Quand j’étais petite, j’ai vu mourir une fée.
Ma mère est une très grande fan du Cercle des poètes disparus. Pendant des années, l’écouter en parler m’a bercé comme une danse d’Arlésienne, à la robe tissée de ces étoiles qui brillaient dans les yeux maternels. Et vint le jour où elle dénicha la cassette, le moment de cristal où nous nous assîmes ensemble pour partager la magie.
Ce jour-là, je pleurai comme la gosse que j’étais, et suis toujours, devant, oui, la mort d’une fée.
Vous vous souvenez ? L’histoire de Neil Perry, la flamme de la poésie, le soir de représentation où elle brilla le plus fort, et s’éteignit, brusquement étouffée par la réalité du monde des adultes. Neil Perry ce soir-là était le Puck de Shakespeare, couronné de brindilles, de poésie, de féerie. Je n’ai jamais oublié, jamais, le lent mouvement dans lequel cette belle tête s’abaissa, la mesure à laquelle meurent les rêves dans la nuit et le givre lorsque le monde nous interdit d’y croire.
Je le sens toujours, ce mouvement. À chaque fois qu’un artiste renonce, qu’une oeuvre s’effrange ou qu’un espoir s’effondre, à chaque fois que l’économie l’emporte sur l’enchantement ou que la crasse recouvre la grâce, à chaque fois… là, logée dans le poids soudain de la nuque, la mort de Puck, encore.
Les temps n’ont rien de tendres pour les fées comme pour les enchanteurs – et je vis, moi, dans la beauté qu’ils dégagent. Je vis de cette beauté partagée. J’ai toujours lu, toujours cru aux fées, aux arts de la magie et aux magies de l’art. J’ai compris en grandissant qu’y croire peut-être ne suffirait plus si je voulais que persiste cette voie de la beauté, si je comptais persister dans cette voie et ne pas mourir un peu chaque jour. Alors, j’ai appris à le dire… appris à taper dans les mains, vous savez ? “Je crois aux fées.”
Appris à taper de ces mains mes premiers avis de lecture, mes premières chroniques. “Je crois aux fées, j’aime ce qu’elles font.”
Appris à collaborer, à l’occasion, de ces petites mains, à l’ouvrage de futurs livres, humble écumeuse de manuscrits ou traqueuse de coquilles. “Je crois aux fées, je veux encore voir leur magie à l’oeuvre.”
Appris à passer de ces mains la magie à travers les mondes, à partager la flamme avec les amis, par le don ou l’échange de passions, par-delà les langues s’il se présente l’occasion d’une traduction. “Je crois aux fées, les voyez-vous ?”
Je crois aux fées, Puck, tu m’entends ?
Je tape dans les mains, j’entends le coeur battre, et je sens dans la nuque tendue vers le ciel, la sève de l’art et des hommes verts.
J’y crois, je veux croire, je le dis et le redis comme un mantra, comme on allume une bougie, Puck not dead.
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Et pour qui veulent savoir, les quelques échos de ces credos, lâchés dans le vent, sans illusion de collusion, d’une main qui ne se reconnaît d’autres liens que les affinités électives :
quelques chasses aux coquilles, corrections, lectures de manuscrits, etc, pour les éditions Argemmios,
chroniques et/ou articles pour Fées Divers, ‘zine folklorique selon mon coeur, çà et là pour La Lune Mauve,
pour un temps éphémère & nevermore, direction littéraire, traduction, correction pour le mag’ Onirismes
~ et plus peut-être si horizon ~
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Et last but not least, loin de là, un ultime écho à une liste ultime, en hommage, en parallèle sur même latitude littéraire : une main tendue pour pointer vers une inestimable note en Clef de Fa, dans laquelle je me reconnais, qui dit tellement plus, et tellement mieux, mon sentiment (et parfois, ressentiment) face à la blogosphère & au monde littéraire, et esquisse à l’horizon l’idéal vers lequel je pousse de toutes mes forces. On y cause, à grands cris salutaires, de passion et d’indépendance – trêve de blabla, voici donc, bellement déclinée et toute claquant au vent, l’anar’ et éclairée Liste du Bois Flotté. Bénis les courants de profondeur dans un monde de dérives à la surface (commerciale).
You make me believe, dear one.
Avec une profonde reconnaissance, ineffable, infinie, envers Léa Silhol,
Natacha Giordano, et toute l’équipe de l’Oxymore,
pour avoir donné l’impulsion des premiers battements de main,
et le tempo de précieux battements de coeur.
Semper fidelis.


(Rhooo arrête ça, il est six heures du matin et je ne sais plus où me mettre… Vraiment émue je suis, et par ton bâton-témoin en bois flotté – où ta présence est plus qu’appréciée et bien plus que réchauffante, tu sais ça -, et surtout par la nuque penchée de Puck…
Je m’en souviens bien de ce film, oui, j’étais comme sourde et aveugle aux messages féeriques à cette époque (encore plus que maintenant, disons) mais l’adolescence tambourinait de grands coups rageurs/désespérés/absurdes… l’adolescence, quoi. Et ce Cercle-là avait parlé directement au coeur !
Bon, tu as tout dit sur la Belle Page que voilà, je tape quant à moi dans mes miennes menottes pour rajouter un ‘s’ à l’horizon futur, et pour que poussent les boutures, qui n’oublient pas leurs racines et leurs ciels :)))
Je joins mes mains aux tiennes pour toutes les prières, parlantes ou muettes :)