Abonnez-vous aux 
Articles
Commentaires

Astronomes, astrophiles, alchimistes, artistes et rêveurs, créateurs ou amoureux de créations : un astre nouveau, une Lune en renouveau s’est levée aujourd’hui même…
La Lune Mauve, après une longue éclipse qui permit de changer en profondeur, et pour le meilleur, la face de la planète, brille dans nos cieux depuis quelques heures déjà. Ce “webzine culturel et oniriques” lové dans le merveilleux écrin de l’univers rêvé et créé par l’infographiste Marie Guillaumet, a déployé sur les ondes ses belles nuances, ses paysages splendides et symboliques, sa galerie de personnages étrangement fascinants, & ainsi dévoilé aux yeux de tous les sentiers que les Lunemauviens invitent à parcourir dans les domaines de la musique, du cinéma, de la littérature, de l’art, et tellement plus encore…
Sans hésiter, allez donc rêver sur la Lune.
… Mais attention, fascination !

Bannière La Lune Mauve

I got a list

Illustration de Frank pour "Les Baleines Publiques"

Illustration de Frank pour "Les Baleines Publiques"

Petit intermède in Hell : Anne, dont les doigts de fée et les gants de velours règnent sur Lorliaswood, m’interroge sur mes péchés de colère… Et comme ils sont presque aussi nombreux que ceux de curiosité et que l’on pourrait passer quelques mille et une nuits à les évoquer, la liste se limite à trois raisons d’aller brûler en enfer :


  • “Ca m’énerrrrrve” number one : le sentiment d’impuissance qui me saisit quand je vois le monde aller de travers sans pouvoir y faire grand chose, ou lorsque je ne trouve pas les mots justes pour évoquer une oeuvre qui m’a touchée / filer un peu de lumière ou un point d’appui à des amis qui vacillent / …
    A se taper la tête contre le mur, tout cela.
  • “Ca m’énervvvve” number two : les personnes qui, sans rien connaître ou comprendre de ce que vous êtes ou voulez être, vous assomment de conseils destinés à vous formater à leurs conceptions pré-machées, tout droit tirées de ces horreurs de manuels de ””développement personnel”" (gniii) ou d’une morale du bonheur à la Marc Lévy (vous savez, le coup du une-journée-c’est-comme-si-un-banquier-vous-donnait-86400-euros-à-dépenser-en-24-heures-et-si-vous-ne-les-dépensez-pas-ils-sont-perdus-alors-ne-gaspillez-pas-votre-temps-et-soyez-donc-heureux, yerk. Well, big news, guy, le temps des banquiers est révolu – et viva Cioran !)

Et pour finir sur une note plus légère (maintenant que j’ai bien cassé l’ambiance…) :

  • “Ca m’éneeeerve” number three : ces chieuses de pâtes qui *font toujours exprès* de déborder (I swear) lorsque j’arrive à un passage passionnant d’un bouquin impossible à lâcher juste là (même chose d’ailleurs pour la rame de métro qui s’ingénient à parvenir à destination alors que je suis à deux pages de la fin d’une nouvelle parfaite – on fait pas plus odieux, comme conspiration…)

Comme d’hab’, je ne propagerai pas le virus en désignant de nouvelles victimes, mais s’il y en a parmi vous qui auraient envie de se défouler virtuellement, ils sont libres d’attraper le tag au vol.
Got a list too ? Well, “if you ain’t dead then sing along” (avec, pour la musique-qui-booste, Saul Williams et sa “List of Demands”)

I got a list of demands
written on the palm of my hands
I ball my fist and you're gonna know where I stand
We're living hand to mouth
You wanna be somebody?
See somebody?
Try and free somebody? 

I got a list of demands
written on the palm of my hands
I ball my fist and you're gonna know where I stand
We're living hand to mouth
Hand to mouth

Shinear

C’est bon, je me rends.

Quatre semaines. Quatre putains de semaines que je tourne en rond dans ma tête et dans ma chambre, à essayer de rédiger  pour vous un pauvre petit article sur Babel Tour -  l’intéressante antho que les étudiants en master d’édition de la Sorbonne ont publiée à l’occasion du Salon du Livre 2008, dont Israël était l’invité d’honneur cette année-là… Quatre semaines de débâcle totale, chaque brouillon aussitôt né, aussitôt dézingué – rageusement, parce que  jugé trompeur, ou masqué, ou trop léger, ou trop biaisé, bref à des lieux, toujours, de l’approche à coeur ouvert vers laquelle je tends.
Et je comprends bien pourquoi.
Babel Tour, guide de voyage en cités cosmopolites, m’avait attirée tant par son concept que par le patchwork de visions et de voix tissé autour des villes, des ziggourats, des peuples et des langues qui s’y croisent ou s’y mêlent. Seulement voilà, à mi-chemin de mon excursion littéraire en Babel, j’ai passé la frontière vers un quartier vivant, fascinant, le plus brûlant et le plus beau à mes yeux… et je n’en suis pas ressortie, ni n’en ressortirai (quitte à revenir plus tard à notre Tour de Babel) avant d’avoir pu évoquer une nouvelle qui, à elle seule, figure dans mon top des lectures-choc de 2008 et de toujours – et même alors, je pense, une part de moi restera là-bas, ou bien j’emporterai moi-même un bout de cette terre-là, les échos de ces mots, leur roulement sous ma langue. D’ailleurs, voyez…
Plusieurs mois après la première lecture, ce texte continue de me coller de salutaires raclées.

Exit les poses de lecteur, donc, and enter “Shinear“.

Texte percutant sur le thème crucifiant des divisions de l’humanité, cette “nouvelle très particulière” de Léa Silhol entraîne son lecteur en terrain miné, pas très loin du labyrinthe de Fo/vea, pour un prenant voyage dans les rues des villes, au coeur du mythe, et vers les hommes – vers l’Autre, surtout.
L’oeuvre s’ouvre en effet comme un étrange album de voyageuse, présentant dans ses pages une Babel saisie au fil des années, en filigrane dans les vues de quelques-unes de ces villes où les cultures et les identités s’affrontent plus qu’elles ne se touchent. On les découvre, ces cités, à travers le regard impliqué, douloureusement et furieusement lucide, d’une artiste témoin et non touriste : bien plus qu’une passante, donc, une véritable passeuse. Et qui ne manque pas, au fil de ses errances en villes aimées que la haine divise, d’asséner avec précision ses vérités aux hommes, ou de prendre Dieu à partie.
Loin d’arrêter son voyage une fois l’album parcouru, l’auteure se tourne alors vers une issue possible, au-delà des barrières et des divisions, et le lecteur, terrassé l’instant d’avant, la suit dans les transports de l’espoir, parcourant ainsi le spectre du langage – des injures haineuses à ces mots de compréhension et d’amour que seuls peuvent trouver en eux ceux que la vie a déjà bien abîmés, et qui voudraient à travers leurs paroles réparer le monde dans les yeux de l’Autre.

Et pour nous mener de ville en ville et infiniment plus loin encore – mais aussi tout près, au plus intime -, la voix et les rythmes forment une musique obsédante, qui se grave à l’esprit, fait vibrer coeur et langue, et nous communique ainsi sa pugnacité de rap, son émouvante romance en duo musical, ses ferveurs de prière, l’ardeur de son chant final. Il y a cela dans le chant de “Shinear”, une puissance capable de vous couper les jambes pour donner à vos marches un nouvel élan vers ce qui importe vraiment aux hommes, de vous couper le souffle et dans le même temps en insuffler un autre, intense et essentiel.
Et ainsi, Léa Silhol, qui déclarait dans un questionnaire que ce qu’elle déteste le plus dans son physique, c’est de “ne pas avoir dans les veines une goutte de sang de chaque peuple au monde”, a créé une oeuvre susceptible de toucher  profondément tout être humain, quelles que soient ses origines. C’est ainsi que je ressens ce texte fort, un acte d’union à travers l’art, un appel vrai, et accompli, à dépasser les frontières que peuvent former les langues, les couleurs, les religions. Ses paroles m’accompagnent désormais, couperet et colère quand je vois le monde aller de travers, espoir lorsqu’une rencontre humaine  me donne envie de les murmurer pour quelqu’un.
Je ne vous les dirai pas, cependant, car je me suis déjà trop tenue entre l’oeuvre et vous, alors je me contenterai de ceci : Babel Tour n’est guère facile à dénicher, désormais ; si toutefois vous le trouvez sur votre route – cet ouvrage ou, qui sait,  un jour, “Shinear” dans une infoliation nouvelle et espérée – sans hésiter suivez le guide : écoutez sa voix. Ecoutez…

Le Fil d’Ariane :

Cannibales

Cannibales

Recueil thématique

Auteur : Yael Assia
Publication : Books on Demand
Année : 2008
Photographie de couverture : Fauxware

Quatrième de couverture :

Ils mangent. Se mangent. Se bouffent. S’avalent les uns les autres. Se déchiquètent, se digèrent, se mâchent, se recrachent, se vomissent ; ils s’aiment, se haïssent, se jaugent, se combattent, s’évitent.
Une femme avachie dans son sofa retrouve l’homme qui l’a abandonnée devant l’autel deux ans plus tôt, le jour de leur mariage. Le client d’une prostituée tente une curieuse expérience. Dans un hôpital psychiatrique, un homme se souvient de son enfance. Une trentenaire frigide essaie de sauver son couple, mais à quel prix ? Et qui le paiera ? Une jeune femme agressée se décide à un dangereux face à face.
Cinq histoires et cinq traumatismes : à affronter, à dépasser, à effacer… A chacun de faire son propre choix.

J’avoue, au moment de libérer ce livre mince du film plastique qui en maintenait les pages bien fermées sur les mots de Yael Assia, j’avais un peu les mains tremblantes. Elles n’avaient rien oublié, les fidèles, du poids et de la texture d’un autre recueil publié il y a quelques années aux éditions de l’Oxymore, par la même auteure et sous un autre nom ; et tenir cette nouvelle oeuvre nous a collé une putain d’émotion, à elles comme à moi.
Une soixantaine de pages, cinq courtes histoires : je croyais que ce serait rapide, qu’en bonne bibliophage je les aurais vite dévorées – et ce sont finalement ces Cannibales qui, dès les premières lignes et depuis, m’obsèdent et me rongent. Saisie par la peau du cou, et le temps pour moi de comprendre vers quel gouffre  infernal on m’entraînait, il était trop tard. J’ai eu beau résister, m’arquer pour expulser les premiers infiltrés de ces mots qui me couraient sous la peau, m’arc-bouter tel un mulet… déjà je faisais un pas dans l’oeuvre, et très vite un deuxième, tendue sur mes pattes mais forcément vacillante et vaincue d’avance – bouleversée de fond en comble, de l’épiderme aux tripes, et subjuguée par la force des mots, des émotions, de la pensée de l’auteure. Balayées mes attentes de lectrice, mes souvenirs de l’intensité de ces douze heures déclinées du crépuscule à l’aube, pour faire place nette aux sensations violentes transfusées droit de l’encre au sang. Et le sang de virer noir, car l’univers de ces nouvelles est bien sombre…

Cinq nouvelles, donc, cinq Cannibales, et derrière chacun d’eux une âme à vif, toute sanguinolente des blessures de l’enfance, des plaies du couple, des morsures et coups de couteau que s’infligent jour après jour les êtres enfermés dans leurs relations humaines comme dans une cage à fauves. Entre malbouffe et mâle-bouffe, le festin est amer, la coupe bue jusqu’à la lie, pour les enchaînés de cette table : la femme abandonnée se soignant par un régime à base de menus solo et de mots sauce piquante, et celle que la solitude et l’incompréhension des autres empêchent de digérer une gifle et la peur ; le gentil Poussin qui trouve bien étroit le passage vers son nid, et ce couple qui se heurte encore et toujours à une porte fermée ; et au milieu de ces convives, Josh, livré en pâture à d’anciennes souffrances, déchiffrant le monde à l’aide de symboles religieux qu’empoisonnent les souvenirs d’enfance…
Mais en évoquant ainsi le rouge des chairs exposées et la noirceur dans laquelle se débattent les personnages, je n’oublie pas non plus la blancheur de la couverture – cette nuance clinique des esprits qui n’hésitent pas à couper, trancher, disséquer au scalpel, mettre les doigts dans des plaies qui souvent sont ou furent les leurs, quitte à se  retrouver couverts de fluides corporels, pour donner à voir et aider à comprendre. Pour pousser le lecteur, violemment, avec mordant, à sortir de la litanie des “même pas mal, même pas peur, non non non”, et l’inviter alors à une danse en équilibre fragile au-dessus du vide et de la folie, sur le fil tendu de nos nerfs, nos désirs, nos angoisses – ce fil qui jette un pont entre le blessé d’autrefois et le bourreau d’aujourd’hui. L’exposition sans voile protecteur de la souffrance et des marques insoutenables qu’elle laisse dans les chairs, une lucidité à l’oeuvre sans complaisance, voici la base des foods for thought que le recueil met au menu ; et pour unir cette fragilité et cette force dans une harmonie inattendue, la belle puissance des mots de Yael Assia, une musique qui d’emblée vous accroche l’âme pour mieux lui apprendre l’art et l’abandon de la chute.

Et ainsi ces nouvelles de Cannibales où l’on mord et dévore et digère et rejette, échappent elles-mêmes au cannibalisme : leurs vérités sont trop dures et brûlantes pour être bêtement avalées sans s’étouffer ou cramer de l’intérieur. Le recueil semble donc dépasser tout cela pour tendre vers  l’espoir d’une autre relation, via le dévoilement et le partage de toutes ces blessures que l’on cache ordinairement – vers la compréhension par l’art. Et vous savez quoi ? Je crois que s’il m’est donné un jour de découvrir la version longue de ce recueil (évoquée ici), ou toute autre oeuvre de l’auteure, j’aurai encore les mains qui tremblent, émues de pouvoir éprouver une nouvelle fois la poigne de feu, puissante et précieuse, de Yael Assia.

Le fil d’Ariane :

Cartographie :

Menu Solo – Poussin – Zombies – Heaven’s Door – La Gifle

Passé la nuit sur les sites de news, à écouter mon coeur battre au rythme des actualisations de pages annonçant l’évolution des résultats pour les présidentielles américaines. Suis vannée, et blissful, mais du coup je doute d’être en état de poster aujourd’hui les chroniques en cours (encore que… tout est possible, aujourd’hui). Alors dans l’intervalle, j’vous laisse découvrir cette “Open Letter to History”, rédigée et déclamée il y a peu par l’un des plus grands poètes de notre époque, Saul Williams :

La poésie en acte, yessssss !

Au Miroir des Sphinx

Au Miroir des Sphinx

Recueil thématique

Auteur : Charlotte Bousquet
Editeur : Argemmios
Année : septembre 2008
Illustration : Krystal Camprubi

Quatrième de couverture :

Il y a très longtemps…
Dans un champ de ruines, deux sphinx défient la destinée.
Un vieux philosophe attend la mort.
Une sphinge et une femme ailée décident de s’aimer.
Autrefois…
Un vampire est victime de son inquiétante étrangeté.
Un voyageur égaré trouve l’amour dans les yeux d’une louve.
Aujourd’hui…
Une acrobate amoureuse cherche des ailes pour voler.
Deux anges s’affranchissent, enfin, du poids de la divinité.

De la lointaine antiquité à nos jours, des rives du Nil aux ruelles étroites de Florence ou de Paris, cette errance au fil du texte et du temps s’interroge inlassablement sur l’altérité et le moi, sur l’amour et l’effroi.

Vous le saviez, vous, que du fond du miroir des sphinx, des siècles de mythes vous contemplent ?
Ce regard si intense et profond, ou du moins l’un de ces regards, Charlotte Bousquet, dans son dernier recueil paru aux éditions Argemmios, nous offre une occasion de le soutenir, de le questionner, de nous laisser questionner par lui.  Et pour ce faire, elle nous tend, donc, un miroir. Plus exactement, trois miroirs, artistement disposés pour nous guider dans un parcours thématique et un voyage temporel depuis l’Egypte antique jusqu’au Paris moderne, en passant par Florence ou Toulouse aux temps troublés de l’Inquisition : nous progressons ainsi en suivant le fil d’Ariane déroulé dans les nouvelles, mais également en nous fiant aux échos renvoyés par quelques poèmes, et aux reflets que Charlotte Bousquet a captés dans les oeuvres d’autres artistes – peintres, poètes ou sculpteurs – et qu’elle a eu la bonne idée de répercuter à travers de courts textes introductifs, éclairants et inspirés. Les lieux et les époques que nous traversons alors sont peuplés de figures récurrentes qu’il reviendra parfois au lecteur attentif de reconnaître sous les masques, les noms multiples, les variantes mythiques.  Les sphinx, les anges, les vampires, les figures de Mort, autant de variations humanistes sur des thèmes éternels, déclinées au nom de ces créatures de ténèbres pour qui l’auteure avait déjà composé d’émouvantes Lettres, et qui arborent ici les couleurs du sable ou de la nuit, des plumes sombres ou des prunelles d’ambre…

Le Prologue fixe l’époque du départ, et nous laisse entendre la tonalité qui traversera l’ensemble du recueil, à travers l’histoire du “Dernier Disciple” : dans l’intense face à face entre deux sagesses antiques incarnées par la Sphinge et le philosophe Arius, on perçoit déjà toute l’importance que prendront les quêtes et questionnements intérieurs – quête de soi, soif des réponses qui ouvrent la voie de la liberté.
Les Miroirs Antiques (pour lesquels je confesse une tendresse particulière) prolongent directement ce premier mouvement. Que les textes reflètent le mythe d’Isis et Osiris en  déplaçant le regard vers la trinité de soeurs dont l’existence familiale harmonieuse sera saccagée par l’accomplissement des schémas mythologiques (“Trinité”), ou qu’ils revisitent la légende de la Sphinge à Thèbes en écartant Oedipe pour raconter la rencontre entre l’énigmatique créature et une jeune fille elle-même fort questionneuse (“La Jeune Fille et la Sphinge”, récit d’une grande beauté, et bouleversant par certains aspects), tous évoquent l’amour qui rapproche les êtres, et les divinités qui travaillent à les éloigner en les enchaînant à des destins séparés.
Dans les visions plus sombres encore des Miroirs Tragiques, la main de l’Inquisition remplace celle des dieux implacables. Rentrés dans l’ombre, les sphinx cédent la place aux parias de la société et aux nouveaux monstres, lancés dans des quêtes semblables. Compagnons de misère, une sorcière pourchassée et un vampire se penchent ensemble sur les mystères de la mort et la culpabilité de la vie (“Vies Volées”), tandis qu’un jeune artisan se voit offrir un choix précieux, celui de l’amour libre aux côtés d’une femme vouée à la nuit et à l’opprobre social, pour peu qu’il sache maîtriser ses peurs (“Les Confessions d’un Parjure”).
Nouveau bond dans le temps à travers les Miroirs Brisés, nouvelles variations autour de la liberté et du regard de l’autre… et nouvelles blessures. Nous avons remonté les époques jusqu’au XIXe siècle, mais il flotte sur la nouvelle “Le Dernier Ulysse” comme un parfum d’éternel recommencement : seule, toujours seule, Calypso demeure en son île protégée, glissant au fil des jours comme dans un songe ; l’arrivée d’un naufragé l’ayant rendue à ses souvenirs, débute alors entre eux un effrayant jeu entre fascination rétive et tromperie séductrice, où l’on observe en frissonnant comment deux êtres remodèlent sans cesse la conscience qu’ils ont d’eux-mêmes par rapport au regard qu’ils portent sur l’autre. Le voyage s’achève à Paris avec “Borderline”, l’histoire d’une acrobate qui pour avoir croisé la trajectoire d’un ange ne rêve plus que de chute et de mort, accrochée soir après soir à une survie sans saveur… Cette exploration de la pulsion qui en pleine ivresse du vol, nous pousse à vouloir tomber, m’a intimement touchée, de même que le poème final, belle note d’espoir au terme d’une poignante incursion dans les peurs et les passions de tous êtres.

A l’instar des créatures complexes dont il reflète les espoirs et les errances, le recueil se donne donc à découvrir comme un croisement entre les genres, les influences, les approches. L’oeuvre, considérablement enrichie de ces  métissages où se rejoignent la fantasy, la mythologie, la philosophie, l’art ou le fantastique, nous entraîne ainsi sur des voies nouvelles, recoupant les routes classiques sans les suivre aveuglément. Car les histoires d’Au Miroir des Sphinx prennent racine dans les failles et les silences du mythe, et travaillent à miner l’écrasante rigidité des références mythologiques sur lesquelles elles s’appuient  : prenant sa source dans la grande sensibilité de l’auteure, un superbe courant de rébellion traverse l’oeuvre – rébellion contre les dieux solaires et dominateurs, contre les hommes trop arrogants ou effrayés, contre les figures imposées du destin et les carcans qu’infligent aux êtres les schémas mythiques et les préjugés humains. Ainsi les ailes, des anges et des sphinx, ou celles invisibles et improbables des humains, se déploient au fil des textes, et la chute même est envol et libération pour ces esprits torturés et touchants – animés qu’ils sont par l’amour de l’autre ou le désir de liberté, portés dans leur élan par la plume élégante et fluide de Charlotte Bousquet, par le souffle des émotions que cette artiste profondément humaniste a su communiquer à l’oeuvre, et au lecteur.

De l’autre côté du miroir, anges, sphinx et autres créatures attendent de capter votre regard. Il ne tient qu’à vous de plonger dans leurs yeux et dans l’oeuvre de Charlotte Bousquet, apprendre à connaître, de face, loin des profils trompeurs, le visage de ceux que l’on nomme monstres ou mythes – et ce faisant, peut-être… vous connaître un peu mieux vous-même ?

Le Fil d’Ariane :

Cartographie :

En guise d’introduction…
Prologue. Le Dernier Disciple.
Miroirs Antiques. Trinité. La Jeune Fille et la Sphinge. Les Proscrits.
Miroirs Tragiques. Vies Volées. Les Confessions d’un Parjure. Amours Anciennes.
Miroirs Brisés. Le Dernier Ulysse. Borderline. Ca.
Muses et autres Sources

« Articles plus récents - Messages Plus Anciens »