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Archive for the ‘Focus’ Category

Be careful what you wish for.
– C’est une de ces sagesses que l’on entend parfois dans les contes, ceux-là mêmes qui nous disent pourtant que nos rêves sont à notre portée, à portée de voix, pourvu que l’on trouve la bonne formule pour les exprimer, au bout du chemin pourvu que l’on trouve la bonne voie à parcourir.
Alors quoi ? On ne va tout de même pas… se méfier de ses rêves – les manipuler avec des prudences de juristes ?
Non. On ne va pas, on ne veut pas.

Ah, mais du souhait exaucé au rêve réalisé, il y a toute la distance d’un horizon.
Il y a tout le parcours d’une vie…

Cela fait un moment déjà que les auteurs s’intéressent à ce qui se passe derrière les mariages et autres happy endings, derrière le rideau retombé des contes traditionnels – à ce temps que l’on englobe dans le ‘happily ever after’ comme on roulerait un corps dans le tapis pour mieux le bouger là où ça ne gênera pas.
Qu’est-ce qui se passe, une fois que la fée a agité sa baguette, une fois que la magie du conte est retombée dans la poussière du monde réel ?

Illustration tirée de "Fables, 1: Legends in Exile", par Willingham & Medina

Illustration tirée de "Fables, 1: Legends in Exile", par Willingham & Medina

« Personne ne l’a vraiment dit », une nouvelle de Lionel Davoust, évoque le sujet sur un ton, sous un regard qui me touchent beaucoup.
Le conte est court, aussi ne vous dirai-je rien du personnage évoqué, ni de la réponse, toute en nuances riches comme la vie et vibrations de corde sensible, que donne l’auteur à coeur ouvert.
Je ne vous dirai rien du récit, puisqu’il vient d’être mis en ligne au format PDF, offert à la lecture sur le site des éditions Rivière Blanche.

Je dirai juste qu’il m’avait serré le coeur lorsque je l’avais découvert lors de sa première publication dans la revue Ténèbres 2007, et qu’en le relisant aujourd’hui je lui trouve toujours une force poignante, la logique douloureuse d’une existence, à cette histoire que personne n’avait jamais dite avant cela, et dont beaucoup sans doute en reconnaîtront des bouts, quelques fils qui semblent échappés de leur propre vie, arrachés de leurs propres rêves.

Je vous dirai juste d’aller lire le conte, et s’il vous a touché, de considérer le recueil à paraître auquel il sera incorporé : L’Importance de ton Regard, à paraître sous peu chez Rivière Blanche. Vous ne devriez pas être déçus, au vu du sommaire – entre les promesses qu’il recèle, et la certitude de quelques textes déjà parus ailleurs, trouvés pour ma part très chouettes, voire carrément puissants (vous savez, ce blast, ce truc rare et précieux qui fait qu’une nouvelle découverte au fil d’une anthologie vous file à elle seule l’envie de suivre avec curiosité et en toute confiance les publications d’un auteur…)
Ceux qui ont pu lire « L’Île Close », « Bataille pour un Souvenir », ou encore « Regarde vers l’Ouest » (toutes rassemblées dans le recueil) verront sans doute de quoi je parle !…

Présentation de l’éditeur :

Le monde est une illusion fragile, ami lecteur. Ferme les yeux et il n’en reste rien. Seule compte L’IMPORTANCE DE TON REGARD.

Des marins condamnés à s’entretuer dans des glaces éternelles ; des jeunes qui tunent leur corps comme une voiture ; une population absorbée dans un jeu en ligne tentaculaire ; des guerriers qui atteignent la pureté en brûlant leurs souvenirs ; Arthur, Guenièvre et Merlin en pleine crise d’identité…

Dix-sept nouvelles et un court roman entre humour féroce et désespoir, entre absurde et optimisme — dix-huit contes modernes, dont huit inédits, où la folie le dispute à l’illumination. Quatre nominations à des prix majeurs dont « L’Île close », lauréate du Prix Imaginales 2009 et traduite aux États-Unis.

« Étant donné la qualité des textes de Lionel Davoust, il nous faut remarquer qu’il a de la chance d’être encore en vie. » – Bruce Holland Rogers

Le Fil d’Ariane

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Lorrain - La Princesse sous VerreLa Princesse sous Verre
Conte pour Catherine Pozzi

Auteur : Jean Lorrain
Editeur : Librairie Elisabeth Brunet
Année : février 2006 ; première publication en décembre 1895, dans La Revue Illustrée
Illustrateur : André Cahard

 


 

Que les choses soient claires : si le présent espace, tiré de son sommeil de Belle au Bois Dormant, se rend coupable d’abriter ce soir un article de plus, la faute en revient, ultimement, à l’hiver. De fait, tandis que la maîtresse des lieux courait le long de ses lignes de fuite à un rythme où le tic-tac aiguillant de l’horloge se conjuguait au staccato obsédant du train lancé sur ses traverses, un souffle de vent frais le long de l’échine lui rappela soudain que Samhain et le 7 novembre avaient marqué le temps d’une autre cadence pour le monde.
L’on ralentit donc, cherchant dans l’air, moustaches dressées, les promesses de la brume et les prémices du givre. Et l’on fila vers le foyer, sans cheminée ni veillées au feu, malheureusement ; à défaut, on se tourna vers la lueur glaciale de l’ordinateur, pour remplacer dans le lecteur le « No Time to Cry » des Sisters of Mercy par de plus hiverniennes musiques. Et Collection d’Arnell-Andrea étendit sur la demeure l’emprise de ses voix lancinantes, sa poésie mélancolique, la chape de glace de ses eaux gelées, de ses eaux-fortes et méandres.

CDAA-exposition

Ce qu’il advint alors, ce fut un nouveau cas de possession, puis d’invocation, par la musique. Rien de moins.
Pris dans les mélodies puissantes, leurs tonalités froides et les pâles teintes des tableaux qu’elles évoquent, l’esprit glissa doucement hors du temps, le long de visions de paysages enneigés pour l’éternité. De ces rêveries impressionnistes, une image finit par s’imposer irrésistiblement – une image, et un rythme, une sensation, même : celle d’une barque endeuillée descendant lentement le fil d’un fleuve engourdi, sous un ciel gris.
Ainsi l’hiver et sa musique convoquèrent-ils l’esprit de Jean Lorrain, et de ses princesses – merveilleuses fleurs ivoirines de ces « contes brumeux, trempés de lune et de pluie, semés de flocons de neige » que l’écrivain associait déjà, dans la préface de son fameux recueil, aux « ciels mouillés de décembre ».
De toute cette galerie de Princesses d’ivoire et d’ivresse que constitue l’ouvrage, l’une en particulier se détacha, échappée, comme de juste, des « Contes de givre et de sommeil » : Bertrade la pâle, la délicate Princesse sous Verre
A l’instar de la mystérieuse endormie dont il relate l’histoire, ce conte fin-de-siècle se donne à contempler sous un superbe écrin, celui d’une édition reproduisant la publication d’époque, et les gravures alors réalisées par André Achard. Tourner dans un crissement le calque qui recouvre le récit comme un écran de frimas, vers ces pages aux couleurs d’automne, ornées de mélancoliques frises végétales, c’est s’imprégner du parfum léthargique d’une fleur délétère, se laisser gagner par la torpeur d’un pays où le temps a atteint le paroxysme du ralenti : femmes fragiles comme des fleurs, et aussi vite fanées, atmosphère feutrée des cathédrales, paysages désolés abritant leurs mornes cours, cercueils de verre et reflets de glace, processions solennelles ou barques funèbres dérivant en de lentes errances, tout évoque bien le sommeil et le givre, comme un charme jeté sur le monde – rompu uniquement en un moment d’égarement, par la violence d’un prince noir profanant le cercueil de la belle enchâssée, par la couleur du sang versé, sacrilège dans cet univers de teintes pâles. Sous la chape de temps gourd, y a-t-il un espoir possible  alors pour le réveil, la rédemption, le renouveau ?
Le lecteur en tout cas n’en souhaite rien. L’esprit tout embrumé d’une atmosphère de merveilleux et de suranné, on se sent comme l’envie de partager le sort d’une Ophélie, de se laisser couler et dériver sans fin le long de ce fleuve opiacé que forment les mots délicieux de Jean Lorrain…

Le Fil d’Ariane

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Mythical creaturesMythical Creatures

Timbres & vignettes

Auteur : Neil Gaiman
Illustrateur : Dave McKean
Publication : Royal Mail
Année : juin 2009


J’aime lorsque l’art investit ces espaces où on ne l’attend pas, sur lesquels le regard aurait trop facilement tendance à glisser en temps ordinaires – jusqu’au jour où soudainement il semble les découvrir, intrigué qu’il est, alpagué, accroché, par un petit bout d’art rebelle et baladeur.
On peut en trouver n’importe où, de ces éclats hors normes, par terre, sur les murs, sur les gens parfois… et en ce moment, par exemple, sur quelques lettres anglaises.

La Royal Mail britannique vient en effet d’éditer une série de six timbres consacrée  aux Mythical Creatures, si bien que certains veinards recevront leurs cartes de vacances, leurs déclarations amoureuses – ou, qui sait, leurs factures – ornées d’illustrations de sirènes, de dragons, de licornes, de géants, de pixies ou de fées, le tout réalisé par le talentueux Dave McKean. Et pour les collectionneurs, glamour sur le gâteau, le livret de présentation de la série rassemble six vignettes en accompagnement des timbres, sous la plume fine et charmeuse de Neil Gaiman.
Il faut un esprit familier du monde merveilleux, un coeur dangereusement amoureux, et un vrai talent de conteur, pour donner à saisir l’essence de ces créatures à travers des récits et anecdotes dont le plus long ne doit guère dépasser une vingtaine de lignes (ma vignette préférée, sur les fées et la reine Mab, livre un portrait esquissé en cinq lignes, et n’en fait pas moins mouche, d’un trait qui m’avait arraché un sourire ravi !) Certains connaisseurs, le nez dans leurs lourds dicos féeriques, marmonneront peut-être que d’aussi courts textes n’ont rien à leur apprendre. Voire : croient-ils vraiment tout savoir de l’impact qu’eut l’existence des géants sur les paysages de Grande-Bretagne ? et puis, connaissent-ils les conséquences de la pénurie d’or anglais sur les lignées de dragons, mmh ? C’est que, derrière les textes brefs, vifs comme ces traits de lumière étranges que l’on n’aperçoit que du coin de l’oeil, on trouve des heures de recherche studieuses sur le folklore, et le désir en outre d’ancrer ces récits dans l’histoire et les décors d’Angleterre, en hommage au pays émetteur de ces timbres.
Surtout, au-delà de notre éternelle curiosité concernant les créatures mythiques, il y a le plaisir d’arpenter les terres de Grande-Bretagne et d’ailleurs en belle et bonne compagnie, entre les splendeurs picturales de Dave McKean et les traits spirituels de Neil Gaiman. Le plaisir aussi de penser aux enchantements ainsi lâchés dans notre monde : imaginez ce qu’il pourrait bien advenir d’une enveloppe confiée aux bons soins d’un pixie (oups), ou la tête de votre correspondant s’il trouvait, collée sur son courrier, une fée mal lunée (Lady Cottington approuverait…) On comprend sans peine, alors, que les artistes aient préféré remplacer la banshee à laquelle ils avaient d’abord songé par un portrait de fée, de crainte de créer un timbre de fort mauvais augure…

Une série qui, sous sa belle apparence parcheminée, devrait donc séduire philatélistes et mythophiles !

Le Fil d’Ariane

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Aux mille nuances… (l’errance du Diable)

Nouvelle

Auteur : Elisabeth Ebory
Publication : in revue Elegy n°58
Année : mars 2009

Tomber sur une nouvelle d’Elisabeth Ebory, c’est toujours pour moi se couper à un petit bout de miracle sur terre. Un plaisir qui se faisait rare depuis ses récits publiés épars dans les anthologies de l’Oxymore, qui ont déposé sur mes rêveries de lectrice l’empreinte d’un univers fait de teintes neigeuses et de tains de miroirs, de rues modernes qu’on découvre  hantées par des créatures ailées, ou arpentées par des divinités de tous horizons mythologiques… Et il y a son style merveilleux, une voix telle le chant de ces enfants qui n’ont pas appris à ne voir qu’un seul monde, légère comme une invitation à la danse, lourde de sens et de secrets, obsédante, hypnotique : un enchantement.

Après quelques années trop silencieuses à mon goût, les occasions d’entendre à nouveau cette petite musique de plume et d’âme se sont récemment multipliées, avec des parutions en anthos (Aube & Crépuscule, Conquêtes & Explorations Infernales) et en recueil (A l’Orée sombre, tout fraîchement paru chez Griffe d’Encre et que je suis en train d’explorer – encore & encore – en ce moment même…).
Ainsi qu’une publication dans un support plus éphémère par nature, la revue Elegy, qui a laissé le diable se glisser dans les pages de sa rubrique « Contes et Nouvelles » pour les mois de mars-avril…  Car Lucifer au non-terme de sa chute se serait abattu sur terre, sous les roues d’un camion, sous les yeux d’une fille, la fille, qui l’a secouru, recueilli – l’a sauvé, s’est sauvée, croyez-vous ? Deux voix dans cette nouvelle, un ange déchu, et combien de chutes ? Quelles nuances dans les ténèbres, dans le sang d’encre ?
Pas évident d’évoquer sans le trahir un récit aussi court, mais je tenais tout de même à vous inviter à découvrir cette nouvelle si l’occasion s’en présente, pour son irrésistible charme musical, pour la gamme d’émotions déployée de la noirceur à l’émerveillement, et  pour la résonance avec ces chants que l’on entend à l’Orée sombre

Le Fil d’Ariane

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Shinear

C’est bon, je me rends.

Quatre semaines. Quatre putains de semaines que je tourne en rond dans ma tête et dans ma chambre, à essayer de rédiger  pour vous un pauvre petit article sur Babel Tour –  l’intéressante antho que les étudiants en master d’édition de la Sorbonne ont publiée à l’occasion du Salon du Livre 2008, dont Israël était l’invité d’honneur cette année-là… Quatre semaines de débâcle totale, chaque brouillon aussitôt né, aussitôt dézingué – rageusement, parce que  jugé trompeur, ou masqué, ou trop léger, ou trop biaisé, bref à des lieux, toujours, de l’approche à coeur ouvert vers laquelle je tends.
Et je comprends bien pourquoi.
Babel Tour, guide de voyage en cités cosmopolites, m’avait attirée tant par son concept que par le patchwork de visions et de voix tissé autour des villes, des ziggourats, des peuples et des langues qui s’y croisent ou s’y mêlent. Seulement voilà, à mi-chemin de mon excursion littéraire en Babel, j’ai passé la frontière vers un quartier vivant, fascinant, le plus brûlant et le plus beau à mes yeux… et je n’en suis pas ressortie, ni n’en ressortirai (quitte à revenir plus tard à notre Tour de Babel) avant d’avoir pu évoquer une nouvelle qui, à elle seule, figure dans mon top des lectures-choc de 2008 et de toujours – et même alors, je pense, une part de moi restera là-bas, ou bien j’emporterai moi-même un bout de cette terre-là, les échos de ces mots, leur roulement sous ma langue. D’ailleurs, voyez…
Plusieurs mois après la première lecture, ce texte continue de me coller de salutaires raclées.

Exit les poses de lecteur, donc, and enter « Shinear« .

Texte percutant sur le thème crucifiant des divisions de l’humanité, cette « nouvelle très particulière » de Léa Silhol entraîne son lecteur en terrain miné, pas très loin du labyrinthe de Fo/vea, pour un prenant voyage dans les rues des villes, au coeur du mythe, et vers les hommes – vers l’Autre, surtout.
L’oeuvre s’ouvre en effet comme un étrange album de voyageuse, présentant dans ses pages une Babel saisie au fil des années, en filigrane dans les vues de quelques-unes de ces villes où les cultures et les identités s’affrontent plus qu’elles ne se touchent. On les découvre, ces cités, à travers le regard impliqué, douloureusement et furieusement lucide, d’une artiste témoin et non touriste : bien plus qu’une passante, donc, une véritable passeuse. Et qui ne manque pas, au fil de ses errances en villes aimées que la haine divise, d’asséner avec précision ses vérités aux hommes, ou de prendre Dieu à partie.
Loin d’arrêter son voyage une fois l’album parcouru, l’auteure se tourne alors vers une issue possible, au-delà des barrières et des divisions, et le lecteur, terrassé l’instant d’avant, la suit dans les transports de l’espoir, parcourant ainsi le spectre du langage – des injures haineuses à ces mots de compréhension et d’amour que seuls peuvent trouver en eux ceux que la vie a déjà bien abîmés, et qui voudraient à travers leurs paroles réparer le monde dans les yeux de l’Autre.

Et pour nous mener de ville en ville et infiniment plus loin encore – mais aussi tout près, au plus intime -, la voix et les rythmes forment une musique obsédante, qui se grave à l’esprit, fait vibrer coeur et langue, et nous communique ainsi sa pugnacité de rap, son émouvante romance en duo musical, ses ferveurs de prière, l’ardeur de son chant final. Il y a cela dans le chant de « Shinear », une puissance capable de vous couper les jambes pour donner à vos marches un nouvel élan vers ce qui importe vraiment aux hommes, de vous couper le souffle et dans le même temps en insuffler un autre, intense et essentiel.
Et ainsi, Léa Silhol, qui déclarait dans un questionnaire que ce qu’elle déteste le plus dans son physique, c’est de « ne pas avoir dans les veines une goutte de sang de chaque peuple au monde », a créé une oeuvre susceptible de toucher  profondément tout être humain, quelles que soient ses origines. C’est ainsi que je ressens ce texte fort, un acte d’union à travers l’art, un appel vrai, et accompli, à dépasser les frontières que peuvent former les langues, les couleurs, les religions. Ses paroles m’accompagnent désormais, couperet et colère quand je vois le monde aller de travers, espoir lorsqu’une rencontre humaine  me donne envie de les murmurer pour quelqu’un.
Je ne vous les dirai pas, cependant, car je me suis déjà trop tenue entre l’oeuvre et vous, alors je me contenterai de ceci : Babel Tour n’est guère facile à dénicher, désormais ; si toutefois vous le trouvez sur votre route – cet ouvrage ou, qui sait,  un jour, « Shinear » dans une infoliation nouvelle et espérée – sans hésiter suivez le guide : écoutez sa voix. Ecoutez…

Le Fil d’Ariane :

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Commodore
Assorti de la nouvelle Dolores
Artbook

Auteurs/artistes : Jérôme Sevrette, Danielle Robert-Guédon
Editeur : SWARM Records
Année : juillet 2008
Photographie de couverture : Jérôme Sevrette

Présentation technique

24 photographies de Jérôme Sevrette
Dolores, une nouvelle inédite de Danielle Robert-Guédon
60 pages
Texte en français, traduit en anglais par Eric Tessier et Michelle Scatton-Tessier
Edition limitée à 200 exemplaires numérotés et signés par l’auteur

Pour son premier livre publié, Jérôme Sevrette, photographe de talent et grand explorateur du noir & blanc, a choisi la voie de la collaboration artistique, en invitant Danielle Robert-Guédon à accompagner d’un récit la série photographique « Commodore ».
Le dialogue qui s’engage entre le texte et l’image est étrange : il n’y a pas d’illustration. Ni du récit par les photographies, ni de la photographie par le texte. Autour d’un même lieu, un hôtel (ou serait-ce un vaisseau « maintenant à quai », ainsi que le présentait Jérôme Sevrette sur son site ?), se brodent  deux histoires, deux variations, sur un fond noir pour les images, et un fond blanc pour la nouvelle : le texte de Danielle Robert-Guédon raconte l’invasion de ces lieux historiques par un groupe de jeunes, les photos de Jérôme Sevrette  donnent à ressentir l’atmosphère de l’endroit. Et pourtant, ces oeuvres s’interpénètrent, se réinterprètent mutuellement, et se rejoignent dans un espace commun, aux frontières troubles : sous chaque page de photographie figurent des bouts de phrase extraits de la nouvelle, mystérieux, centrés autour de la vieille Dolores – manifestations d’une voix dont les silences semblent également palpables, tout comme les zones d’obscurité dans les clichés.
Intérieur ombres, extérieur nombre : Dolores est un récit vivant, peuplé de nombreux personnages. Il y a une histoire, il y a des faits, il y a des noms et des repères. Les photographies de Commodore sont hantées : un hôtel aux allures de vaisseau-fantôme, une femme à la présence de spectre, évanescente et obsédante, les ombres qui habitent son intérieur. Vous ne savez rien : vous voyez, vous ressentez, vous imaginez.  Vous avez l’impression d’errer en rêve, ou dans un étrange film expérimental. Vous suivez une invisible et son regard,  la voix off d’une désincarnée qui ne semble exister que dans  l’espace incertain de ses propres souvenirs, et dans son rapport suggéré aux objets… Objets qui, eux, paraissent tirer  de la part essentielle du noir dans les photos leur âme, ou un souffle de vie des espaces lumineux infiltrés depuis l’extérieur…
Dans les oeuvres de Jérôme Sevrette, la photographie est ainsi devenue comme un oeil de l’imagination. Elle s’empare du réel, remplace la matière par des ombres, suggère une impression dans les contrastes et les nuances de lumière. Le voile est mince, mais l’on est bien transporté dans une dimension autre, inspirante et magnifique…

Et j’en ai, sans doute, déjà trop dit. J’aurais, peut-être, dû n’en rien dire, ne pas projeter mes lumières (artificielles) sur les ombres de cet hôtel, ne pas faire résonner ma voix de touriste et d’étrangère dans les pièces silencieuses, ne pas chercher de prise sur l’immatériel… Alors, tandis que vous vous retirerez (sur la pointe des pieds, s’il vous plaît), je vais rester encore un peu, reculer dans la pénombre, me fondre dans les profondeurs du noir, et ses mystères.

Le Fil d’Ariane

  • Le site de Jérôme Sevrette, ainsi que le post de présentation (sur Myspace) de Commodore
  • Le site des éditions SWARM Records
  • Une interview toute récente par Kamido : Tu (artiste avec lequel Jérôme Sevrette a déjà travaillé en collaboration, comme on peut le voir, par exemple, ici et )
  • Autre media, autre alchimie : certaines photographies de Jérôme Sevrette, notamment tirées de la série « Commodore », ont été intégrées dans les très étranges visions du film Ypsilon, conjuguées à la musique du groupe Sator Absentia : trailer en ligne sur la page myspace du film et du groupe

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A Hole to China

Imaginez.
Il y a cette auteure dont les mots et les mondes vous ont accompagné à travers tant de nuits – romans, poèmes ou nouvelles, histoires de labyrinthes et de monstres, d’oracles modernes, de divinités japonaises, de mots tatoués et de conteuses dans un jardin… Un imaginaire riche, mythique, puissant, et qui a déposé son empreinte définitive sur les paysages de votre monde intérieur.
Imaginez.
Vous aimez l’art des lettres. Vous adorez ce moment de la journée où vous relevez le courrier, le bruit de l’enveloppe déchirée par le coupe-papiers, le sceau, les encres, les belles écritures, les timbres et cachets postaux. Et vous êtes las des éternelles, fades factures.
Fermez les yeux.
Depuis les Etats-Unis, loin, très loin, chaque mois, cette auteure dont vous adorez l’oeuvre vous envoie une lettre. Scellée, signée, ornée, et renfermant le trésor d’une nouvelle ou autre oeuvre inédite.
Ouvrez les yeux. Ouvrez votre boite aux lettres.
It’s for real…

The Omikuji Project, by Catherynne M. Valente

« The Omikuji Project is an experiment in cyberfunded art. It is an old-fashioned approach to new-founded literature, the shortest path from author to reader. It is a secret and marvelous communication, a unique way for you to read stories unavailable in any other venue, in any other way. It is a network of tales, a community. It is whispering in the dark; it is a fireside confession.

On the first of the month, subscribers will receive either a PDF or a mailed letter containing one short story not less than two-thousand words, a small piece of illustrative art by the author (and occasionally by her friends), and any other literary flotsam I can find to send you. The mailing, however, is the heart of the project: printed on high quality archival paper, autographed, and sealed with a scarlet wax stamp, they are stunning collectible artifacts. »

Etant fan de Catherynne M. Valente, j’ai bondi de joie en entendant parler de ce projet, et me suis immédiatement inscrite. Aujourd’hui même, le facteur a déposé sur mon palier une nouvelle enveloppe au format désormais familier – sans savoir que grâce à lui (blessed be), j’allais enfin pouvoir lire la troisième et dernière partie de la magnifique nouvelle « A Hole to China »…
L’enfer, entend-on parfois, est pavé de bonnes intentions. Si la jeune Tristram avait été de nos contrées, peut-être se serait-elle interrogée sur ce pavage du monde souterrain. Etant anglophone, et enfant bien trop sage aux yeux de tous, elle décide d’expérimenter par elle-même ce qu’il en est de l’expression to dig a hole to China, cette activité à laquelle sont censés se livrer dans leur jardin tous les enfants dotés d’un minimum d’imagination. Un soir donc, la gamine terre-à-terre attrape une pelle et entreprend de se frayer un chemin sous terre. L’écorce terrestre cède le passage, et une porte s’ouvre ainsi sur un monde intérieur, et sa flamboyante mythologie… Sur les traces de Tristram, nous découvrons la topologie de cet Underworld, sa cosmogonie, ses habitants bigarrés qui semblent tout droit échappés de contes et légendes du monde entier, remixés avec quelques morceaux de mythe, de littérature ou de philosophie, sans oublier l’indispensable goutte d’humour : tel ce paon historien nommé Chiaroscuro (ceux qui partagent une de mes obsessions littéraires comprendront peut-être pourquoi j’ai souri à ce nom..).
Ainsi, aujourd’hui comme toujours, Catherynne Valente entraîne son lecteur dans un splendide voyage vers un monde riche, coloré, fascinant ; et comme toujours, nous suivons, nous marchons avec le sourire, ou plutôt ici nous creusons, les doigts plein de terre, la bouche emplie de mots, avec la foi de l’enfant qui sait qu’il trouvera sur son chemin la Chine, ou toute autre destination de rêve…

Pour en savoir plus sur le projet Omikuji, et peut-être rejoindre notre petite communauté de lecteurs conquis, rendez-vous sur le site de l’auteure, où se trouve mis en ligne, en plus de toutes les informations pratiques, le début de chaque nouvelle du mois.
Et vivement le mois d’août…

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Action Invisible

Pour les Podencos, Galgos et autres Invisibles des refuges espagnols

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