflet dans une recherche esthétique audacieuse. Et comme il en va pour tout concept déposé sur l’établi de Léa Silhol, celui du collector est ici pensé et poussé à son extrême, à travers la centaine de pages de ce que l’on hésite à appeler trivialement des bonus, tant ces textes, et les échos photographiques qui les accompagnent, sont essentiels.
Rare et indispensable, limité à 70 exemplaires mais réalisé dans un esprit défiant toutes limites : un livre selon mon coeur !

Un Fil d’Ariane :

(Petite) cartographie de la (grande) partie Architectonique :

ECHOSPACE : Du battement des coeurs de glace
WINTER PARK : Remixer l’Hiver ? – « Passing By » (version originale – short dub) – Imbedded with the Snow Queen – Sampling the Flakes – Winter Monochrome
TEKTÕN : De la naissance de nos hivers – Arbres d’Hiver – Miroirs de Faille (Tentative de topographie des Dix-Neuf Cours) – Impossibilités numérologiques (des cours du Dagda & de l’esprit fae)
FLEXING THE ECHO

 

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : juin 2008
Couverture : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol et Isabelle Ballester
Autre édition : édition collector en format hardcover, augmentée d’une centaine de pages (parution le 31 juillet)

Quatrième de couverture

« Le visage des Cours est complexe. Sans « histoire écrite » et tissé de secrets, de rites, de complots. Un lacis d’obligations contraires, de nasses, de pièges. Où le mensonge est une arme, et le mystère un bouclier. Derrière son énigme, le Peuple de Féerie cache un coeur trouble, qu’il n’a cure de rendre intelligible. Au contraire. Ici, toujours, les routes servent davantage à perdre qu’à guider. C’est déjà, en soi, un défi que de décrypter nos voies. Mais le seul fait d’entreprendre ce que nous avons entrepris est, aussi, faire oeuvre interdite. Certains nous la reprocheront, même parmi ceux qui, comme nous, ont choisi la voie de Seuil. On ne prend pas le risque de dévoiler les enchantements de Tir-na-nOg ou de Dorcha sans en payer le prix. Mais au-delà de nos voiles, de nos ruses, de nos cruautés… nous devons enfin savoir, oui, comme le disait Elzeriad, « ce qu’il en est, au final, de notre monde ». La Féerie est un piège. Un piège, Morgana, y compris pour nous. A la fin, même cela, ou surtout cela, devra être renoncé, et dissous. » K.

Léa Silhol, cartographe émérite ès « envers du monde », accompagne l’écrivaine Elisabeth Massal dans le labyrinthe d’une bibliothèque d’ombres et de murmures ; pour déchiffrer au spectographe et au scalpel les carnets interdits de la « Trame ». Ce premier Vertige s’exerce à démêler, aux côtés du barde Kelis, les écheveaux des Cours de Vertigen, des jours d’Aana aux batailles pour Erin, de la chute de Tréaga aux pactes de Dorcha, jusqu’au bris des royaumes fae, et la venue des temps de Seuil, tels que relatés dans les romans La Sève et le Givre et La Glace et la Nuit.

Histoire de saison : Vous êtes là, vautré dans un coin d’ombre, à maudire l’été, le soleil, le réchauffement climatique et tous les abrutis qui en nient la gravité. Vous vous levez pour la Nuit, et pour elle seule. Vous pensez glace, vous rêvez fjords, et n’êtes que neige fondue.  Avec juste assez de force, peut-être, pour mordre le prochain qui vous parlera de « sea, sex and sun », ou des sélections de « livres pour la plage ». Et soudain, sur votre main pendant mollement : la morsure d’un flocon.
Avant l’Hiver est là, c’est Noël (mais sans le Père) en plein été, et ça va dérouiller (les esprits).

– Oui, bon, mais sérieusement, c’est quoi, ce bouquin ? il est bien, ou pas ?
Franchement… non. Avant l’Hiver n’est pas bien, Avant l’Hiver n’est pas bon, Avant l’Hiver n’est pas joli ni joliment écrit. Excellent, oui, beau, interpellant, déchirant, fracassant, sublime, et tous ces adjectifs qui font grincer les dents des tièdes. Nous ne sommes pas dans l’exercice de style poétique, ou la douce romance au merveilleux pays des fées – pas dans l’illusion Seelie, mais dans la magie Silhol, celle qui nous transporte au-delà du voile, en Féerie, et nous fait la grâce de ne rien épargner à ses personnages, ni aux lecteurs.

Alors c’est quoi, Avant l’Hiver ? C’est ‘juste’ un chef-d’oeuvre.
L’occasion rêvée (voire, celle que l’on n’osait espérer, même dans nos rêves les plus fous), pour les lecteurs de Léa Silhol comme pour les non-initiés, de découvrir ou mieux comprendre les arcanes et les enjeux de l’univers de Vertigen, créé dans La Sève et le Givre, dans La Glace et la Nuit, et nombre de nouvelles. Un pass VIP pour explorer les coulisses et zones d’ombre du Royaume féerique, avec rendez-vous pris avec des personnages gravement aimés (si je vous dis, au hasard comme ça : Angharad, Nicnevin, Finstern, Elzeriad, Herne, les Filann ?…) Le temps venu, comme le dit l’auteure, de « commencer vraiment à jouer », et d’entrer dans la cour des grands – dans les Cours des fées, pour le premier volume de cette folle entreprise qu’est la Bibliothèque des Vertiges. L’on y entre, de fait, au-delà de toute espérance, et sans espoir (ni désir) de retour.

Encore que… l’on serait sacrément tenté de s’attarder un moment sur le seuil, tant celui-ci est de toute beauté. Une couverture épurée aux teintes superbes, prélude aux magnifiques photographies de paysages  à travers lesquelles Mad Youri, Isabelle Ballester et Léa Silhol exploreront à l’intérieur, par des voies inédites, les mystères féeriques ; et sur la tranche, symbolique et souverain, l’emblème le plus fascinant dont on puisse rêver pour une collection. Dans la grande tradition des ouvrages publiés par cette auteure, l’éditeur et les artistes complices ont réalisé un travail graphique en profondeur – un régal pour les amateurs de beaux objets, et au-delà, pour ceux qui aiment trouver des correspondances entre une oeuvre littéraire et son incarnation matérielle.

Et passée la couverture… je peine à retranscrire toute la richesse, la beauté, la férocité de l’univers qui se déploie là-derrière. Il faudrait dire le premier vertige, né dès les préliminaires de la multiplicité des voix et des témoignages (un procédé employé de main de maître, et qui avait déjà fait tourner la tête des lecteurs de Fo/Vea) : de l’association de malfaiteurs d’écrivains en quête à la communauté de bardes, les frontières entre réalité et fiction se brouillent d’emblée. Quant aux règles littéraires, elles sont cassées net par Léa Silhol, qui aime faire éclater les codes et jouer avec leurs bris, refaçonnant comme elle l’entend – librement. Parler d’Avant l’Hiver, c’est parler de nouvelles (certes) ; et d’un roman en lambeaux (si) ; et d’actes théâtraux (aussi) ; de carnets et de pages arrachées, de poésie, de lettres et de chants…

Je pourrais ainsi évoquer l’incroyable structure de l’oeuvre, minutieuse et mystérieuse, parfait reflet de la complexité du monde de Vertigen, et vous lancer sur les traces du barde Kelis, chargé par les siens de compiler les témoignages pour coucher sur le papier l’histoire des Cours féeriques. Page après page,  d’exposés historiques en leçons de maths, en passant par de retors cours de sciences politiques, et par des lectures symboliques assorties de commentaires aussi instructifs que réjouissants, nous nous immergeons ainsi dans le « Jeu des Jeux » entre Lumière, Crépuscule et Ombre – cette fameuse danse des Clartés, parfois guerrière, toujours dangereuse, mettant en jeu un équilibre au bord du bris.
Les premiers pas de danse s’esquissent alors à la frontière, sur des routes glissantes : l’on y apprend à décliner les notions de justice et de cruauté dans le langage des fées, et celles de fascination et de folie dans les coeurs humains ; l’on y éprouve la température à laquelle le peuple d’Hiver aime savourer ses vengeances (Frost), l’on y frémit d’horreur en anticipant les conséquences inexorables d’un pari, forcés que nous sommes de suivre jusqu’au bout une course à la folie qui semble le reflet grimaçant des courses folles dans lesquelles nous sommes nous-mêmes aveuglément lancés (Over Dry Lands), l’on y découvre l’écrasante puissance des malédictions qui pèsent sur les fées exilées (A Moitié Malade des Ombres)… Un deuxième mouvement nous propulse au coeur du mécanisme des Cours, et dans le coeur des souverains – prenez note si vous n’êtes pas trop occupé à raccrocher votre mâchoire béante, le temps des révélations fracassantes est venu ! sur l’Histoire du Royaume et ses mythes (De l’Or dont on fait les Âges), sur les manoeuvres politiques et les intrigues amoureuses (Stone, texte ô combien beau et cruel), sur la nature et la structure des Clartés (Passing By, Leçon de Clartés). Rien que ça… La lumière baisse, le cliquetis rapide des rouages s’emboitant  ralentit, car le troisième mouvement, intense et vibrant, se danse en l’honneur de la Nuit, en l’honneur du seigneur Finstern donc (fascinant personnage déjà bien connu des lecteurs de Silhol, et que les non-initiés découvriront avec plaisir, et plus encore…) : au fil de trois récits infiniment précieux, on découvre à quel point ses faveurs, *toutes* ses faveurs, sont désirées également des dieux et des hommes, et combien elles sont dures à obtenir, et à conserver (A l’Image de la Nuit, La Faveur de la Nuit) ; et en le suivant dans la mêlée ardente des combats (Fragarach), l’on comprend pourquoi beaucoup seraient prêts à le suivre _partout_.

Trois temps, donc, et quand survient le quatrième on manque le pas, de surprise, d’émoi, et de peur et d’extase – car Léa Silhol frappe un grand coup, et le lecteur vacille sur ses jambes, ébloui par les visions sur lesquelles se lève cette aube nouvelle. Ne reste plus qu’à l’envoyer rouler au tapis, et c’est chose faite à la lecture de l’épilogue : promesses et menaces assenées de concert en une puissante vague d’émotions…
Une fois le choc encaissé, le souffle retrouvé, c’est avec bonheur et intérêt que l’on explore les annexes (pas accessoires) de l’oeuvre, dans lesquelles Léa Silhol elle-même nous ouvre ses carnets, et le lit de la Reine des Neiges… Une lecture du conte en profondeur, et à coeur ouvert.

Mais ce petit tour d’horizon n’est rien, ne suffit pas à faire ressentir le tourbillon émotionnel dans lequel Léa Silhol plonge ses lecteurs. Car passer la porte de cette Bibliothèque des Vertiges, c’est, en bloc et en vrac :  tomber dans les textes et les mots, les photos et les non-dits, comme on se noierait dans un des Fleuves de Dorcha / se faire l’ombre de Kelis, pour côtoyer Ombre, et s’aller blottir aux pieds de l’Obscur / sentir jouer les tensions, les résistances, les forces transgressives / vibrer de la « dialectique des désirs » / encaisser les chocs de la tectonique des Clartés / éprouver le poids des nefs que l’on tire / voir passer les cavaliers de Féerie sur des sentiers de traverse / tomber gravement amoureux / goûter aux humours féroces et aux humeurs terribles des fées / bondir sous les révélations, crier de frustration / voir en action la logique d’un monde, et ses twists / recevoir une leçon aussi magistrale qu’inoubliable / s’effondrer en larmes ou s’écrouler de rire / frémir d’horreur et d’extase / assembler les morceaux et partir en miettes / … / … / …

Un chef-d’oeuvre, on vous dit. Intense, subversif, extrême.
Indescriptible. Nécessaire.
… Lisez-le…

Ecoutez Kelis l’inlassable, l’acharné à comprendre.

« Je vis / donc je vais… »

Qu’il aille. Qu’ils aillent tous, et nous les suivrons, à travers les chants à venir et les Vertiges d’une bibliothèque en construction, vers la compréhension de leur monde, les bouleversements, et le questionnement en écho du nôtre – nous allons nous aussi. Nul doute que le pire nous attend, selon l’irrésistible promesse, toujours renouvelée et toujours tenue, de Léa Silhol. J’en souris déjà : et comme on dit en Dorcha, N’vey.

Rédigé en un chaud week-end de juillet, en terres de Mortalité, dans la Cour de l’immeuble, sur le Seuil de la porte, en guettant le Retour (dans nos boites aux lettres, dans nos faces) d’un Avant l’Hiver encore endurci et renforcé par son voyage en Ecosse.

Le Fil d’Ariane :

Cartographie :

Introduction, par Elisabeth Massal
Les Carnets de Kelis Ombrecoeur :
Prologue
Acte I, In This Twilight : dialectique des désirs – Frost (car s’en viennent les Mille Ans de Froid) – de la contemplation des hémisphères – Over Dry Lands (comment la Nef vint au Fou) – en miroir(s), en silence – A Moitié Malade des Ombres – [soupir]
Acte II, The Dance of Light, in the Theatre of Grayscales : boudoirs – De l’Or dont on fait les Âges (la Reine, en son privé) – alcôves – Stone (the Song of Herne) – fugue, en accord majeur – Passing By – cercles de fées, en rond, en rond – Leçon de Clartés – déviance des soustractions
Acte III, In the Shadows : 1, 2, 3, redditions – A l’Image de la Nuit -l’épingle – La Faveur de la Nuit – l’encre, le calame – Fragarach (the Answerer) – des sphinx, de leurs ailes
Acte IV, Dawn, Breaking : la quatrième route – A New Dawn
Epilogue : vin des rêveurs, vagues
Architectonique – Winter Park, par Léa Silhol : Imbedded with the Snow Queen

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Action Invisible

Pour les Podencos, Galgos et autres Invisibles des refuges espagnols

Site de l'APNO

Association pour la Protection de la Nature au Pays des Olonnes

waytofaery

les enseignes qui vous montre le chemin du merveilleux !

Lionel Davoust

Expériences en temps réel

TIRÉSIAS ADNUNTIATIO

by DORIAN MACHECOURT

NOAA's Marine Debris Blog

Keepin' the Sea Free of Debris!

Charybde 27 : le Blog

Une lectrice, un lecteur, deux libraires, entre autres.

Le Droit du Serf

Collectif de réflexion et d'action créé en octobre 2000 pour faire respecter le droit des auteurs à jouir décemment de leurs œuvres

Nitchevo Studio

News from the Studio

Nitchevo International

ACTIONS FOR ART - FOREIGN OFFICE

Winterdaze

A BLOG OF LEA SILHOL'S VERTIGEN

Nitchevo Squad News

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