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Printemps et Ashura

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Magnifique recueil, que j’ai longtemps quêté pour être tombée, au détour d’une lecture, sur une citation extraite de la préface, laquelle m’avait fait durable impression —

« Le phénomène appelé moi
est une lumière bleue
issue de l’hypothétique lampe
lampe organique que traversent flux et reflux du courant
lampe karmique qui jamais ne s’éteint
— un corps complexe, un composé de tous les spectres —
qui avec les paysages et chacun des êtres clignote sans cesse
c’est une lumière bleue
la lampe disparaît et la lumière persiste »

Entre ces pages d’un papier ivoire qui mériterait pour l’occasion d’être rebaptisé neige, la voix du poète japonais bouddhiste s’élevant sous la Voie Lactée.
Le Printemps pour les pensées entrelacées à la sève, pour le regard sur la nature. L’Ashura, pour ces démons intérieurs que le poète ne cèle pas, sinon à la sœur mourante dont il pleure le départ, dans la plus belle et la plus poignante partie du recueil. Le printemps, alors, et une image, qui ne me quittera plus, de neige fondue recueillie par un frère…

Hanami Sonata

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Dans l’œil du cyclone, un sakura.
… Voilà. S’il fallait décrire Hanami Sonata, c’est ainsi que je le ferais : la beauté poignante d’un sakura en floraison, dans l’œil du cyclone. Violente est la tempête tout autour, tandis que se jouent simultanément le sort d’une gamine coincée dans l’univers digital du Grid et le devenir des citoyens fays à travers deux pays, et que des êtres en quête d’unité primordiale se cherchent et s’éprouvent.
Mais au centre, au cœur, au plus précieux, il y a la merveille absolue de visions qui ne me quittent plus — la paix d’un lac au Japon où repose un grand trésor, la splendeur d’un cerisier à Frontier —, et la résonance unique de cœurs qui s’accordent dans la contemplation de la nature, y communient par-delà le fracas du monde. Pour sceller l’enchantement, il fallait rien de moins que la plume d’une grande amoureuse du peuple de sève japonais — et il fallait bien un si puissant enchantement, pour accomplir la symbiose entre ce dialogue intime et tendre avec la beauté et les éclats et échos torturés d’une histoire d’amour et d’exil.

Mais c’est aussi, Hanami Sonata : une tragédie ancienne, toujours plus douloureuse (ô combien) à chaque relecture, à présent que l’on sait les éclairs en puissance dans les cieux qui s’assombrissent. À une différence, essentielle : pas de chœur encombrant, ici, pour se lamenter dans l’impuissance, mais une empathie à l’œuvre, magnifique, dans la présence, le regard et l’action des compagnons du duo que forment le Maître de Kodo et la Maîtresse d’Échos.

Et encore : le récit d’une éclosion, d’un avènement à soi par la voie vers l’Autre et par la torture d’une cruelle décantation intérieure. Il y a là une dureté, une violence intérieure à l’œuvre qui n’est pas sans m’avoir rappelée ce que traversait Angharad au fil de La Sève et le Givre. Pour que, de la formidable créature féerique qu’était Nicnevin, Monarque d’Ombre et grande guerrière, émerge la Fay Crescent, il fallait un sacré choc tectonique. C’est à cette transformation interne, ce changement nécessaire, que l’on assiste là — en recevant au cœur la douleur de cette grande âme —, ainsi qu’à de nouvelles variations sur le thème du destin, des masques et des responsabilités que l’on porte.

Ah, et ceci : un carrefour, d’importance cruciale. Hanami Sonata n’est pas la bouture d’une novella publiée dans Sacra pour rien. Quel superbe espace de rencontre que les pages de ce roman ! Rencontre entre le Japon ancien, ses arts, ses valeurs si magnifiquement incarnées par Izôkage Hatsuyuki, et le monde moderne, entre des cultures en plein exercice d’apprivoisement (culture japonaise et culture occidentale, mais aussi culture féerique), entre des pans de l’univers de Léa Silhol (Vertigen, Frontier,  les enfants de Seppen, qui enfin se dévoilent plus longuement en nous accueillant dans l’ancienne demeure familiale, ainsi que des échos de l’ovni Fovéa) qui convergent soudain les uns vers les autres en une danse complexe et passionnante, à ne manquer sous aucun prétexte pour les fans de l’auteure. Et pour les autres, les chats curieux qui désireraient explorer l’œuvre, vous tenez là une sacrée, et sacrément belle, porte d’entrée !

Et sur ce, camarades lecteurs — je m’arrache à l’écran, et m’en vais sourire, devant l’étang, au souvenir précieux d’un lac, en savourant la paix qu’il invoque, et recueillant encore, et encore, du fond du cœur, la belle voix du Maître de Kodo, qu’il invoque tout autant. Et lorsqu’au détour du sentier je saluerai l’amandier, c’est aussi à la silhouette en surimpression d’un cerisier mythique que s’adressera mon salut silencieux, tandis que j’écouterai se déployer, dans la contemplation de ses branches en fleurs, la voix bouleversante de la Maîtresse des Échos.
J’étirerai dans la marche la résonance de ses paroles dans les dernières pages de l’œuvre.
Puis je rentrerai poursuivre ma lecture du Seppenko Monogatari — vers le choc frontal du bolide Gridlock Coda !

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1999 – Kyoto
Dans une demeure antique, nichée sous l’épaule des forêts d’Arashiyama, la mangaka Izôkage Fuyue est perdue dans la neige d’un écran, connectée à la matrice par ses cheveux // Près d’un saule, le parfumeur Hatsuyuki, son frère, révèle à cinq visiteurs venus d’occident le secret des tatouages de Kamen // Sous la pluie diluvienne du Grid, un hacker fay court, entre les lames des unités contre-mesures et les strates de Glace Noire // Sous l’aiguille et le sourire d’une ancienne, le destin de la prêtresse de Frontier prend vie comme une étincelle vouée à ne jamais craindre l’extinction, tandis que les couleurs descendent du ciel blanc sur l’aile des feuilles d’érables // Sur un store teinté de bleu nocturne, la silhouette d’un homme inscrit les stances du Bushido, en contrepoint des métaux d’un tableau oublié de Klimt /
… // …
1999-2013 – Seattle / Kyoto / New York / Tokyo…
Entre les Fays de Frontier et les Izôkage, de part et d’autre de l’océan, la trace de ce qui a été noué demeure, le long des fils coruscants de la matrice, de la brûlure des encres, du rouge du sang, du grand blanc des deuils, et de la chute incessante des pétales de cerisier.
Puisque la fraternité et l’amour sont, comme l’Hanami, une boucle qui n’a pas de fin.

How to be invisible

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Un recueil de lyrics de Kate Bush… need I say more?
Pour moi qui suis attachée à la musique des mots… il y a là une magie particulière à l’œuvre, à voir les paroles d’encre et de papier prendre leur envol, se transformer en ces autres paroles, celles que l’on dit ‘de chanson’, comme si la voix de Kate Bush venait les cueillir sur la page, pour les souffler dans l’air sur des rythmes et tonalités aimées.

Pourquoi un recueil de lyrics de Kate Bush ?
Parce que… c’est comme monter sur un bureau sur le vibrant appel d’un professeur Keating. Se rappeler soudain « that we must constantly look at things in a different way ». Regarder, et aller toucher la matière, les histoires, explorer les abysses et sens profonds de ce que l’on connaissait comme ressenti et extase spiralant vers l’éther.
Célébrer la belle alchimie du poétique et des lyrics. L’œuvre de Kate Bush s’y prête tellement… (s’y prête ?… s’y offre, sans réserve !)

What a lovely afternoon
On a cloud busting kind of day
We took our own Mystery Tour
And got completely lost somewhere up in the hills
And we came upon a beekeeper
And he said, ‘Did you know they can change it all?’

You want alchemy?
They turn the roses into gold
They turn the lilac into honey
They’re making love for the peaches

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Il fallait que le silence ici se brise sur cette chronique, cette relecture du recueil unissant Tracés de Feu (sous la peau) et Navigator.
Parce que c’est logique, et justice.

// Logique : il est des œuvres qui s’imposent en des étapes cruciales de la vie. Alors que j’émerge, le cœur encore vrillé et en vrac, d’une longue traversée du désert, et que je me replonge dans les entrées de mon carnet de route, entrées qui au fil des récentes années, tandis que je perdais pied à pied (mot à mot) le combat et coulais plus profond, se faisaient de plus en plus rares, la démarche à l’œuvre dans Tracés de Feu (sous la peau) me laisse aussi pensive (en mode ‘food for thought’) qu’admirative : il en faut, du courage, un courage sacré et superbe, pour retourner visiter ses écrits de jeunesse, renouer avec eux, à travers eux, le dialogue de là-bas à maintenant (the bridge from then to now, me murmure la voix du poète Saul Williams via un chant qui résonne aussi particulièrement fort, là).
// Justice : le problème des errances au désert, si inévitables qu’elles soient parfois… c’est qu’elles impliquent des absences au monde. Des failles, des défaillances. Aucun ‘j’ai piscine’ n’excuse à mes yeux, de moi-même à moi-même, certains silences, même si l’on est en train de se noyer au fond de la dite piscine. Ma chronique de Navigator a un an et demi de retard (et une forme sans doute très différente de ce qu’elle aurait pu être lors de la parution du livre, à l’été 2017). Mais elle se devait d’être la première à éclore ici, en ces temps de printemps précoce.
// Justice *et* logique, cet alliage imparable : dans la longue (jamais assez) liste des compas que cite Léa Silhol au terme (jamais fini) de son Navigator, il y a une flamme qu’elle ne peut évidemment mettre, et qui serait pourtant l’une des premières que, moi lectrice, je brandirais dans le brasier de mes affinités électives, des écrivains qui plus que tout me portent et m’inspirent : Léa Silhol elle-même. Cela s’est vérifié encore tout fraîchement, via sa dernière publication (dont on reparlera — mais ne m’attendez pas, jetez-vous sur Gridlock Coda !…), et dont la détonation d’énergie accompagna / contribua à provoquer le sentiment, intoxicant, de se découvrir toujours en vie.

Et ça, l’énergie, l’affirmation de vie, c’est l’un des thèmes qui traversent Tracés de Feu et son frangin Navigator (ah, la beauté des liens logiques !…)
Tracés de Feu (sous la Peau), c’est une auteure aguerrie qui se replonge dans un cycle de poèmes de jeunesse inspirés par une douloureuse et brûlante relation amoureuse, les publie, répond à ce reflet dans le miroir et à ses éclats coupants. Il y a les fulgurances initiales d’une personne explorant l’horizon dangereux de l’Autre, les alchimies élémentales luttant dans leur déclinaison entre la première et la deuxième personne du singulier, et la première personne du pluriel. Il y a des chants d’intransigeance, et des quêtes d’Unité, et un dialogue de dernier acte avec Corneille qui m’a touchée au cœur.
L’ultime partie de Tracés de Feu trace un trait brasillant vers Navigator, de l’artiste qui s’affirme en retraçant ses pas vers d’anciennes paroles conservées en cahier, vers l’humain qui brille comme un phare en célébrant les lueurs partagées par d’autres artistes. Qui, de nous autres lecteurs, n’a pas connu cette sensation fraternelle, tribale, née de la rencontre avec d’autres amoureux des mêmes plumes ? La voici, cette sensation, multipliée par l’infini. Exaltée par la voix de Léa Silhol célébrant les voix de celles et ceux dont elle ne pourrait se passer — et nous non plus. Célébrant, au final, la défaite de la mort, tant que les mots de ces artistes qui nous portent dans les tempêtes resteront en vie dans nos cœurs, et nous pousseront à rester vivants, debout sur le pont.

Chaque fois que je rouvre ce livre, des passages nouveaux me cueillent par surprise, à la façon d’un uppercut ou d’un éclat éblouissant, et la tentation me saisit de stopper le fil de la lecture le temps de griffonner une citation. Mais c’est outrage capital que de couper une voix de poète avant la résonance finale, alors je savoure et laisse filer, comme on accepte de n’avoir pu prendre en photo l’avènement d’une vague sublime, ou la lumière d’un lever de soleil, tant on était absorbé dans la beauté de l’instant. Et j’y reviens ensuite, et revis encore et encore, au vent, la synergie d’un vers venu oxygéner le cœur…
Si l’ouvrage n’était d’une aussi belle facture, avec son papier glacé et les splendides photographies qui dialoguent avec les différentes parties du recueil, il aurait subi le sort de maintes éditions poche / bon marché de mes poètes préférés (poètes dont j’ai retrouvé tant de noms célébrés dans Navigator — ah, Cixous, Sarton… ô Dickinson & Saint-John, et tant d’autres encore) : les pages scarifiées de marques de corne, et des traits au graphite dans la marge pour accompagner les paroles qui m’auraient frappée. Seulement voilà, parmi les forces à l’œuvre dans Navigator, il y a la tension vers le ciel, le feu solaire et les courants de l’océan… et il y a le talent des photographes Sadana Silhol et Mad Youri, qui ont su saisir en instantané l’alliance de ces puissances. Car oui, c’est tellement vrai, cela, “que l’éternité existe dans chaque instant / Pourvu que l’on ait la fureur de le fixer.”

Salve aux furies, à leur lumière unique. A ces flammes qui brûlent par elles-mêmes, pour elles-mêmes, et deviennent, par la grâce collatérale de la création, des flambeaux dans nos nuits, et des rouleaux qui nous portent à travers des pans de nos propres vies.

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“C’est la cadence, c’est le pas
Les nœuds que renouent les navires
Par leur rythme épuisé
Sur le flanc rond des mers
Le staccato moteur
& La voile qui gire
& Le délié des langues
Et les pleins noirs de l’encre
Que nous suivons des doigts Quitte à nous y tacher
Yeux fermés — Lèvres closes — Cœur alternatif”

Léa Silhol est romancière, nouvelliste et essayiste. Elle a tour à tour été qualifiée par la presse d’“onirique”, “élégiaque”, “shakespearienne”, et posée comme la plus grande styliste francophone des Littératures d’Imaginaire, et l’une des voix les plus poétiques de son temps. Sur la trentaine de volumes de poésie qu’elle a rédigés au fil du temps, les deux œuvres réunies dans cet opus sont les premières à être publiées. Après avoir chanté le prisme de l’élément liquide dans ses Contes de la Tisseuse, c’est sous l’égide de la mer seule, et des figures de ceux qui la bravent, qu’elle place cette ode double à la littérature — abordée par les chemins de traverses de l’inspiration qu’initie l’amour fou (Tracés de Feu), et ceux qui fusionnent lecteurs et auteurs (Navigator).

Traversées poétiques accompagnées des photographies en couleur de Mad Youri et Sadana Silhol

Avant l’Hiver

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Architectonique des Clartés

Roman en lambeaux

Auteur : Léa Silhol
Editeur : Nitchevo Factory
Collection : Résidence des Vertiges
Année : juillet 2018
Couverture : Dorian Machecourt

Quatrième de couverture

« Le visage des Cours est complexe. Sans « histoire écrite » et tissé de secrets, de rites, de complots. Un lacis d’obligations contraires, de nasses, de pièges. Où le mensonge est une arme, et le mystère un bouclier. Derrière son énigme, le Peuple de Féerie cache un coeur trouble, qu’il n’a cure de rendre intelligible. Au contraire. Ici, toujours, les routes servent davantage à perdre qu’à guider. C’est déjà, en soi, un défi que de décrypter nos voies. Mais le seul fait d’entreprendre ce que nous avons entrepris est, aussi, faire oeuvre interdite. Certains nous la reprocheront, même parmi ceux qui, comme nous, ont choisi la voie de Seuil. On ne prend pas le risque de dévoiler les enchantements de Tir-na-nOg ou de Dorcha sans en payer le prix. Mais au-delà de nos voiles, de nos ruses, de nos cruautés… nous devons enfin savoir, oui, comme le disait Elzeriad, « ce qu’il en est, au final, de notre monde ». La Féerie est un piège. Un piège, Morgana, y compris pour nous. A la fin, même cela, ou surtout cela, devra être renoncé, et dissous. » K.

Léa Silhol, cartographe émérite ès « envers du monde », accompagne l’écrivaine Elisabeth Massal dans le labyrinthe d’une bibliothèque d’ombres et de murmures ; pour déchiffrer au spectographe et au scalpel les carnets interdits de la « Trame ».
Ce premier Vertige s’exerce à démêler, aux côtés du barde Kelis, les écheveaux des Cours de Vertigen, des jours d’Aana aux batailles pour Erin, de la chute de Tréaga aux pactes de Dorcha, jusqu’au bris des royaumes fae, et la venue des temps de Seuil, tels que relatés dans les romans
La Sève et le Givre et La Glace et la Nuit.

Histoire de saison : Vous êtes là, vautré dans un coin d’ombre, à maudire l’été, le soleil, le réchauffement climatique et tous les abrutis qui en nient la gravité. Vous vous levez pour la Nuit, et pour elle seule. Vous pensez glace, vous rêvez fjords, et n’êtes que neige fondue.  Avec juste assez de force, peut-être, pour mordre le prochain qui vous parlera de « sea, sex and sun », ou des sélections de « livres pour la plage ». Et soudain, sur votre main pendant mollement : la morsure d’un flocon.
Avant l’Hiver est là, c’est Noël (mais sans le Père) en plein été, et ça va dérouiller (les esprits).

– Oui, bon, mais sérieusement, c’est quoi, ce bouquin ? il est bien, ou pas ?
Franchement… non. Avant l’Hiver n’est pas bien, Avant l’Hiver n’est pas bon, Avant l’Hiver n’est pas joli ni joliment écrit. Excellent, oui, beau, interpellant, déchirant, fracassant, sublime, et tous ces adjectifs qui font grincer les dents des tièdes. Nous ne sommes pas dans l’exercice de style poétique, ou la douce romance au merveilleux pays des fées – pas dans l’illusion Seelie, mais dans la magie Silhol, celle qui nous transporte au-delà du voile, en Féerie, et nous fait la grâce de ne rien épargner à ses personnages, ni aux lecteurs.

Alors c’est quoi, Avant l’Hiver ? C’est ‘juste’ un chef-d’oeuvre.
L’occasion rêvée (voire, celle que l’on n’osait espérer, même dans nos rêves les plus fous), pour les lecteurs de Léa Silhol comme pour les non-initiés, de découvrir ou mieux comprendre les arcanes et les enjeux de l’univers de Vertigen, créé dans La Sève et le Givre, dans La Glace et la Nuit, et nombre de nouvelles. Un pass VIP pour explorer les coulisses et zones d’ombre du Royaume féerique, avec rendez-vous pris avec des personnages gravement aimés (si je vous dis, au hasard comme ça : Angharad, Nicnevin, Finstern, Elzeriad, Herne, les Filann ?…) Le temps venu d’entrer plus avant dans la cour des grands – dans les Cours des fées. L’on y entre, de fait, au-delà de toute espérance, et sans espoir (ni désir) de retour.

Passée la superbe couverture de cette édition nouvelle… je peine à retranscrire toute la richesse, la beauté, la férocité de l’univers qui se déploie là-derrière. Il faudrait dire le premier vertige, né dès les préliminaires de la multiplicité des voix et des témoignages (un procédé employé de main de maître, et qui avait déjà fait tourner la tête des lecteurs de Fo/Vea) : de l’association de malfaiteurs d’écrivains en quête à la communauté de bardes, les frontières entre réalité et fiction se brouillent d’emblée. Quant aux règles littéraires, elles sont cassées net par Léa Silhol, qui aime faire éclater les codes et jouer avec leurs bris, refaçonnant comme elle l’entend – librement. Parler d’Avant l’Hiver, c’est parler de nouvelles (certes) ; et d’un roman en lambeaux (si) ; et d’actes théâtraux (aussi) ; de carnets et de pages arrachées, de poésie, de lettres et de chants…

Je pourrais ainsi évoquer la formidable structure de l’oeuvre, minutieuse et mystérieuse, parfait reflet de la complexité du monde de Vertigen, et vous lancer sur les traces du barde Kelis, chargé par les siens de compiler les témoignages pour coucher sur le papier l’histoire des Cours féeriques. Page après page,  d’exposés historiques en leçons de maths, en passant par de retors cours de sciences politiques, et par des lectures symboliques assorties de commentaires aussi instructifs que réjouissants, nous nous immergeons ainsi dans le « Jeu des Jeux » entre Lumière, Crépuscule et Ombre – cette fameuse danse des Clartés, parfois guerrière, toujours dangereuse, mettant en jeu un équilibre au bord du bris.
Les premiers pas de danse s’esquissent alors à la frontière, sur des routes glissantes : l’on y apprend à décliner les notions de justice et de cruauté dans le langage des fées, et celles de fascination et de folie dans les coeurs humains ; l’on y éprouve la température à laquelle le peuple d’Hiver aime savourer ses vengeances (Frost), l’on y frémit d’horreur en anticipant les conséquences inexorables d’un pari, forcés que nous sommes de suivre jusqu’au bout une course à la folie qui semble le reflet grimaçant des courses folles dans lesquelles nous sommes nous-mêmes aveuglément lancés (Over Dry Lands), l’on y découvre l’écrasante puissance des malédictions qui pèsent sur les fées exilées (A Moitié Malade des Ombres)… Un deuxième mouvement nous propulse au coeur du mécanisme des Cours, et dans le coeur des souverains – prenez note si vous n’êtes pas trop occupé à raccrocher votre mâchoire béante, le temps des révélations fracassantes est venu ! sur l’Histoire du Royaume et ses mythes (De l’Or dont on fait les Âges), sur les manoeuvres politiques et les intrigues amoureuses (Stone, texte ô combien beau et cruel), sur la nature et la structure des Clartés (Passing By, Leçon de Clartés). Rien que ça… La lumière baisse, le cliquetis rapide des rouages s’emboitant  ralentit, car le troisième mouvement, intense et vibrant, se danse en l’honneur de la Nuit, en l’honneur du seigneur Finstern donc (fascinant personnage déjà bien connu des lecteurs de Silhol, et que les non-initiés découvriront avec plaisir, et plus encore…) : au fil de trois récits infiniment précieux, on découvre à quel point ses faveurs, *toutes* ses faveurs, sont désirées également des dieux et des hommes, et combien elles sont dures à obtenir, et à conserver (A l’Image de la Nuit, La Faveur de la Nuit) ; et en le suivant dans la mêlée ardente des combats (Fragarach), l’on comprend pourquoi beaucoup seraient prêts à le suivre _partout_.

Trois temps, donc, et quand survient le quatrième on manque le pas, de surprise, d’émoi, et de peur et d’extase – car Léa Silhol frappe un grand coup, et le lecteur vacille sur ses jambes, ébloui par les visions sur lesquelles se lève cette aube nouvelle. Ne reste plus qu’à l’envoyer rouler au tapis, et c’est chose faite à la lecture de l’épilogue : promesses et menaces assenées de concert en une puissante vague d’émotions…

Mais ce petit tour d’horizon n’est rien, ne suffit pas à faire ressentir le tourbillon émotionnel dans lequel Léa Silhol plonge ses lecteurs. Car passer la porte de cette Bibliothèque des Vertiges, c’est, en bloc et en vrac :  tomber dans les textes et les mots, les indices et les non-dits, comme on se noierait dans un des Fleuves de Dorcha / se faire l’ombre de Kelis, pour côtoyer Ombre, et s’aller blottir aux pieds de l’Obscur / sentir jouer les tensions, les résistances, les forces transgressives / vibrer de la « dialectique des désirs » / encaisser les chocs de la tectonique des Clartés / éprouver le poids des nefs que l’on tire / voir passer les cavaliers de Féerie sur des sentiers de traverse / tomber gravement amoureux / goûter aux humours féroces et aux humeurs terribles des fées / bondir sous les révélations, crier de frustration / voir en action la logique d’un monde, et ses twists / recevoir une leçon aussi magistrale qu’inoubliable / s’effondrer en larmes ou s’écrouler de rire / frémir d’horreur et d’extase / assembler les morceaux et partir en miettes / … / … / …

Un chef-d’oeuvre, on vous dit. Intense, subversif, extrême.
Indescriptible. Nécessaire.
… Lisez-le…

Ecoutez Kelis l’inlassable, l’acharné à comprendre.

« Je vis / donc je vais… »

Qu’il aille. Qu’ils aillent tous, et nous les suivrons, à travers les chants à venir et les Vertiges d’une œuvre labyrinthique en construction, vers la compréhension de leur monde, les bouleversements, et le questionnement en écho du nôtre – nous allons nous aussi. Nul doute que le pire nous attend, selon l’irrésistible promesse, toujours renouvelée et toujours tenue, de Léa Silhol. J’en souris déjà, j’en frémis aussi (songeant à certaines sombres allusions à des pans encore voilés de l’histoire de Féerie) : et comme on dit en Dorcha, N’vey.

Rédigé en un chaud week-end d’été, en terres de Mortalité...

Le Fil d’Ariane :

Léa Silhol - 340 mps

Il n’échappera pas à ceux à ceux qui connaissent mes passions et embrasements littéraires que… je suis fan de Léa Silhol, et collectionneuse très assidue de ses créations.
Rien de surprenant, alors, que j’aie guetté la parution de son nouveau recueil, 340 mps, consacré à rien moins que l’Obsession, avec une fascination et des frétillements de vibrisse de chat curieux, alléché tant par le thème que par la bluffante photographie de Mad Youri choisie en couverture.
Et bien m’en a pris — si la curiosité est supposée tuer les chats, ma foi, avec ce livre, le feu en vaut la chandelle (grave !). J’en assume le risque, et le péché, en m’inclinant tant face à la beauté du livre  — maquetté et structuré de main de maître — que devant le cercle de personnages que leur créatrice, dans la belle introduction “Speed Of Sound”, appela des ‘misfits’.

Dont acte :
Un salut époustouflé (littéralement) au narrateur de “Wild”, dont la voix, en guise d’ouverture, vous prend à la gorge, envahit un plexus soudain vrillé de tensions, et embarque comme une vague, sans préavis, dans le plus crucial des trips. À peine le temps, pour les familiers de l’œuvre silholienne, de sourire au personnage reconnu, et on s’abandonne à ce courant fort, au flux tourbillonnant de mots & d’émotions à vif. Une plongée magistrale dans le recueil, sonnant aussi, pour la fan que je suis, comme un puissant welcome back (home).
Une révérence très appréciatrice à l’attention de ‘Lady Windermere’, l’héroïne de “Folding / Unfolding”, grande collectionneuse d’éventails et fan d’Oscar Wilde. À travers le récit qu’elle écrit pour sa fille, le thème de l’obsession nous invite à explorer (et embrasser ardemment) un monde qui accorde valeur et sens tant aux objets uniques qu’aux gestes rares ; où la faute de goût et le manquement à l’élégance ne pardonnent absolument pas ; où la justice et l’amour tracent leur propre voie, à l’écart de cette société qui condamna le grand Wilde et ses superbes redditions devant la tentation. Une très grande et délicieuse ‘leçon d’obsession à 25 shillings’. J’adore !
Un sourire de chat à l’attention d’Ayliss, membre de la fascinante famille Usher et résidente d’une non moins fascinante et fantastique demeure ancienne. Nouvelle déclinaison de l’obsession, la nouvelle rééditée “The Cat & the Choker” nous envoie, après la faim du collectionneur, faire l’expérience de l’attraction pour une ombre rémanente sur les portraits d’une galerie. On retrouve dans cette histoire d’une malédiction, et des gestes qui la portent à travers les âges, une élégance que n’aurait pas reniée Wilde…
Un autre sourire, bardé de dents pointues, vers Némésis, la narratrice déjà rencontrée lors de la parution initiale de “Sous l’Aiguille”. En sa compagnie, on avance encore d’un pas, d’un cran, d’un crime — dans ces espaces où tiédeur et inconstance constituent la véritable offense. Le cercle de l’Obsession gire, centré non plus autour d’un objet désiré mais d’un être, focalisé dans le point de contact entre l’aiguille d’un tatoueur pas comme les autres, et la peau d’une amante. Quand le manque et la vengeance trouvent, féroces, à s’incarner… marquant est le résultat.
Un ‘Salve !’ tout maladroit, retourné par l’intensité monstrueuse de la rencontre avec Elyah Anoukian, sa rage face à l’état du monde — et comment lui dire que cette rage fut une bouffée d’air dans un monde couramment irrespirable par défaut de sens et de compassion, d’implication ? —, son salutaire humour cioranesque, son regard de scalpel, son rapport à l’addiction, et à la musique (il n’est sans doute pas anodin que ce texte précisément figure au centre de 340 mps, cinquième des neuf nouvelles). Et la portée renversante de son choix ultime, quand il s’agit de “Traverser sous les roues des voituresDepuis des années, depuis la parution de Fovea, je n’avais cessé de revenir aux voix de ‘bubblegum butterflies’ qui s’agitaient dans cette œuvre, comme un papillon vers la flamme — une flamme en danse vive avec les ombres. La puissance des retrouvailles est celle d’une onde de choc portée par percussion musicale (et plus encore).
Des grimaces en empathie suivies d’une standing ovation solidaire, pour une autre voix fovéenne que je suis ravie de retrouver et apprendre à connaître, celle d’Adel / Délius, jeune auteure en pleine descente infernale dans le monde de l’édition, dans la (terriblement bien nommée) nouvelle “Faiseurs d’Étoiles”. L’obsession, ici, courtise le point de rupture d’une femme que son travail confronte, avec une violence insidieuse, aux laideurs d’un milieu professionnel — laideurs que contre-balance avec une classe merveilleuse le personnage qui dans Fovea déjà faisait pendant à Délius, Victor-Philippe. Un récit incisif et cathartique, en contraste saissant de nausée et de lumière.
Un high five à l’inénarrable Chris, le héros de mon récit de Noël préféré, “Winder Wonderland Inc.”, que depuis sa première parution je relis au moins une fois par an… Quand un jeune homme en urgent besoin de changer d’air (de société ?) — jeune homme du genre que notre cherrr Président n’aurait pas manqué de classer parmi “ceux qui ne sont rien” — postule pour un job de Père Noël au pays des rennes, sa découverte des coulisses du métier se fait sur un mode explosif… entre prise de conscience, pétage de plombs (et de boules de sapin), et plus encore, le tout sur fond de feu d’artifices de traits d’humour mordants et de références de culture populaire.
Un silence pensif et ému en réponse au souvenir d’adolescence que raconte la narratrice du “Dernier des Dark Boys”. Avec elle, on entre dans la section finale du recueil, afin d’y évoquer ces histoires d’amour qui représentent l’alpha et l’omega pour les âmes qui se cherchent. L’obsession ici s’incarne dans l’attraction mutuelle des êtres fracassés, et dans la fidélité à ces histoires qui survivent en symboles à la magie indélébile, joignant blessures et merveilles, à travers les âges, les erreurs et les raisons, en un touchant récit…
Et enfin, enfin, une bénédiction, et un vœu de bonne route, vers la figure féminine qui illumine “Arena”, histoire d’un rendez-vous à l’ombre des pierres du Colisée, pour transmettre un précieux carnet — et d’une autre rencontre qui est le point de départ et l’horizon d’une quête ancienne et obstinée. Embrassant le mouvement du marcheur qui prendrait de la hauteur pour contempler un panorama antique, l’esprit s’élève à travers cette ultime, magnifique nouvelle du recueil, bâtie de clefs de sens, d’esprit de défiance face aux règles divines, et de constance humaine. Une conclusion parfaite au recueil, dont les dernières lignes n’ont pas fini de résonner en moi.

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Et ainsi je referme l’œuvre sans le faire. Je l’emmène et la retrouve — dans l’amour de l’Art et du geste rare, dans l’adhésion à la démesure des cieux et de l’océan, et à une forme de justice qui dépasse les normes étriquées… Dans l’humour qui sauve, et les présences complices, et la musique qui porte, et emporte… Dans les citations aimées de Wilde, dans les espaces de la Kabbale où il me reste tant à parcourir… Dans mes trajets à l’intérieur du labyrinthe de Fovéa, dans les multiples fils effleurés de la Trame de Léa Silhol… Dans le rapport à l’Autre, dans les questionnements de l’âme…
À peine tournée la dernière page de 340 mps, je sais déjà que j’y reviendrai. Encore et encore.
Je ne quitte pas le cercle de l’Obsession.

340 mps

Obsessio (lat.) : “blocus, siège d’une cité”.


Le point focal de tout ce qui nous définit, nous raffine, nous change irrémédiablement, nous exalte, nous détruit, et à la fin nous maudit ou nous sauve pourrait être aussi simple que…
Le prix à payer pour un éventail signé par Oscar Wilde ; la glissade d’une repentie sur un vol de papillons ; la reptation du péché dans l’arrondi d’une bouteille ; l’ombre d’un objet manquant, dans une galerie de portraits ; le staccato de la vengeance dans un pistolet de tatouage ; une course éperdue vers un amour d’enfance ; l’e-mail d’une rock-star à sa fan n°1 ; les sacs entassés des courriers de Noël, dans des hangars sous la neige ; un carnet d’anecdotes, transmis de vies en vies…

L’alphabet de nos grandeurs et dérives pourrait parfois tenir en une forme, une lettre, une ellipse ininterrompue :

O

Omega capital du cercle des cercles.

Léa Silhol, architecte protéiforme des univers de Vertigen, Frontier et des livres-puzzles du concept Error_Type prête ici, encore une fois, sa voix et son calame aux funambules, aux chasseurs de mirages impénitents et aux affamés d’orages.
340 mps déplie les facettes qui jointent le désir au point de rupture, le temps de neuf histoires qui sont autant d’odes tendres et grinçantes aux archétypes de la démesure.

Fil d’Ariane

« Comment pourrions-nous nous passer de ceux qui parlent de nous mieux que toi et moi ne parvenons à le faire ? », clame Ivy, évoquant ces poètes dont elle partage la passion avec son alter ego, dans le secret de leurs bois bien-aimés.

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Je pourrais pousser en écho le même cri du cœur.
Comment s’en passer ? On ne peut pas, bien sûr. *Je* ne peux pas (et ne veux pas).
Et ce nouveau roman de Léa Silhol a dès la première lecture, les premiers chapitres, les premières pages, rejoint la liste de telles nécessités vitales. (Voire plus tôt encore : j’étais déjà tombée in love de son extatique pendant en nouvelle, « Under the Ivy », publié dans Sacra, Parfums d’Isenne et d’ailleurs – I – Aucun coeur inhumain !)
Le récit d’Ivy Winthorpe parle de vibrante manière à la part la plus sauvage et asociale, la plus élémentale, qui brûle en moi. A ces élans qui m’envoient chercher l’unité avec l’univers en courant en forêt aux côtés de ma chienne. A l’ado que j’étais, qui quêtait dans le nœud des écorces le visage du gardien mythique de ses forêts lorraines, que j’imaginais résilient et marqué, comme ses bois, des cicatrices des guerres du XXe siècle. Chez moi, les panneaux militaires interdisant l’accès à la forêt (bardés de sinistres « danger de mort ») sont rouillés, abattus à terre, supports de jeunes pousses tendres qui témoignent de la résilience des lieux ; pour l’héroïne de Sous le Lierre, dans le Wiltshire, les interdits sont bien réels, martelés à coup d’ordres parentaux et de bienséance sociale, et matérialisés par le mur qui enserre la forêt de Savernake.

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Face à ces lancinants interdits, au centre des tensions entre schémas sociaux sclérosés et industrialisation, la voix d’Ivy s’élève, haute, claire, puissante comme une force de la nature — et c’est exactement ce qu’elle est, cette jeune lady au cœur féroce, à l’esprit lucide, à la langue irrésistiblement épineuse, splendide d’hybris et d’assurance, à l’instar et à l’égal de son frère équin Aljabbar : une force de la nature, une énergie pulsant, poussant dans un corps qui se veut non humain mais animal. Et une volonté comme une avalanche, capable de tout emporter sur son passage (à commencer par le cœur du lecteur, conquis et complice).
La beauté enivrante de l’hybris, les lecteurs de Léa Silhol la connaissent bien, et ne s’en lassent pas. Avec Ivy, voilà que l’on rencontre, dans l’extase, le focus, et l’élan, l’incarnation d’un Moi qui se perçoit centaure, s’envole en Pégase… et se tend entièrement vers la part de Soi découverte dans le cœur (et le corps) d’un Autre.

Il y a toujours des pieds qui veulent le flanc des montagnes, des plongeurs prêts à descendre au cœur du ventre de la mer ; et des enfants, ivres et joyeux, pour aller exposer leurs visages à la pluie ; danser, peut-être, sous les averses et les déluges. Pour chercher l’extase sur les pics, malgré les terribles rugissements du vent.
Kelis, barde des Cours féeriques, in « Dialectique des Désirs », Avant l’Hiver

(Yessssss à cela, Kelis !)
Nous sommes ici de l’autre côté du miroir, du côté humain, trop humain du Vertigen. C’est un miroir aux alouettes, en quelque sorte, où démêler le vrai du folklore du faux des superstitions corsetées et traditions dénaturantes demande de solides talents d’enquêteur (et un sens de l’humour sacrément acéré, pour résister au sordide des secrets et au minable des pressions sociales dans le marasme desquels il s’agit de naviguer) — mais le vertige et l’ivresse sont là, manifestées en courses folles dans les bois, en cavalcades de changeling ou de centaure, en poèmes comme des affirmations primales de soi et de l’osmose avec la forêt.
Le vertige est là, dans les cœurs sauvages. Je ne dirais pas ‘amen’ à cela, mais… oh YES !!!!!!!!!!!!

*** ** ***

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Par-delà un simple mur écroulé, au fond du parc d’un manoir anglais, s’étendent des bois immenses, ceinturés de légendes et d’étranges interdits. L’héritière de cette antique demeure, Ivy Winthorpe, ne se définit que par le regard sarcastique qu’elle jette sur toutes choses, les livres qu’elle lit en cachette, sa nature de centaure et, par-dessus tout, les bois vers lesquels elle ne cesse de s’évader, contre toute opposition et obstacle.
C’est la plume de celle qui se définit elle-même comme “un petit système ensauvagé” qu’endosse l’auteure, le temps d’un hymne barbare, à la charnière entre les jardins d’une aristocratie moribonde et les étendues de la millénaire forêt de Savernake, noyée de mystère et de vivants secrets.

Un voyage passionnel et féroce dans le grand vert de l’implacable nature, filigrané par la figure énigmatique du Green-Man, le pas des cavaliers, et hanté par l’ombre obsédante du Heathcliff d’Emily Brontë.

Au travers de ses cycles primés de Vertigen et du Dit de Frontier, Léa Silhol s’est inscrite comme une figure incontournable de la fantasy mythique, et une pionnière de la fantasy urbaine en France. Sous le Lierre est son sixième roman, et le premier à décliner à la fois les gammes du roman historique, et du réalisme magique.

Fil d’Ariane

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