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Archive for the ‘Feuilles de route’ Category

Anis & Jay

Quand Jay conduit, il remodèle les volants.
Ainsi résonnent les premières notes de la voix d’Anis, dans ce choeur, ce recueil, Musiques de la Frontière, mon compagnon de route constant depuis 2005, le genre d’œuvre, vous savez, que l’on embarquerait avec soi lorsque tout ce qui compte doit tenir dans un sac à dos, et dans la boite à trésors du cœur.
Quand Jay conduit, il remodèle les volants.
Une ouverture si parfaite, si parlante, à l’histoire de ce couple brûlant, que bien souvent je l’ai sentie me traverser sans avertissement, au cours de mes errances urbaines. Filant sur les chemins, pliée sur le guidon, concentrée sur ce sixième sens et ce lien spécial à l’univers qu’engendre la vitesse, et soudain, une voix passe. “Quand Jay conduit”… Léa Silhol a l’art de ces phrases qui s’insèrent avec une grâce aigüe dans les courants du monde, pour y couler, évidentes, comme si elles avaient toujours été là, vraies comme un souffle — et comme l’acier.
Dix ans après “Vado Mori” — dix ans, pour nous ; pour elle, dans la droite ligne des événements — … Anis a pris le volant, et la parole, et nous a embarqués, hitchhikers chamboulés d’être là, dans sa quête, focalisée sur le but de sa course, la source et l’estuaire d’où viennent, vers où filent les courants sauvages de son récit : Jay.
“Vado Mori” disait les suites immédiates d’un acte lourd que commit la jeune femme. Il était question, alors, d’en affronter et assumer les conséquences, et d’y survivre (ou non). A présent, il revient à Anis, au fil de la route et d’une introspection sans pitié, de se définir par rapport à son geste, et par rapport à un monde où la renaissance de la féerie dans les cités, cet avènement inespéré de la beauté et de la magie, a fait surgir le pire en nos humaines sociétés : racisme, violation des droits de l’homme et de l’enfant, haine de l’autre. Elle, la privilégiée, enfant choyée d’une famille riche et respectée, amoureuse d’un guerrier fay que la vie s’est chargée d’écorcher vif dès son plus jeune âge… qui est-elle, que va-t-elle emporter d’elle à Frontier, où l’attend, peut-être, Jay, et de quelles peaux lui faut-il se dépouiller chemin faisant, sachant ce qu’elle a accompli ?
La route, comme un creuset alchimique, une épreuve initiatique. La route, son ruban de bitume où dérouler ses voyages intérieurs, vaut tous les psys du monde. Cette route-là surtout, sans merci et pourtant incroyablement riche en nuances, car l’auteure est tout sauf une adepte des jugements rapides et des raccourcis faciles.
Et ainsi va Anis, vers Frontier en aval et la validation de son épreuve. Égrenant ses souvenirs au rythme des kilomètres (tandis que nous avalons les pages sans pouvoir, nous non plus, nous arrêter), revenant sans arrêt, dans la douleur décapante de la séparation avec l’homme qu’elle aime, vers l’amont, l’étincelle initiale et l’embrasement de leur relation, chaque station de leur parcours passionné l’un vers l’autre. Sur ce parcours commun défilent tous les panneaux que l’on peut trouver dans les labyrinthes à la Fo/vea, ceux qui disent — qui hurlent, en majuscules et caractères gras — l’humaine litanie des “TRUST NO ONE / … / PROTECT YOURSELF / … / GIVE UP”. Et ces deux-là mettent à abolir les distances, les frontières, les prudences, les peurs, une intégrité renversante, à l’œuvre jusque dans leurs failles, et une ferveur féroce, propre à renvoyer au rayon des soupes lyophilisées toutes ces insipides romances paranormales que l’on voudrait nous faire avaler en série en guise d’urban fantasy. Propre à nous faire tomber en amour pour le couple qu’ils forment, fans de leurs véloces passes verbales et de leurs pas de danse en beauté, et à éveiller en nous des sentiments un peu (farouchement) protecteurs. On veut cogner des murs pour demander raison des laideurs insupportables que leur inflige l’univers, et tout autant claquer des bises sonores aux frères qui veillent sur eux, Fallen, Priest, Crescent, Faol, toute cette tribu superbe d’anges et de furies dont la lumière brillait déjà comme un fanal dans Musiques de la Frontière, et qui fracture le récit d’éclats de rire qui sont autant de fulgurances dans un ciel des plus noirs, d’abolitions de la gravité sous un horizon plombé. Comme un exorcisme, et il en faut, car cette histoire est pleine de monstres, et ils ne résident pas dans les terra incognita des cartes géographiques (là où se cache la merveille de Frontier) : ils sont parmi nous, avec pignon sur rue, vernis de respectabilité, et bénédiction des autorités. Alors on rit aux larmes en même temps qu’on chiale sa race, la tête renversée vers le ciel tandis qu’un uppercut nous cueille au plexus. Double mouvement pour un monde complexe, KO magistral, du genre dont on se relève avec rage et gnaque, une sainte colère et un sentiment de grâce.

Il y a dix ans de cela, lorsque les fays de Musiques de la Frontière sont entrés dans ma vie, j’aurais juré que la rencontre, la vision salutaire de Frontier, était de ces magies de l’Art qui n’arrivent que once in a lifetime — et ce feu, de fait, est assez puissant pour tenir de fuel sur une vie entière. Je sais désormais, avec Possession Point, que la foudre peut frapper plusieurs fois au même point, et la grâce revenir, transformée, telle une vague aux nuances renouvelées, toujours plus profonde. Et tandis que l’esprit électrifié explore les fils dévoilés de la trame d’une Œuvre qui, de livre en livre, par son architecture où tout fait sens, n’en a pas fini de nous sauver des absurdités de notre monde, le cœur roule de page en page, vers Frontier, toujours.

Possession Point

Tes iris à toi, mon ange, avaient la couleur de la mer avant l’orage, aux rives d’Half Moon Bay. Toutes les Mavericks de Pillar Point y écrivaient en germes les promesses que tu tenais. Je roule parfois jusque là-bas pour jeter un sucre au manque qui me tient dans ses tenailles. Je marche de Ghost Trees à Half Moon Bay. Pour regarder les vagues, de peur d’oublier tes yeux. Quelque part entre les fantômes des arbres et le meurtrier Pillar Point, assise à même la poudre de mon sablier, je bois cette couleur. Je la respire, pendant qu’elle reflue et déferle. J’essaye, une fois encore, d’élucider la technologie de ce mystère. De comprendre comment le monde des hommes transforme la couleur des Mavericks en cadrans d’horloges. Comment le rythme des vagues immenses a pu s’enrouler pour devenir, dans tes yeux, ce cercle de métal auquel j’ai donné un tour ou deux, jadis. C’était un rouage. Mais tout autant, je le sais bien, la face implacable d’un barillet.

Dans un monde transfiguré par le retour de la Féerie, Anis a pris la route, à la recherche d’une cité légendaire dont on dit qu’elle ne se laisse trouver qu’à son gré : Frontier.
C’est dans la “ville au bord du monde”, patrie des fays, que vit à présent l’homme qu’elle a aimé, et trahi : Jay, membre du redoutable gang changeling de Seattle.
À travers leur histoire, feuilletée comme un album photo depuis le jour de leur rencontre jusqu’à celui de leurs hypothétiques retrouvailles, c’est la vie de tous les Premiers qui se dévoile, durant les années précédant et suivant directement le fondation de l’utopie que fays & fées nomment Le Seuil.

Fil d’Ariane

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TisseusesA tout seigneur, tout honneur.
Grande warlady de la lutte anti-ReLIRE et pour les droits des artistes en général, Léa Silhol a réédité cette année un volume rescapé du pillage orchestré par les fonctionnaires de la BnF. Publiés dans un premier en édition souple, et à l’identique, en avril dernier, les Contes de la Tisseuse viennent de se voir offrir un magnifique écrin nouveau, en format relié, avec illustrations inédites en couleur de Dorian Machecourt, et augmenté d’une série de courts textes également inédits, « Voix de Fées ».
Par-delà les postures rances d’éditeurs dépassés, par-delà les attaques faites au droit d’auteur au nom de la modernité, une autre voie est possible — les lecteurs de Nigredo, les amoureux de Seuil n’en attendaient pas moins !

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Contes de la Tisseuse — Automne

Tisseusehb

Tisseuse — FragileJe suis une bestiole assez impressionniste. J’aime avoir, même en art, mes rituels de saison, ces instants où la brise ou le givre porte la mémoire d’un livre.
A cet égard, les œuvres de Léa Silhol occupent une place spéciale dans mon cœur. Il ne passe guère une année où je n’aille à Samhain saluer l’Angharad (jeune alors) de La Sève et le Givre, où je ne repousse à Noël le bruit intrusif des jingle bells pour aller décliner au fil des pages le nuancier des Conversations avec la Mort.
Ce n’est pas rien, alors, que voir renaître, à la lisière entre été et automne, les Contes de la Tisseuse, leur approche sensuelle, sensible, intuitive des saisons, leur lien élémental avec l’eau. Et c’est merveille que voir ces contes sous cette forme accomplie, une édition reliée qui semble appeler la main de Nicnevin la prochaine fois qu’il lui prendra la curiosité de visiter les bibliothèques de Mortalité pour y méditer sur la parole des poètes — et illustrée avec talent par Dorian Machecourt. Ses planches (pleines pages en couleurs, siouplaît) sont d’une beauté à s’y perdre en contemplation. Il ne suffit pas de coller de pseudo-étoiles dans l’eau pour évoquer la féerie, et encore moins l’invoquer : pour passage vers l’univers silholien, l’artiste déploie des scènes où l’essence d’une saison s’infuse d’une fascination très éloignée des trivialités humaines, et portant néanmoins la marque du temps.

Contes de la Tisseuse — Eté
Fut un temps où les leçons du folklore rythmaient et nourrissaient la sagesse du calendrier. Sur les pages du mien coule, avec les grains du sablier, l’encre des créations de Léa Silhol — élémentale, connectée aux courants naturels, et charriant toute la puissance de ses intuitions. Elle coule, et l’on se laisse porter, immerger, entraînés par la profondeur de ces eaux, et confiants que le fond y fait sens. Un sens tendu vers le questionnement du Destin et l’exploration des failles fatales, vers le dépassement et l’accomplissement, vers ces espaces sublimes où les êtres d’humanité et les créatures mythiques parviennent à la rencontre.
Et ainsi… Lorsque le ciel estival roule comme un orage ses menaces de stase, je sens le temps venu d’une visite à la jeune Gorgone, dans le Pavillon aux Eclipses. Dans le craquement des feuilles d’automne, j’entends la voix lente des Fallon. Les nuits de cristal, froides et pures, mordantes, relèvent du règne du flocon, et de la terrible Yuki Onna. Dans les élans vitaux du printemps qui poussent à la course en avant, vers ailleurs, je perçois toujours, le coeur vibrant, le rythme de rail d’un Runaway Train.
Et, prise aussi dans les rythmes séculiers, il ne passe pas un Noël sans que j’aie une pensée de flamme pour les anges rebelles, leur choix de la Terre, et les ailes de Jebraël.

Voix de FéesReste à saluer, une fois déroulé le fil d’eau de ces Contes, l’une des grandes surprises de cette réédition : l’inclusion d’une série de textes inédits, Voix de Fées — un ensemble de vignettes travaillées initialement en vue d’une diffusion radio, et donnant la parole à quelques représentants du monde de Féerie.
En créature élémentale, il ne m’aura pas fallu plus de deux-trois pages pour tomber sans retour sous le charme d’une chanteuse des océans, et d’un natif du feu.
Ah, la puissance d’une Voix…

Le Temps et l’eau filent. Ils ont ceci de semblable au sort des hommes qu’ils obéissent aux marées des ères, saisons et cycles.
C’est là une horloge fatale, dont rien ne saurait – croit-on – briser le tempo. L’eau et le temps donnent la mesure, filant, filant…
Et sur le fil de cette course, les Moires, maîtresses du Destin, se dressent, allouant à chacun son Sort : ses grandeurs et ses chutes, et l’impitoyable rétribution de ses démesures. C’est à elles, auquelles mêmes les dieux doivent se soumettre, que la mythologie accorde toujours le dernier mot.
C’est sous leur égide terrible que l’auteur expose ici les destinées des hommes, anges, fées et dieux, des élus et des damnés, des monstres et les saints, pris dans la nasse de ces fils tendus. D’Orient en Occident, de la Grèce antique aux autoroutes américaines, entre Fantasy mythique et Urbaine, et toujours sous le signe de l’eau.

Dans ce premier recueil, publié en 1999, LS, une des plumes les plus intuitives et poétiques de son temps, orchestre le ballet tendre et cruel des hommes contre leur fatalité, et pose les les bases d’une toile infinie qui deviendra, au travers des sept volumes suivants, l’univers protéiforme de ‘La Trame’.

La présente réédition est illustrée de planches inédites en couleurs de l’artiste Dorian Machecourt, et suivie de la série :
“Voix de Fées”
Suite inédite à ce jour de courts textes écrits en 2004 pour Radio France ; dans lesquels les membres du royaume fae, petits et grands, brownies, sirènes, changelings et djinns exposent, à la première personne, leurs aigres-douces biographies.

Fil d’Ariane

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Enig Marcheur

Marcheur je me nomme et je suis tout comme. Enig Marcheur. Je marche avec les nigm partout où elles me mènent et je marche avec elles main tenant sur ce papier de meum.

J’en vois qui essayent de fuir, par la porte du fond. Restez encore un peu.
Ceci, messieurs-dames, n’est pas du langage sms, se situe à des siècles de distance d’une simplification bêtifiante du langage. C’est la langue dans laquelle est écrit l’un des romans les plus saissants qu’il m’ait été donné de lire ces dernières années. Ce sont les mutations d’un monde futur que l’on vous offre d’assimiler au plus intime en apprivoisant le parlénigm. Restez encore un peu, car alors vous resterez totalement.

Certains se rappellent peut-être à quel point je fus saisie par le questionnement qui sert de fil au puissant documentaire Into Eternity ? Il s’agissait, pour résumer, d’imaginer, à propos d’un projet de centre d’enfouissement des déchets nucléaires, une manière compréhensible de s’adresser aux générations futures par-delà les millénaires, afin de les avertir de se tenir à l’écart du site. Il y a beaucoup de points d’interrogation dans ce documentaire.
Imaginez ma fascination en trouvant dans le roman de Russell Hoban une réponse possible – plus que possible, puissamment élaborée, et qui emporte d’autant plus le lecteur qu’elle respecte pleinement, et exploite avec brio, l’obscurité et la fragilité des matériaux travaillés, le langage et ses (dé)constructions, la légende et la science, la psyché.

Quelque 2500 années après qu’une apocalypse nucléaire a renvoyé l’Angleterre aux âges obscurs, Enig Marcheur a douze ans. Il sort de l’enfance, donc, dans cet univers où l’on vit derrière l’enceinte fortifiée de villages et où l’on meurt vite, cruellement parfois (comme en témoigne le terrible aspect qu’a pris la Mort dans les histoires de ce monde). Au-delà des palissades, il y a la forêt où rôdent des meutes de chiens retournés à l’état sauvage et à un savoir primordial, la nuit noire et la plaie lune des diseurs, la route qu’arpentent à leurs risques et périls les représentants du gouvernement. Et quels représentants ! des marionnettistes, parcourant le pays pour donner des représentations de l’histoire d’Eusa et d’Adom le Ptitome Bryllant – le mythe fondateur de cette civilisation qui s’est créé tout un folklore syncrétisant bribes de science nucléaire et fragments interprétés de la légende chrétienne. En vérité c’est passionnant : tout un monde obsédé par la perte de sa mémoire scientifique, à l’univers mental structuré par l’idée de division par la fission, devenue une sorte de péché originel, et dont la langue, le parlénigm donc, ayant subi en répercussion des catastrophes nucléaires ses propres mutations, se recompose à son tour à la recherche de sens. Sous nos yeux, qui ralentissent leur lecture pour épouser ces nouvelles structures, sous notre langue qui se prend au jeu et, la première, tire l’esprit au coeur de cet univers où tout est terre prêtation. Alors, sur les pas d’Enig amené par de malheureux événements à dépasser les barricades de son village pour faire expérience des Mystères et oeuvre de compréhension, on se met en marche, vers l’unité perdue, à travers les barrières de superstition et les forêts de symboles, sur une route initiatique qui tient de la merveille du prophète à l’écoute et de la cruauté crue de la farce.

Pétillement de la langue et élec citation de l’esprit : le voyage est extraordinaire, et les impressions qu’il laisse aussi durables qu’une contamination radioactive.

Le mond est plein de choses cas tendent de river. Vlà la viande vlà les zoss. On peut croar qu’on peut aller ici ou là à rien fer. A rien déclench. Cest impossib n’en pêche cest bsolu impossib. Tu te mets sur n’1porte quelle route et quelc chose se montre rat à toi. Voudra river. Tendra de river. On purait dire : « Je veux pas çavoir. »  Mais une fois que la chose sest montrée tu veux çavoir pardi. Tu peux plus ress dans la gnorance. Cest là et ça travaille dans toi. Tu pourras sayer de mettr dix stances antre toi et ça tu pourras just pas parsq tu le portes en toi. Ce cas tend de river est plus là où l’été à vant il est en toi. Ce vieux a chanté sa ptite chanson et il a mis ça en moi.

Le Fil d’Ariane

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Quand, perplexe devant une quatrième de couv’ plus occupée des lecteurs que de l’oeuvre, je demandai à mon dealer préféré des précisions sur ces Saisons qui lui tenaient à coeur, c’est de la force des images qu’il me parla, et de saleté.

Sale, comment ça, sale ? Maintenant je sais – sale comme le pus et la pisse, comme un grouillement de vers, comme la décomposition parallèle des corps et des âmes. Je n’aurais pas cru, avant le voyage en ces pages surprenantes, que le gel pût aussi bien cohabiter avec la gangrène. Face au titre, à la promesse des saisons, à l’image de pluies qui s’éternisent et d’un hiver aux confins de l’extrême, je m’attendais à trouver, taillée dans la rigueur du climat, une poésie – et m’étalai comme une innocente dans la pourriture. J’étais entrée dans la vallée avec la même grandiloquence naïve que Siméon pénétrant dans le village. Toute prête, donc, à accompagner dans son cheminement ce héros pathétique, cette âme errante promenant de par le monde les plaies de son passé et ses espoirs de guérison : trouver un coin de terre habitable, et là, trouver le salut dans l’écriture du roman qui dira son histoire de rescapé. A nous, citoyens du monde et descendants du terrible XXe siècle, nul besoin de livre achevé pour deviner quel type d’horreur il doit conjurer : un camp dans le désert brûlant, les cadavres traînés et entassés, la torture, la mort d’une soeur, les imprécations religieuses d’un homme en uniforme, et la peur viscérale, justement, de tous uniformes, ces allusions suffisent. Mais la vallée, ah la vallée… coupée du monde, les cols fermés et les rivières envolées, la vallée vit repliée sur ses propres misères comme une poche hors du temps – historique et climatique –, un terrain d’expérimentation pour dieux cruels, une zone de pourriture confinée, aux abords cautérisés par un hiver mordant. La pourriture, l’étroitesse de l’horizon et des esprits, l’homme, avec ce regard candide qu’il pose sur tout comme une transfiguration, y voit une pauvreté à enrichir de ses lumières, et dans le pus, la matière d’un processus cathartique.

 C’est donc là, aussi loin que possible du désert, que Siméon pose son havresac, déballe papier et crayons, promesses de rédemption. Partager avec tous « le pain de mots et le vin des phrases », dire la souffrance pour que pousse la beauté.
Là ainsi que, loin de tout, le voyageur, l’étranger, l’autre, sous le regard sans indulgence des gens du coin et en pleine promiscuité avec les habitudes grossières de ces locaux qui se déploient comme une grimaçante galerie de portraits, entamera en vérité son chemin de croix, pauvre figure christique portant ses blessures comme autant de stigmates. Car en fait de lumières, ce peuple bizarre n’en attend qu’une, celle qui chassera la pluie et les moisissures de leur quotidien – déformant l’aspirant écrivain en savant, lui faisant troquer la plume pour le pluviomètre, ce monument du village, récipiendaire des attentes de changement. Dans l’immobilisme de la saison hivernale, montent alors les rancunes, progresse la gangrène.
Jusqu’à ce que Siméon, qui voulait enrichir le monde et se retrouve acculé à une pure résistance à l’assimilation, saisisse l’appel d’air créé par le passage inattendu, surnaturel, de voyageurs, et y façonne la matière d’un nouvel espoir. A-t-il enfin trouvé la voie, celle qu’il voulait montrer par l’écriture ?

 Déroutant roman que ces Saisons qui nous laissent touché d’images à l’inverse de la grâce, embourbé dans une obscure vallée, d’une obscurité de décomposition et de subconscient, que l’on voudrait aussi loin de nous que possible, en laquelle on pressent cependant le terrain d’une parabole humaine autour de la noirceur des âmes et du salut par l’art, du rapport à l’autre aussi, qu’il soit l’étranger ou l’artiste. Déroutant, disais-je, et si prenant, aussi touchant que dégoûtant. L’écoeurement ressenti en explorant les lieux a fait remonter d’un coup, étrangement, mes souvenirs de lecture de La Terre, de Zola, où les paysans semblaient taillés de la même matière rugueuse et glauque – que j’avais eu du mal, alors, à digérer leurs caractères, la violence et la grossièreté montrées à l’excès, malgré la beauté lyrique des paysages ! Je retrouve ici la même résistance viscérale, mâtinée d’une fascination qui doit sans doute beaucoup au style de Maurice Pons et à la force indéniable, dantesque, du micro-univers évoqué, et dépassée surtout par une émotion, humaine, trop humaine, celle de graines d’espoir plantées en ce fumier où rien ne semble pousser hormis les sempiternelles lentilles, l’espoir comme un manifeste artistique vital, démenti toujours par les événements et les éléments, et persistant envers et contre tout. Jusqu’au bout, jusqu’à l’os.

Quand un monde est inhabitable, on le change, ou on en change. Adieu ! Il me reste une main pour écrire, un pied pour marcher. (…) Et je garde, excusez-moi, en dépit de tout, une espérance dont vous n’avez pas idée.

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Ils sont trois à parler à tour de rôle,  trois marginaux en bord de monde.

Il y a d’abord Giacomo, vieux clown blanc, dresseur de caniches rusés et compositeur de symphonies parfumées. Il court, aussi vite qu’il le peut, sur ses jambes usées pour échapper à son grand diable noir, le Sort, fauteur de troubles, de morts et de mélancolie.

Il y a la femme grise sans nom, de celles qu’on ne remarque jamais, remisée dans son appartement vide. Elle parle en ligne et en carrés, et récite des tables de multiplications en comptant les fissures au plafond pour éloigner l’angoisse.

Et puis il y a le môme, l’enfant sauvage qui s’élève seul, sur un coin de terrain vague abandonné aux ordures. Le môme lutte et survit. Il reste debout. Il apprendra les couleurs et la peinture avant les mots, pour dire ce qu’il voit du monde.

Seuls, ces trois-là n’avancent plus. Ils tournent en rond dans leur souffrance, clos à eux-mêmes. Comment vivre ? En poussant les parois de notre cachot, en créant, en peignant, en écrivant, en élargissant chaque jour notre chemin intérieur, en le semant d’odeurs, de formes, de mots.  Et, finalement, en acceptant la rencontre nécessaire avec l’autre, celui qui est de ma famille, celui qui, embarqué avec moi sur l’esquif ballotté par les vents, est mon frère.

On ne cueille pas les coquelicots, si on veut les garder vivants. On les regarde frémir avec ces vents, dispenser leur rouge de velours, s’ouvrir et se fermer comme des coeurs de soie. Giacomo, la femme grise, le môme, que d’autres ont voulu arracher à eux-mêmes, trouveront chacun dans les deux autres la terre riche, solide et lumineuse, qui leur donnera la force de continuer.

Cela faisait un moment que je valsais avec la possibilité de ce livre.
Attirée par le bleu déjà bien apprécié de cette collection « Merveilleux », et par le portrait esquissé en quatrième de couverture des trois personnages, des trois « marginaux en bord de monde ».
Inquiète, un peu, obscurément : la symphonie du cirque, la solitude et l’angoisse, l’enfance sauvage – j’avais peur des illusions faciles, du rose et du trop de sucre en prose, d’une magie pour spectateurs plus que d’une magie d’acteurs.

L’attente du soir, complétement. Et tomba le soir, le moment de plonger.

Au milieu du livre, pleurant sur les peintures du môme, je savais :
La magie est vraie, intérieure et partagée, comme la douleur. Façonnées toutes deux de tendresse empathe et de finesse psychologique.
Et c’est parée là de rouge et d’or que la poésie parle aux sens comme au coeur…

… égrène par les routes les souvenirs d’une enfance aux enchantements perpétués et partagés sur une piste de cirque, jusqu’à la vieillesse et l’ultime coup du Sort.
… traîne par les pages la chape d’une enfance blanche, absente.
… épouse par la synesthésie le sens d’une enfance poussée loin des mots et des conventions sociales, vécue en couleurs, chantée en peinture.

On peut lire L’attente du soir comme l’évidence touchante du salut par l’art, un récit de thérapie capable de faire résonner en écho toutes ces parts de nous qui vivent par les oeuvres qui les nourrissent, et leurs propres processus créatifs.
Ce livre, surtout, j’y vois la beauté d’enfances qui se regardent, s’apprivoisent et se ravivent les unes les autres autour du feu.

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Il s’est passé quelque chose en avril dernier. Une synchronicité, un tour de spirale, par-delà les océans.

En France, Gallmeister publie Refuge, de Terry Tempest Williams. Pour la première fois, cette grande auteure, naturaliste, écologiste, fait entendre en langue française sa voix, ses envolées, ses trilles d’oiseau. J’attendais ça depuis mon immersion émerveillée dans les méditations de Finding Beauty in a Broken World.
Refuge
, sans doute la plus célèbre de ses œuvres. C’est à peu près tout ce que j’en sais, sinon qu’il parle de nature et d’oiseaux, du Grand Lac Salé, de famille et de mort. Si je ne me suis pas jetée dessus comme une affamée avec des dents de trois pieds de long, c’est que je savais que ce serait rater l’entrée, rater l’esprit.

« We have forgotten the virtue of sitting, watching, observing. Nothing much happens. This is the way of nature. We breathe together. Simply this. For long periods of time, the meadow is still. We watch. We wait. We wonder. Our eyes find a resting place. And then, the slightest of breezes moves the grass. It can be heard as a whispered prayer.
Much of our world is a fabrication, a fiction, a manufactured and manipulated time-lapsed piece of filmmaking where a rose no longer unfolds but bursts. Speed is the buzz, the blur, the drug. Life out of focus becomes our way of seeing. We no longer expect clarity. The lenses of perception and perspective have been replaced by speed, motion. We don’t know how to stop. The information we value is retrieved, never internalized.
And what about knowledge gleaned through patience? What about a species who has survived through time by simply paying attention? »

Terry Tempest Williams, observant les chiens de prairie, apprenant, in Finding Beauty in a Broken World

Pas ralenti, donc, comme en nature, comme dans le sacré. Respiration recueillie, conscience du souffle, pour laisser vaste espace à la voix d’autrui.
La première phrase me prit comme une vague, par surprise. « Tout ce qui touche au Grand Lac Salé est excessif : la chaleur, le froid, le sel et l’eau saumâtre. » J’étais venue pour les noms d’oiseaux, pour les ailes et le ciel ; je reçois le miroir d’eau, absorbe le sel. Plus loin, il faudra encore accueillir le désert, les mirages.

 « C’est étrange, la façon dont le désert fait de nous des croyants. Je pense qu’il est important de marcher dans un paysage où les mirages existent, parce qu’on y apprend l’humilité. Je pense qu’il est important de vivre dans un pays où l’eau est rare, parce que la vie y est concentrée. Et je pense qu’il est important de conserver les os comme testament pour les esprits qui ont poursuivi leur chemin. »

 « Je veux voir cette mer intérieure comme une représentation de la Femme – de moi-même – dans son refus de se laisser domestiquer. L’Utah peut bien essayer de l’endiguer, dévier le cours de ses eaux, entrecouper ses rives de routes, cela ne changera rien au bout du compte. Elle nous survivra. En elle, je reconnais la nature sauvage, brute et indépendante. Elle me dépouille de tout stratagème, de tout conditionnement, et elle me déclare : « Je ne suis pas ce que tu vois. Interroge-moi. Tiens-t’en à tes propres impressions. » »

Deux mouvements dans le livre :
Le cancer de la mère, qui progresse. L’avancée de la mort, dans une famille de mormons aux frappantes figures féminines.
Les eaux du Grand Lac, qui débordent. La montée de l’inondation, jusqu’à emporter le précieux Refuge des oiseaux migrateurs.

Deux pertes.
Et l’esprit qui vole de l’un à l’autre, cherche le lien, cherche le sens, cherche l’espoir. Remonte les souvenirs, suit le tracé des oiseaux, entrelace l’ensemble dans sa toile de méditation. Portraits de famille et d’écosystème. Douleur et beauté embrassées. Excessif, épuré. Intensité.
Je crois que jamais récit de maladie ne m’avait si authentiquement touchée. Je sais que nombre de paroles et pensées de Terry Tempest Williams vont continuer de pousser dans mon propre paysage intérieur, comme pour Finding Beauty in a Broken World. Le rapport au lac et à la nature, la conscience de sa place dans le monde à travers un paysage et dans les relations d’un clan de femmes… le superbe épilogue, inscrivant la perte dans un contexte bien temporel, et y puisant l’impulsion d’un combat contre les essais nucléaires et surtout pour la vie, faisant le lien de la fille en deuil à l’activiste pour l’environnement…

… et puis, comme promis, plus beaux encore que je les avais espérés : les oiseaux.

 « Je prie les oiseaux parce que je crois qu’ils porteront les messages de mon cœur vers les cieux. Je prie les oiseaux parce que je crois en leur existence, en la façon dont leurs chants commencent et finissent la journée-invoquant et bénissant la Terre. Je prie les oiseaux parce qu’ils me font penser à ce que j’aime et non à ce que je redoute. Et à la fin de mes prières, ils m’enseignent comment écouter. »

*

« Once upon a time, when women were birds, there was the simple understanding that to sing at dawn and to sing at dusk was to heal the world through joy. The birds still remember what we have forgotten, that the world is meant to be celebrated. »

Refuge est initialement paru en 1991.
En avril 2012, pointe un nouvel ouvrage, When Women Were Birds, série de trilles pensives qui semblent réverbération du premier.
Les hasards des publications et caprices des traductions ont fait qu’il m’a été donné de découvrir ces deux oeuvres à la suite directe l’une de l’autre, et ce fut là grande émotion, l’impression de voir un pont immatériel déployer sa délicate architecture à travers les décennies. Dans ma vision, le pivot de ce pont restera la Jetée en spiralecette oeuvre de land art que de longue date je rêve d’arpenter : évoquée comme une possibilité, une promesse restant à vivre, et une image ultime, dans les dernières pages de Refuge à l’occasion d’une note-anniversaire pour les 10 ans du livre, en 2001 ; explorée et vécue au terme des cinquante-quatre variations de When Women Were Birds.


Cinquante-quatre variations, une par année pour l’auteure – pour sa mère aussi, qui n’alla pas plus loin. A sa mort, Diane Dixon Tempest légua à sa fille l’ensemble de ses carnets intimes – un par année, aussi. Terry Tempest Williams en les ouvrant les trouvera tous vierges. Elle interroge ces pages blanches, les écoute, les emplit, les parcourt, en honore le silence par une série de méditations sur le thème de la voix – sa voix, celle de sa mère, celle des femmes cherchant voie et place en ce monde. Elle évoque ses zozotements d’enfants et la guérison par la poésie, la peur de parler vaincue, les yeux levés sur le ciel et la parole comme une aile, les combats pour poser sa voix de militante des droits de la nature…

Tant d’échos, côté lectrice… Bien sûr, je n’ai pu m’accorder à chacune des cinquante-quatre variations – les troubles d’une jeune mariée face à la parole sacrée me sont mystère et porte jamais passée, même si je fais de mon mieux pour écouter –, mais il y a dans l’espace de ces pensées quelque chose, émotion et sincérité, qui appelle la réponse, le partage d’expériences, le dialogue des voix et les silences familiers. Dans les interstices des variations, je me suis prise à invoquer le souvenir de mes vieux carnets, du premier que m’offrit ma mère, le précieux, des poèmes parentaux qui m’interpellaient tant, petite… Pour moi qui me sens toujours en oscillation du silence profond à la puissance de vague de la voix, il y a dans ce petit ouvrage à la blancheur de plume une résonance essentielle, et une invitation à l’exploration, à la compréhension – à l’attention, à soi comme aux bruissements du monde, et à la célébration. Une promesse d’harmonie, hopefully.

« I take a deep breath and sidestep my fear and begin speaking from the place where beauty and bravery meet—within the chamber of a quivering heart. »

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On les appelle Nameless, Hypérion, Telpérion, Windigo, Adventure, Paradox, le Stratosphere Giant, le Tall Tree, Gaia, Atlas, Kronos, Rhéa & Zeus, Hélios, Icare, le Lost Monarch, El Viejo Del Norte, Ilúvatar, Elwing, Eärendil…
Ils doivent leurs noms à la poignée de fourmis humaines qui, ces dernières décennies, a appris à grimper vers le ciel à travers la canopée, et a découvert tout un univers restant à explorer. Preston compare leur mouvement à celui impulsé par Cousteau vers les fonds sous-marins – et certes, je retrouve là, intacts, mes émerveillements de gamine collectionnant les bd des aventures à bord de la Calypso. La fascination pour ces formes de vie, lichens, arbres bonsaï, plancton, trouvant à subsister dans les airs, plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Et le frisson sur les traces de ces explorateurs – fourmis disais-je, mais l’image s’impose plutôt d’araignées, reliées à la vie par un seul fil de corde, rattachées à ces ancêtres géants qui sans y penser pourraient les écraser d’une branche cassée.
C’est leur histoire que raconte ce livre (tout comme l’article qui en initia l’écriture). L’histoire de gens qui se sont sentis tirés vers le ciel, pas n’importe quel ciel, celui que l’on contemple de la cime des plus grands arbres au monde. Tirés ainsi, sans pouvoir toujours l’expliquer, sans pouvoir, parfois, préserver leurs vies personnelles des conséquences de cette tension quasi obsessionnelle. On s’étonne un peu, pour le coup, de la part considérable des biographies et de l’intrusion de la vie privée, des histoires de recherche de jobs, d’enfance ou de divorce (d’autant que, bon, le style en ces passages n’est vraiment pas à son apex) – et puis, l’on comprend, tout de même, qu’il s’agit, justement, de comprendre, comprendre ce qui pousse deux étudiants à risquer sans préméditation leur peau pour grimper un grand arbre qui croisa leur route, comprendre ce qui alimente les rêves d’un type qui dans son sommeil se voit de manière récurrente découvrir le plus grand arbre sur terre, comprendre le parcours d’un couple qui célèbre son mariage dans les hauteurs d’un séquoia, tressant des lichens sur le tissu du voile nuptial. On comprend – et on comprend, en même temps, combien ces choses humaines sont relatives, depuis la dimension des titans naturels. Les arbres sauvages, ceux que l’on dit wild, sont des arbres qu’aucun humain jamais n’a grimpé ; les héros de Preston passent leur temps libre dans les forêts californiennes, loin des monuments végétaux appréciés des touristes, à la recherche de spécimens spectaculaires à découvrir, passant par des endroits ignorés, vierges de présence humaine depuis des décennies, des centuries, peut-être plus encore. Espaces de nature primaire, espaces primordiaux, à l’emplacement gardé jalousement secret, à des fins de préservation. Dans les dernières pages de l’ouvrage, les héros arpentent une dernière fois le monde vertical de l’Atlas Grove, dont Steve Sillett (l’un de ces héros, botaniste réputé) initia une étude approfondie, pour en retirer toutes traces de passage humain, toutes les installations de grimpeurs, tous les appareils de mesure et de signalisations scientifiques ; les ancêtres sont laissés libres de retourner à l’état sauvage, nous dit-on – mais l’on se prend à penser qu’ils ne l’ont jamais quitté. Il faut à l’homme rien moins qu’une armada d’armes tranchantes et de machines bruyantes pour affecter la présence du sequoia, et c’est alors le crève-cœur. Crève-cœur, l’histoire de ces forêts rasées à 90% par l’industrie du bois, qui même accéléra le massacre alors que les États préparaient un plan de sauvetage par la création de parcs nationaux. Crève-cœur, la pensée de la patiente vie des lichens dans la canopée, la mémoire des disparus qui mettront plusieurs centaines d’années à se reconstituer.
Émerveillement, pourtant, les manifestations de la résilience du séquoia, le bien nommé sempervirens – ces arbres sont une leçon de vie, et un chant de poésie, vrai de vrai. Émerveillement, la mention des fairy rings, des cercles de fées, des rondes de redwoods poussés autour de la souche d’un géant tombé qui aura trouvé en une ultime poussée de vie à se cloner. La ci-devant amoureuse du folklore entend pousser, en même temps que les greffes résistantes, les histoires et les mythes. Souvenir d’un rêve lointain jadis transcrit sur le papier : On dit qu’au cœur de la forêt tournoie un cercle. Ou que le monde tourne en dansant autour de ce centre suspendu dans sa propre éternité. D’aucuns le disent arbre pivot, tout en tours lents et transcendances. D’autres le décrivent ronde de végétaux, au ras du sol, au plus près de la terre. J’avais dû croiser un séquoia, cette nuit-là, je ne vois que cela. Et de fait, à la lecture des Wild Trees, j’émergeai de mes songe avec une sensation persistente d’écorce et de cercles, mmmh…
Cercles de fées, cercles de vies, cercles d’écorce, cercles de bras qui ne suffisent pas à en faire le tour, ronde d’instruments venus les relayer pour approcher la mesure de l’éternité, boucles bouclées, d’immatérielles fascinations aux techniques d’ascension… Et le plaisir de retrouver, en chemin, en ce cercle, le Radeau des Cimes de Francis Hallé, l’œuvre de Trees for Life en la forêt calédonienne, aux pins explorés par Preston le temps de vacances.

 Je ne crois pas qu’il faille conclure. Je pourrais reprendre ces Wild Trees tels qu’évoqués par Preston, toutes les pages écornées, tous les passages offrant un aperçu et un bout de compréhension de ce formidable écosystème que peut être, à lui tout seul, un séquoia géant. Je pourrais écumer le net à la recherche de faits pour appuyer cette sensation, de foisonnement de vie et d’histoires, et de mouvement puissant. Je voudrais pouvoir glisser le croquis du tronc d’Ilúvatar, dont la beauté n’a rien à envier à la splendeur architecturale d’une tour de Minas Tirith. Mais ce sont là agitation de fourmi. Pendant ce temps, libres toujours et encore sauvages, les arbres poussent, et parlent à hauteur de ciel un murmure qui ne s’entend qu’à condition de renoncer à l’hyperactivité, pour mieux se brancher à des fréquences d’éternité.
They whisper…

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