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Articles Tagués ‘les fragments de la nuit’

Winter is coming…
– et avec lui, comme une envie de suivre le vol des mots comme autant de feuilles glissées des arbres. Comme une envie de saveurs d’automne & de ciselures de givre…

Alors, suivant les rythmes annuels et cycles rituels, un petit tapis de page…

L’an dernier, le vent m’avait poussée dans les bras opiacés de Jean Lorrain, endormie engourdie par les voix de Collection d’Arnell-Andréa…
Cette année, le nouvel opus des Fragments de la Nuit me porte dans le passage au temps des plus longues nuits, apaise la frénésie des journées de course au son d’appels méditatifs telle la "Cyrius B" beautiful track —

— et pile à temps, le très irrésistible Goblin Fruit webzine dépose sur la table son panier de fruits poétiques d’automnale saison.
Come, oh come bite, on chérit tant là-bas la morsure des mots, c’en est un délice.
Come taste, entre autres goblined fruits, le goût des pépins de grenade ;
come taste the red, come feel the darkness –

the ‘argosy of moths’
raven feathers, their lives and leaves
dead loves and haunted girls

Just follow the red thread, and come through the door…

***

Et au passage, un mot sur une oeuvre que je souhaitais évoquer depuis un bout de temps déjà, sans trouver le moment pour – en voilà l’occasion, pour ce rayon de soleil et de miel littéraire qui colora de nuances dorées, en belle synesthésie, un plein mois de février.
Petit volume poétique publié par Papaveria Press, trésor rédigé par l’une des éditrices (justement) de Goblin Fruit, Amal El-Mohtar, The Honey Month est le journal d’une expérience de gourmet inspiré : pendant un mois entier la poétesse goûta chaque jour d’un nouveau miel, de ces nectars dont les noms mêmes sont déjà une invitation à l’imagination – fireweed honey, leatherwood honey, hungarian forest honey – , en décrivit les sensations évoquées, et les transposa en histoires, contes et poèmes.

28 days there are in the month of February, a cold month in our part of the world, a month in which the summer seems an endless dream one had once, long ago. We should not be tricked by the frost, for it was during the dreaming month of February that Amal El-Mohtar composed The Honey Month, a book that tastes and smells of sun. Each day she uncapped a vial of honey, letting the brew inspire the words that became this book. Amal offers us much more than poetry and prose, however. Her words wrap around us like spiderwebs, gently pulling us into the web she weaves, where honey girls tempt and tease us, where things lost return and sorrow paints the leaves. This is a colourful book, but it is by no means a frivolous one. Remember, not all honey is sweet.

Le résultat en est – forcément – savoureux, un plaisir rare.
Mais je ne saurais mieux le dire que le poète et anthologiste Mike Allen, en quatrième de couverture : 

Amal El-Mohtar’s fascinating experiment in literary synesthesia takes the scents, tastes and textures from a gift of assorted honeys and transmutes them through artistic inspiration into a wordsmith’s cycle of fey mischief. These bewitching poems and stories, always sensuous, sometimes sad, unwind a fevered world of magic and longing and young women who chance the uncanny and gain wisdom beyond their years.

Come taste, come taste. Même à moi qui ne suis guère amatrice de ce nectar-là, le goût des mots et la saveur des images fit savourer le miel en bouche…


***

Envie de ciselures de givre, disais-je –
et comment enfin résister à ces lignes, leur finesse, lecture faite un de ces matins d’aube où l’on redécouvre la pureté des premiers froids, le moment parfait :

"Elle est née du givre, hier, sur ma fenêtre.
Les cristaux se déployaient sur les vitres. Méthodiquement, dehors comme dedans. Une couche de lichen blanc qui rampait des bords vers le centre. Elle filtrait une lumière laiteuse. Cassante, même – j’aurais cru pouvoir en détacher des fragments. Une lumière âpre et glaciale qui me hérissait le duvet sur les bras.
J’avais enfoui mon corps sous des couches de laine, mais il frissonnait toujours. Pousser le chauffage ne servait à rien. Le froid gagnait tout l’appartement. Il s’infiltrait jusque dans mes os.
Et puis son visage, sur l’une des vitres… Le motif a mis des heures à se préciser. Le givre progressait par arabesques, trop régulières pour laisser place au hasard. J’ai soufflé pour les faire fondre, mais elles m’ont ignorée. Une silhouette s’affirmait autour d’un visage encore vide – un visage creux à travers lequel la rue se devinait encore. La lumière y sculptait des reliefs. Je ne savais pas que le givre possédait tant de nuances de blanc et d’argent.
Puis le visage s’est détaillé, et la rue a disparu. Il était en relief, cette fois : une sculpture sur glace plutôt qu’un simple tableau de givre. Comme si ses traits naissaient de la vitre elle-même. Très fins, translucides et précis. Des filaments d’argent à la place des cheveux. Une lueur glaciale dans le regard.
Et elle me ressemblait."
Telles sont les premières, parfaites lignes de la nouvelle "Née du givre", by Mélanie Fazi – mises en ligne sur le site des éditions La Volte, sur la page de l’antho dans laquelle elle paraîtra fin octobre : Le Jardin schizologique
(come see ?)
*** ** ***

L’hiver arrive, et ça se savoure…

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