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Archive for the ‘A l’horizon’ Category

Parmi les trésors qu’abrite mon bestiaire ma bibliothèque, il est un oiseau rare, habitué des fournaises poétiques, empenné de plumes précieuses, Passeur de récits qui se disent, à juste titre, tissés de beauté et d’étrangeté : le Clockwork Phoenix.

Tales of beauty and strangeness : telle est la promesse de cette série d’anthologies lancée en 2008 par Mike Allen.
Tel est son blason, puisque cette promesse fut, de mon point de vue et en l’espace de trois volumes, tenue au-delà de toute attente. (suite…)

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Winter is coming…
– et avec lui, comme une envie de suivre le vol des mots comme autant de feuilles glissées des arbres. Comme une envie de saveurs d’automne & de ciselures de givre…

Alors, suivant les rythmes annuels et cycles rituels, un petit tapis de page…

L’an dernier, le vent m’avait poussée dans les bras opiacés de Jean Lorrain, endormie engourdie par les voix de Collection d’Arnell-Andréa…
Cette année, le nouvel opus des Fragments de la Nuit me porte dans le passage au temps des plus longues nuits, apaise la frénésie des journées de course au son d’appels méditatifs telle la « Cyrius B » beautiful track —

— et pile à temps, le très irrésistible Goblin Fruit webzine dépose sur la table son panier de fruits poétiques d’automnale saison.
Come, oh come bite, on chérit tant là-bas la morsure des mots, c’en est un délice.
Come taste, entre autres goblined fruits, le goût des pépins de grenade ;
come taste the red, come feel the darkness –

the ‘argosy of moths’
raven feathers, their lives and leaves
dead loves and haunted girls

Just follow the red thread, and come through the door…

***

Et au passage, un mot sur une oeuvre que je souhaitais évoquer depuis un bout de temps déjà, sans trouver le moment pour – en voilà l’occasion, pour ce rayon de soleil et de miel littéraire qui colora de nuances dorées, en belle synesthésie, un plein mois de février.
Petit volume poétique publié par Papaveria Press, trésor rédigé par l’une des éditrices (justement) de Goblin Fruit, Amal El-Mohtar, The Honey Month est le journal d’une expérience de gourmet inspiré : pendant un mois entier la poétesse goûta chaque jour d’un nouveau miel, de ces nectars dont les noms mêmes sont déjà une invitation à l’imagination – fireweed honey, leatherwood honey, hungarian forest honey – , en décrivit les sensations évoquées, et les transposa en histoires, contes et poèmes.

28 days there are in the month of February, a cold month in our part of the world, a month in which the summer seems an endless dream one had once, long ago. We should not be tricked by the frost, for it was during the dreaming month of February that Amal El-Mohtar composed The Honey Month, a book that tastes and smells of sun. Each day she uncapped a vial of honey, letting the brew inspire the words that became this book. Amal offers us much more than poetry and prose, however. Her words wrap around us like spiderwebs, gently pulling us into the web she weaves, where honey girls tempt and tease us, where things lost return and sorrow paints the leaves. This is a colourful book, but it is by no means a frivolous one. Remember, not all honey is sweet.

Le résultat en est – forcément – savoureux, un plaisir rare.
Mais je ne saurais mieux le dire que le poète et anthologiste Mike Allen, en quatrième de couverture : 

Amal El-Mohtar’s fascinating experiment in literary synesthesia takes the scents, tastes and textures from a gift of assorted honeys and transmutes them through artistic inspiration into a wordsmith’s cycle of fey mischief. These bewitching poems and stories, always sensuous, sometimes sad, unwind a fevered world of magic and longing and young women who chance the uncanny and gain wisdom beyond their years.

Come taste, come taste. Même à moi qui ne suis guère amatrice de ce nectar-là, le goût des mots et la saveur des images fit savourer le miel en bouche…


***

Envie de ciselures de givre, disais-je –
et comment enfin résister à ces lignes, leur finesse, lecture faite un de ces matins d’aube où l’on redécouvre la pureté des premiers froids, le moment parfait :

« Elle est née du givre, hier, sur ma fenêtre.
Les cristaux se déployaient sur les vitres. Méthodiquement, dehors comme dedans. Une couche de lichen blanc qui rampait des bords vers le centre. Elle filtrait une lumière laiteuse. Cassante, même – j’aurais cru pouvoir en détacher des fragments. Une lumière âpre et glaciale qui me hérissait le duvet sur les bras.
J’avais enfoui mon corps sous des couches de laine, mais il frissonnait toujours. Pousser le chauffage ne servait à rien. Le froid gagnait tout l’appartement. Il s’infiltrait jusque dans mes os.
Et puis son visage, sur l’une des vitres… Le motif a mis des heures à se préciser. Le givre progressait par arabesques, trop régulières pour laisser place au hasard. J’ai soufflé pour les faire fondre, mais elles m’ont ignorée. Une silhouette s’affirmait autour d’un visage encore vide – un visage creux à travers lequel la rue se devinait encore. La lumière y sculptait des reliefs. Je ne savais pas que le givre possédait tant de nuances de blanc et d’argent.
Puis le visage s’est détaillé, et la rue a disparu. Il était en relief, cette fois : une sculpture sur glace plutôt qu’un simple tableau de givre. Comme si ses traits naissaient de la vitre elle-même. Très fins, translucides et précis. Des filaments d’argent à la place des cheveux. Une lueur glaciale dans le regard.
Et elle me ressemblait. »
Telles sont les premières, parfaites lignes de la nouvelle « Née du givre », by Mélanie Fazi – mises en ligne sur le site des éditions La Volte, sur la page de l’antho dans laquelle elle paraîtra fin octobre : Le Jardin schizologique
(come see ?)
*** ** ***

L’hiver arrive, et ça se savoure…

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Be careful what you wish for.
– C’est une de ces sagesses que l’on entend parfois dans les contes, ceux-là mêmes qui nous disent pourtant que nos rêves sont à notre portée, à portée de voix, pourvu que l’on trouve la bonne formule pour les exprimer, au bout du chemin pourvu que l’on trouve la bonne voie à parcourir.
Alors quoi ? On ne va tout de même pas… se méfier de ses rêves – les manipuler avec des prudences de juristes ?
Non. On ne va pas, on ne veut pas.

Ah, mais du souhait exaucé au rêve réalisé, il y a toute la distance d’un horizon.
Il y a tout le parcours d’une vie…

Cela fait un moment déjà que les auteurs s’intéressent à ce qui se passe derrière les mariages et autres happy endings, derrière le rideau retombé des contes traditionnels – à ce temps que l’on englobe dans le ‘happily ever after’ comme on roulerait un corps dans le tapis pour mieux le bouger là où ça ne gênera pas.
Qu’est-ce qui se passe, une fois que la fée a agité sa baguette, une fois que la magie du conte est retombée dans la poussière du monde réel ?

Illustration tirée de "Fables, 1: Legends in Exile", par Willingham & Medina

Illustration tirée de "Fables, 1: Legends in Exile", par Willingham & Medina

« Personne ne l’a vraiment dit », une nouvelle de Lionel Davoust, évoque le sujet sur un ton, sous un regard qui me touchent beaucoup.
Le conte est court, aussi ne vous dirai-je rien du personnage évoqué, ni de la réponse, toute en nuances riches comme la vie et vibrations de corde sensible, que donne l’auteur à coeur ouvert.
Je ne vous dirai rien du récit, puisqu’il vient d’être mis en ligne au format PDF, offert à la lecture sur le site des éditions Rivière Blanche.

Je dirai juste qu’il m’avait serré le coeur lorsque je l’avais découvert lors de sa première publication dans la revue Ténèbres 2007, et qu’en le relisant aujourd’hui je lui trouve toujours une force poignante, la logique douloureuse d’une existence, à cette histoire que personne n’avait jamais dite avant cela, et dont beaucoup sans doute en reconnaîtront des bouts, quelques fils qui semblent échappés de leur propre vie, arrachés de leurs propres rêves.

Je vous dirai juste d’aller lire le conte, et s’il vous a touché, de considérer le recueil à paraître auquel il sera incorporé : L’Importance de ton Regard, à paraître sous peu chez Rivière Blanche. Vous ne devriez pas être déçus, au vu du sommaire – entre les promesses qu’il recèle, et la certitude de quelques textes déjà parus ailleurs, trouvés pour ma part très chouettes, voire carrément puissants (vous savez, ce blast, ce truc rare et précieux qui fait qu’une nouvelle découverte au fil d’une anthologie vous file à elle seule l’envie de suivre avec curiosité et en toute confiance les publications d’un auteur…)
Ceux qui ont pu lire « L’Île Close », « Bataille pour un Souvenir », ou encore « Regarde vers l’Ouest » (toutes rassemblées dans le recueil) verront sans doute de quoi je parle !…

Présentation de l’éditeur :

Le monde est une illusion fragile, ami lecteur. Ferme les yeux et il n’en reste rien. Seule compte L’IMPORTANCE DE TON REGARD.

Des marins condamnés à s’entretuer dans des glaces éternelles ; des jeunes qui tunent leur corps comme une voiture ; une population absorbée dans un jeu en ligne tentaculaire ; des guerriers qui atteignent la pureté en brûlant leurs souvenirs ; Arthur, Guenièvre et Merlin en pleine crise d’identité…

Dix-sept nouvelles et un court roman entre humour féroce et désespoir, entre absurde et optimisme — dix-huit contes modernes, dont huit inédits, où la folie le dispute à l’illumination. Quatre nominations à des prix majeurs dont « L’Île close », lauréate du Prix Imaginales 2009 et traduite aux États-Unis.

« Étant donné la qualité des textes de Lionel Davoust, il nous faut remarquer qu’il a de la chance d’être encore en vie. » – Bruce Holland Rogers

Le Fil d’Ariane

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Oxymore, en l’an 2003 : avec ses Récits des Coins d’Ombre, Claude Mamier offre aux lecteurs de son premier recueil une splendide invitation au voyage en zones sombres, des mondes aux frontières floues, aux visions surprenantes, à travers lesquels nous guide sa voix inspirée. Avant de tirer sa révérence et se lancer lui-même sur les routes de la terre, pour un tour du monde en 1000 jours et 1001 nuits – nous laissant, en ultime image d’ombre ou comme en promesse, celle « du stylo courant sur le papier, quelque part sur cette planète ».

Malpertuis, année 2008 : le conteur errant a parcouru le monde, le stylo fidèle a  bel et bien couru et noirci le papier, et dans son ombre sont nés les Contes du Vagabond, un ensemble de récits superbe par ses ambiances tissées d’exotisme et d’étrangeté, un très bel hommage au conte comme au monde, que j’avais à l’époque déjà évoqué ici même.

Glyphe, septembre de cette année 2009 : un nouveau recueil voit le jour, en écho avec le précédent dont on retrouve semble-t-il certains personnages, et toujours donc dans le sillage de Claudio le Vagabond (accompagné de son complice Philippe Dulauroy, lequel signe le carnet de photographies inclus dans l’ouvrage). Ce sera pour moi grand plaisir que de pouvoir reprendre la route sur ses pas, vers ce Bar de Partout qui sera tout aussi bien ouvert aux néophytes, puisque le recueil, composé de nouvelles inédites, pourra se découvrir indépendamment des précédentes oeuvres…

Présentation de l’éditeur :

Anton erre à travers la ville sans reconnaître Bratislava. Lorsqu’il trouve refuge au Bar de Partout, il y croise d’étranges clients, qui racontent des histoires tout aussi étranges :
Haruna, le guerrier Masaï,
Ahmed, le vieux Palestinien d’Hébron,
Jorge, fuyant sa favela de Rio de Janeiro,
Aline, la Française qui a juste bu un verre de trop,
Jasmine, de Katmandou, l’incarnation de la déesse Durga,
Juan, malaxant les feuilles de coca dans la jungle bolivienne,
Et bien d’autres encore…

Écrivain et traducteur, Claude Mamier est l’auteur de nombreuses nouvelles, dont plusieurs réunies dans son premier recueil, Récits des coins d’ombre (Oxymore). Il sait aussi se faire conteur sous le nom de Claudio le Vagabond, et sa propre histoire, pleine de tours et de détours, l’a entraîné dans un grand tour du monde à la recherche des contes et légendes traditionnels. Il en est revenu avec deux nouveaux ouvrages – Les Contes du Vagabond (Malpertuis) et Le Bar de Partout – et plus de 200 contes (www.1000jours1001nuits.net).

Annoncé pour septembre 2009, Le Bar de Partout peut d’ores et déjà se commander sur le site des éditions Glyphe, par ici.
Et dans l’intervalle, les esprits curieux seraient bien inspirés de tromper l’attente en allant fouiller sur le site consacré à ce magnifique projet des 1000 jours et 1001 nuits : entre les carnets de route, les photos et les contes rapportés, ils ne seront pas déçus du voyage ! C’est par là, donc :
http://www.1000jours1001nuits.net/

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Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : juin 2008
Couverture : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol et Isabelle Ballester
Autre édition : édition collector en format hardcover, augmentée d’une centaine de pages (parution le 31 juillet)

Quatrième de couverture

« Le visage des Cours est complexe. Sans « histoire écrite » et tissé de secrets, de rites, de complots. Un lacis d’obligations contraires, de nasses, de pièges. Où le mensonge est une arme, et le mystère un bouclier. Derrière son énigme, le Peuple de Féerie cache un coeur trouble, qu’il n’a cure de rendre intelligible. Au contraire. Ici, toujours, les routes servent davantage à perdre qu’à guider. C’est déjà, en soi, un défi que de décrypter nos voies. Mais le seul fait d’entreprendre ce que nous avons entrepris est, aussi, faire oeuvre interdite. Certains nous la reprocheront, même parmi ceux qui, comme nous, ont choisi la voie de Seuil. On ne prend pas le risque de dévoiler les enchantements de Tir-na-nOg ou de Dorcha sans en payer le prix. Mais au-delà de nos voiles, de nos ruses, de nos cruautés… nous devons enfin savoir, oui, comme le disait Elzeriad, « ce qu’il en est, au final, de notre monde ». La Féerie est un piège. Un piège, Morgana, y compris pour nous. A la fin, même cela, ou surtout cela, devra être renoncé, et dissous. » K.

Léa Silhol, cartographe émérite ès « envers du monde », accompagne l’écrivaine Elisabeth Massal dans le labyrinthe d’une bibliothèque d’ombres et de murmures ; pour déchiffrer au spectographe et au scalpel les carnets interdits de la « Trame ». Ce premier Vertige s’exerce à démêler, aux côtés du barde Kelis, les écheveaux des Cours de Vertigen, des jours d’Aana aux batailles pour Erin, de la chute de Tréaga aux pactes de Dorcha, jusqu’au bris des royaumes fae, et la venue des temps de Seuil, tels que relatés dans les romans La Sève et le Givre et La Glace et la Nuit.

Histoire de saison : Vous êtes là, vautré dans un coin d’ombre, à maudire l’été, le soleil, le réchauffement climatique et tous les abrutis qui en nient la gravité. Vous vous levez pour la Nuit, et pour elle seule. Vous pensez glace, vous rêvez fjords, et n’êtes que neige fondue.  Avec juste assez de force, peut-être, pour mordre le prochain qui vous parlera de « sea, sex and sun », ou des sélections de « livres pour la plage ». Et soudain, sur votre main pendant mollement : la morsure d’un flocon.
Avant l’Hiver est là, c’est Noël (mais sans le Père) en plein été, et ça va dérouiller (les esprits).

– Oui, bon, mais sérieusement, c’est quoi, ce bouquin ? il est bien, ou pas ?
Franchement… non. Avant l’Hiver n’est pas bien, Avant l’Hiver n’est pas bon, Avant l’Hiver n’est pas joli ni joliment écrit. Excellent, oui, beau, interpellant, déchirant, fracassant, sublime, et tous ces adjectifs qui font grincer les dents des tièdes. Nous ne sommes pas dans l’exercice de style poétique, ou la douce romance au merveilleux pays des fées – pas dans l’illusion Seelie, mais dans la magie Silhol, celle qui nous transporte au-delà du voile, en Féerie, et nous fait la grâce de ne rien épargner à ses personnages, ni aux lecteurs.

Alors c’est quoi, Avant l’Hiver ? C’est ‘juste’ un chef-d’oeuvre.
L’occasion rêvée (voire, celle que l’on n’osait espérer, même dans nos rêves les plus fous), pour les lecteurs de Léa Silhol comme pour les non-initiés, de découvrir ou mieux comprendre les arcanes et les enjeux de l’univers de Vertigen, créé dans La Sève et le Givre, dans La Glace et la Nuit, et nombre de nouvelles. Un pass VIP pour explorer les coulisses et zones d’ombre du Royaume féerique, avec rendez-vous pris avec des personnages gravement aimés (si je vous dis, au hasard comme ça : Angharad, Nicnevin, Finstern, Elzeriad, Herne, les Filann ?…) Le temps venu, comme le dit l’auteure, de « commencer vraiment à jouer », et d’entrer dans la cour des grands – dans les Cours des fées, pour le premier volume de cette folle entreprise qu’est la Bibliothèque des Vertiges. L’on y entre, de fait, au-delà de toute espérance, et sans espoir (ni désir) de retour.

Encore que… l’on serait sacrément tenté de s’attarder un moment sur le seuil, tant celui-ci est de toute beauté. Une couverture épurée aux teintes superbes, prélude aux magnifiques photographies de paysages  à travers lesquelles Mad Youri, Isabelle Ballester et Léa Silhol exploreront à l’intérieur, par des voies inédites, les mystères féeriques ; et sur la tranche, symbolique et souverain, l’emblème le plus fascinant dont on puisse rêver pour une collection. Dans la grande tradition des ouvrages publiés par cette auteure, l’éditeur et les artistes complices ont réalisé un travail graphique en profondeur – un régal pour les amateurs de beaux objets, et au-delà, pour ceux qui aiment trouver des correspondances entre une oeuvre littéraire et son incarnation matérielle.

Et passée la couverture… je peine à retranscrire toute la richesse, la beauté, la férocité de l’univers qui se déploie là-derrière. Il faudrait dire le premier vertige, né dès les préliminaires de la multiplicité des voix et des témoignages (un procédé employé de main de maître, et qui avait déjà fait tourner la tête des lecteurs de Fo/Vea) : de l’association de malfaiteurs d’écrivains en quête à la communauté de bardes, les frontières entre réalité et fiction se brouillent d’emblée. Quant aux règles littéraires, elles sont cassées net par Léa Silhol, qui aime faire éclater les codes et jouer avec leurs bris, refaçonnant comme elle l’entend – librement. Parler d’Avant l’Hiver, c’est parler de nouvelles (certes) ; et d’un roman en lambeaux (si) ; et d’actes théâtraux (aussi) ; de carnets et de pages arrachées, de poésie, de lettres et de chants…

Je pourrais ainsi évoquer l’incroyable structure de l’oeuvre, minutieuse et mystérieuse, parfait reflet de la complexité du monde de Vertigen, et vous lancer sur les traces du barde Kelis, chargé par les siens de compiler les témoignages pour coucher sur le papier l’histoire des Cours féeriques. Page après page,  d’exposés historiques en leçons de maths, en passant par de retors cours de sciences politiques, et par des lectures symboliques assorties de commentaires aussi instructifs que réjouissants, nous nous immergeons ainsi dans le « Jeu des Jeux » entre Lumière, Crépuscule et Ombre – cette fameuse danse des Clartés, parfois guerrière, toujours dangereuse, mettant en jeu un équilibre au bord du bris.
Les premiers pas de danse s’esquissent alors à la frontière, sur des routes glissantes : l’on y apprend à décliner les notions de justice et de cruauté dans le langage des fées, et celles de fascination et de folie dans les coeurs humains ; l’on y éprouve la température à laquelle le peuple d’Hiver aime savourer ses vengeances (Frost), l’on y frémit d’horreur en anticipant les conséquences inexorables d’un pari, forcés que nous sommes de suivre jusqu’au bout une course à la folie qui semble le reflet grimaçant des courses folles dans lesquelles nous sommes nous-mêmes aveuglément lancés (Over Dry Lands), l’on y découvre l’écrasante puissance des malédictions qui pèsent sur les fées exilées (A Moitié Malade des Ombres)… Un deuxième mouvement nous propulse au coeur du mécanisme des Cours, et dans le coeur des souverains – prenez note si vous n’êtes pas trop occupé à raccrocher votre mâchoire béante, le temps des révélations fracassantes est venu ! sur l’Histoire du Royaume et ses mythes (De l’Or dont on fait les Âges), sur les manoeuvres politiques et les intrigues amoureuses (Stone, texte ô combien beau et cruel), sur la nature et la structure des Clartés (Passing By, Leçon de Clartés). Rien que ça… La lumière baisse, le cliquetis rapide des rouages s’emboitant  ralentit, car le troisième mouvement, intense et vibrant, se danse en l’honneur de la Nuit, en l’honneur du seigneur Finstern donc (fascinant personnage déjà bien connu des lecteurs de Silhol, et que les non-initiés découvriront avec plaisir, et plus encore…) : au fil de trois récits infiniment précieux, on découvre à quel point ses faveurs, *toutes* ses faveurs, sont désirées également des dieux et des hommes, et combien elles sont dures à obtenir, et à conserver (A l’Image de la Nuit, La Faveur de la Nuit) ; et en le suivant dans la mêlée ardente des combats (Fragarach), l’on comprend pourquoi beaucoup seraient prêts à le suivre _partout_.

Trois temps, donc, et quand survient le quatrième on manque le pas, de surprise, d’émoi, et de peur et d’extase – car Léa Silhol frappe un grand coup, et le lecteur vacille sur ses jambes, ébloui par les visions sur lesquelles se lève cette aube nouvelle. Ne reste plus qu’à l’envoyer rouler au tapis, et c’est chose faite à la lecture de l’épilogue : promesses et menaces assenées de concert en une puissante vague d’émotions…
Une fois le choc encaissé, le souffle retrouvé, c’est avec bonheur et intérêt que l’on explore les annexes (pas accessoires) de l’oeuvre, dans lesquelles Léa Silhol elle-même nous ouvre ses carnets, et le lit de la Reine des Neiges… Une lecture du conte en profondeur, et à coeur ouvert.

Mais ce petit tour d’horizon n’est rien, ne suffit pas à faire ressentir le tourbillon émotionnel dans lequel Léa Silhol plonge ses lecteurs. Car passer la porte de cette Bibliothèque des Vertiges, c’est, en bloc et en vrac :  tomber dans les textes et les mots, les photos et les non-dits, comme on se noierait dans un des Fleuves de Dorcha / se faire l’ombre de Kelis, pour côtoyer Ombre, et s’aller blottir aux pieds de l’Obscur / sentir jouer les tensions, les résistances, les forces transgressives / vibrer de la « dialectique des désirs » / encaisser les chocs de la tectonique des Clartés / éprouver le poids des nefs que l’on tire / voir passer les cavaliers de Féerie sur des sentiers de traverse / tomber gravement amoureux / goûter aux humours féroces et aux humeurs terribles des fées / bondir sous les révélations, crier de frustration / voir en action la logique d’un monde, et ses twists / recevoir une leçon aussi magistrale qu’inoubliable / s’effondrer en larmes ou s’écrouler de rire / frémir d’horreur et d’extase / assembler les morceaux et partir en miettes / … / … / …

Un chef-d’oeuvre, on vous dit. Intense, subversif, extrême.
Indescriptible. Nécessaire.
… Lisez-le…

Ecoutez Kelis l’inlassable, l’acharné à comprendre.

« Je vis / donc je vais… »

Qu’il aille. Qu’ils aillent tous, et nous les suivrons, à travers les chants à venir et les Vertiges d’une bibliothèque en construction, vers la compréhension de leur monde, les bouleversements, et le questionnement en écho du nôtre – nous allons nous aussi. Nul doute que le pire nous attend, selon l’irrésistible promesse, toujours renouvelée et toujours tenue, de Léa Silhol. J’en souris déjà : et comme on dit en Dorcha, N’vey.

Rédigé en un chaud week-end de juillet, en terres de Mortalité, dans la Cour de l’immeuble, sur le Seuil de la porte, en guettant le Retour (dans nos boites aux lettres, dans nos faces) d’un Avant l’Hiver encore endurci et renforcé par son voyage en Ecosse.

Le Fil d’Ariane :

Cartographie :

Introduction, par Elisabeth Massal
Les Carnets de Kelis Ombrecoeur :
Prologue
Acte I, In This Twilight : dialectique des désirs – Frost (car s’en viennent les Mille Ans de Froid) – de la contemplation des hémisphères – Over Dry Lands (comment la Nef vint au Fou) – en miroir(s), en silence – A Moitié Malade des Ombres – [soupir]
Acte II, The Dance of Light, in the Theatre of Grayscales : boudoirs – De l’Or dont on fait les Âges (la Reine, en son privé) – alcôves – Stone (the Song of Herne) – fugue, en accord majeur – Passing By – cercles de fées, en rond, en rond – Leçon de Clartés – déviance des soustractions
Acte III, In the Shadows : 1, 2, 3, redditions – A l’Image de la Nuit -l’épingle – La Faveur de la Nuit – l’encre, le calame – Fragarach (the Answerer) – des sphinx, de leurs ailes
Acte IV, Dawn, Breaking : la quatrième route – A New Dawn
Epilogue : vin des rêveurs, vagues
Architectonique – Winter Park, par Léa Silhol : Imbedded with the Snow Queen

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Passing By

Nouvelle

Auteur : Léa Silhol
Première publication : in revue Khimaira n°9 (accompagné d’une interview de l’auteure, dans le cadre du dossier Fées), janvier-mars 2007
Nouvelle publication : très bientôt !

« Car ainsi sommes-nous, êtres de papier et d’étoffe, devant les coeurs de glace et les coeurs de nuits. Incorrigiblement épris, incertains, pleurant, amoureux des brûlures inendurables de leurs étreintes, et inféodés à leurs enchantements. »

Ces paroles, tirées des dernières pages du roman La Sève et le Givre, disent bien tout ce que représenta pour moi la découverte de l’univers féerique de Vertigen, créé par Léa Silhol, et de ses ô combien fascinants habitants. La séduction opéra immédiatement et définitivement, dès la première lecture du recueil La Tisseuse et de La Sève et le Givre, aux éditions de l’Oxymore. Comme beaucoup d’autres amoureux de Vertigen, j’ai attendu, en « chérissant la blessure » et en revenant sans cesse à ces récits féeriques, la parution d’un nouvel opus, Nigredo, qui eut lieu en avril 2007. Mais en janvier de cette même année, avant que les passages vers les Cours ne nous soient de nouveau accessibles, une Monarque d’Ombre traversa la frontière vers les terres de Mortalité – et ce fut la nouvelle « Passing By », publiée dans la revue Khimaira à l’occasion d’un dossier consacré aux Fées : L’espace d’une nuit, dans l’écrin protégé d’une bibliothèque, Nicnevin prend la parole devant une écrivaine pour lever le voile sur les cours et les coeurs de Féerie, et d’Ombre essentiellement.
J’ai beaucoup de mal à me mettre dans la peau de quelqu’un qui découvrirait Vertigen par ce texte ; ce serait sans doute, alors, l’occasion d’une initiation mystérieuse… Personnellement, c’est une nouvelle que j’apprécie énormément. Il s’en dégage une ambiance feutrée, faite de silence nocturne et de voix de poètes – et en même temps, une grande intensité (car les sujets évoqués appellent la passion), voire la tension et la conscience d’une menace proche qui résonne aussi presque comme une promesse. Complicité et danger, dialogue et duel, le calme apparent et l’intensité sous la surface : la Féerie, telle que révélée par l’une de ses plus fascinantes personnalités.
Car dans ce Royaume où les coeurs semblent indissociables des trois clartés de Lumière, de Crépuscule et d’Ombre qui régissent les cours féeriques, Nicnevin se détache comme celle qui est venue à la Clarté d’Ombre par choix. A la fois lucide et passionnée, elle est à mes yeux l’un des personnages qui perçoit le plus clairement la dialectique des Cours féeriques – et accepte d’en parler aux passeurs de frontière qui, comme elle, se trouvent aimantés vers un monde aussi étranger qu’intérieurement familier. Elle est celle qui se tint aux côtés d’une Angharad quelques temps perdue pour les siens et pour elle-même (La Sève et le Givre), celle que le barde Kelis nommera « le profil dévoilé des enchantements unseelie » (Nigredo). Ses paroles sont aussi intenses que clairvoyantes, et ses enseignements, autant qu’ils portent à la réflexion, ne manquent pas de faire vibrer les coeurs des lecteurs qui se sont laissés captiver par l’univers de Vertigen.
D’où la puissance de cette nouvelle qui ne semble faite que de paroles échangées, et représente tant de choses.

Un texte à lire absolument, donc, pour mieux comprendre les personnages et les mondes de Léa Silhol. Et pour ceux qui auraient manqué la sortie en magazine, qu’ils se rassurent : quelque chose d’énorme se prépare, pour pas plus tard que fin juin, et « Passing By » est de la partie (dans une version remaniée). Je laisse donc aux curieux le soin de découvrir la nouvelle collection lancée par les Moutons électriques, la Bibliothèque des Vertiges (HOLY SHIT, comme dirait Martlet ;)), ainsi que le premier ouvrage annoncé, Avant l’Hiver (par ici pour la version collector), « roman en lambeaux » qui intégrera donc, entre autres, la nouvelle « Passing By », et surtout beaucoup d’inédits… C’que j’ai hâte !
Plus d’infos également sur le site de l’éditeur.

Ah, dernière chose, puisqu’on parle de l’actualité : paru en 2007, « Passing By » est éligible pour le premier tour du prix Merlin, catégorie « Nouvelles » – entre autres oeuvres passionnantes. C’est un prix du public, aussi chacun peut voter par mail. N’hésitez donc pas à aller jeter un oeil sur la liste des oeuvres, et un bulletin de vote dans l’urne, pour les textes que vous aimez !

Le Fil d’Ariane :

• La page consacrée à « Passing By » sur le site de Léa Silhol
• Le blog de Christophe Duchet

Cartographie :

Le dossier de Khimaira consacré à Léa Silhol, et réalisé par Christophe Duchet, comprend donc :
• un article de Christophe Duchet, « Léa silhol, Les Contes de l’Enchantisseuse »
• une interview de l’auteure, également menée par Christophe Duchet : « Drôles de Trames »
• la nouvelle « Passing By »

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Action Invisible

Pour les Podencos, Galgos et autres Invisibles des refuges espagnols

Site de l'APNO

Association pour la Protection de la Nature au Pays des Olonnes

waytofaery

les enseignes qui vous montre le chemin du merveilleux !

Lionel Davoust

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TIRÉSIAS ADNUNTIATIO

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