On les appelle Nameless, Hypérion, Telpérion, Windigo, Adventure, Paradox, le Stratosphere Giant, le Tall Tree, Gaia, Atlas, Kronos, Rhéa & Zeus, Hélios, Icare, le Lost Monarch, El Viejo Del Norte, Ilúvatar, Elwing, Eärendil…
Ils doivent leurs noms à la poignée de fourmis humaines qui, ces dernières décennies, a appris à grimper vers le ciel à travers la canopée, et a découvert tout un univers restant à explorer. Preston compare leur mouvement à celui impulsé par Cousteau vers les fonds sous-marins – et certes, je retrouve là, intacts, mes émerveillements de gamine collectionnant les bd des aventures à bord de la Calypso. La fascination pour ces formes de vie, lichens, arbres bonsaï, plancton, trouvant à subsister dans les airs, plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol. Et le frisson sur les traces de ces explorateurs – fourmis disais-je, mais l’image s’impose plutôt d’araignées, reliées à la vie par un seul fil de corde, rattachées à ces ancêtres géants qui sans y penser pourraient les écraser d’une branche cassée.
C’est leur histoire que raconte ce livre (tout comme l’article qui en initia l’écriture). L’histoire de gens qui se sont sentis tirés vers le ciel, pas n’importe quel ciel, celui que l’on contemple de la cime des plus grands arbres au monde. Tirés ainsi, sans pouvoir toujours l’expliquer, sans pouvoir, parfois, préserver leurs vies personnelles des conséquences de cette tension quasi obsessionnelle. On s’étonne un peu, pour le coup, de la part considérable des biographies et de l’intrusion de la vie privée, des histoires de recherche de jobs, d’enfance ou de divorce (d’autant que, bon, le style en ces passages n’est vraiment pas à son apex) – et puis, l’on comprend, tout de même, qu’il s’agit, justement, de comprendre, comprendre ce qui pousse deux étudiants à risquer sans préméditation leur peau pour grimper un grand arbre qui croisa leur route, comprendre ce qui alimente les rêves d’un type qui dans son sommeil se voit de manière récurrente découvrir le plus grand arbre sur terre, comprendre le parcours d’un couple qui célèbre son mariage dans les hauteurs d’un séquoia, tressant des lichens sur le tissu du voile nuptial. On comprend – et on comprend, en même temps, combien ces choses humaines sont relatives, depuis la dimension des titans naturels. Les arbres sauvages, ceux que l’on dit wild, sont des arbres qu’aucun humain jamais n’a grimpé ; les héros de Preston passent leur temps libre dans les forêts californiennes, loin des monuments végétaux appréciés des touristes, à la recherche de spécimens spectaculaires à découvrir, passant par des endroits ignorés, vierges de présence humaine depuis des décennies, des centuries, peut-être plus encore. Espaces de nature primaire, espaces primordiaux, à l’emplacement gardé jalousement secret, à des fins de préservation. Dans les dernières pages de l’ouvrage, les héros arpentent une dernière fois le monde vertical de l’Atlas Grove, dont Steve Sillett (l’un de ces héros, botaniste réputé) initia une étude approfondie, pour en retirer toutes traces de passage humain, toutes les installations de grimpeurs, tous les appareils de mesure et de signalisations scientifiques ; les ancêtres sont laissés libres de retourner à l’état sauvage, nous dit-on – mais l’on se prend à penser qu’ils ne l’ont jamais quitté. Il faut à l’homme rien moins qu’une armada d’armes tranchantes et de machines bruyantes pour affecter la présence du sequoia, et c’est alors le crève-cœur. Crève-cœur, l’histoire de ces forêts rasées à 90% par l’industrie du bois, qui même accéléra le massacre alors que les États préparaient un plan de sauvetage par la création de parcs nationaux. Crève-cœur, la pensée de la patiente vie des lichens dans la canopée, la mémoire des disparus qui mettront plusieurs centaines d’années à se reconstituer.
Émerveillement, pourtant, les manifestations de la résilience du séquoia, le bien nommé sempervirens – ces arbres sont une leçon de vie, et un chant de poésie, vrai de vrai. Émerveillement, la mention des fairy rings, des cercles de fées, des rondes de redwoods poussés autour de la souche d’un géant tombé qui aura trouvé en une ultime poussée de vie à se cloner. La ci-devant amoureuse du folklore entend pousser, en même temps que les greffes résistantes, les histoires et les mythes. Souvenir d’un rêve lointain jadis transcrit sur le papier : On dit qu’au cœur de la forêt tournoie un cercle. Ou que le monde tourne en dansant autour de ce centre suspendu dans sa propre éternité. D’aucuns le disent arbre pivot, tout en tours lents et transcendances. D’autres le décrivent ronde de végétaux, au ras du sol, au plus près de la terre. J’avais dû croiser un séquoia, cette nuit-là, je ne vois que cela. Et de fait, à la lecture des Wild Trees, j’émergeai de mes songe avec une sensation persistente d’écorce et de cercles, mmmh…
Cercles de fées, cercles de vies, cercles d’écorce, cercles de bras qui ne suffisent pas à en faire le tour, ronde d’instruments venus les relayer pour approcher la mesure de l’éternité, boucles bouclées, d’immatérielles fascinations aux techniques d’ascension… Et le plaisir de retrouver, en chemin, en ce cercle, le Radeau des Cimes de Francis Hallé, l’œuvre de Trees for Life en la forêt calédonienne, aux pins explorés par Preston le temps de vacances.
Je ne crois pas qu’il faille conclure. Je pourrais reprendre ces Wild Trees tels qu’évoqués par Preston, toutes les pages écornées, tous les passages offrant un aperçu et un bout de compréhension de ce formidable écosystème que peut être, à lui tout seul, un séquoia géant. Je pourrais écumer le net à la recherche de faits pour appuyer cette sensation, de foisonnement de vie et d’histoires, et de mouvement puissant. Je voudrais pouvoir glisser le croquis du tronc d’Ilúvatar, dont la beauté n’a rien à envier à la splendeur architecturale d’une tour de Minas Tirith. Mais ce sont là agitation de fourmi. Pendant ce temps, libres toujours et encore sauvages, les arbres poussent, et parlent à hauteur de ciel un murmure qui ne s’entend qu’à condition de renoncer à l’hyperactivité, pour mieux se brancher à des fréquences d’éternité.
They whisper…



A y est, avons vu (enfin) la très chouette vidéo de Preston, c’était complètement magique !! Et maintenant on est deux – de plus – à avoir de sales envies de grimpette arboricole… ^_^
Comme je te disais, très beau billet et très tentée par ce rameau-livre… la part que tu évoques des histoires personnelles n’est peut-être pas si surprenante après tout, si le pouvoir magique de ces arbres légendaires (et plein de créatures d’un autre temps et du fond des mers, dis donc) est de nous faire replonger profondément dans nos propres racines, de revenir à l’essentiel de notre structure mentale ou physique, de notre architecture interne… s’ils poussent en nous, quoi, on doit bien vite tomber sur des noeuds et des arcs-boutants de nos petites vies brèves…
Ah y a pas à dire, plus de mots devant cette majesté, cette durée… la petite vidéo Growing is forever m’a même toute émue, comme l’ensemble :)))
Hey de la canopée – ça démange, hein ? :))
Pour le bouquin : oui, je suis bien d’accord pour la part des architectures internes (d’autant que c’est ce que je ressens, perso, très clairement, à un degré presque physique, comme j’essayais de le dire une fois sur Psychopompe – lui-même calé sur la structure d’Yggdrasill, ah ! – pour dire combien l’arbre me portait, y compris et surtout dans des moments où le reste menaçait de s’effondrer :
"cultiver en soi un arbre comme un tuteur, qui aide à tenir droit et ferme quand on ploie vers le sol, qui pousse avec soi vers le ciel, et communique la patiente ténacité de ses élans vers le soleil, plus près, encore, plus près du soleil et de ses traits en chute, aller s’entretisser à leur lumière… Un arbre pour tuteur, un tronc pour colonne vertébrale, et ses racines qui plongent profond le long des jambes – pour sentir, talons plantés en terre, circuler ce quelque chose qui doit être la sève, qui est parfois un son ou une vibration, un battement originel, et qui est toujours la sensation du lien, l’intuitive certitude de la connexion. Porter en soi, de racines et de rameaux, une interface avec l’univers…"
L’image vaut ce qu’elle vaut, mais je la ressens pour vraie, tellement…)
Le hic dans le book, c’est que j’ai trouvé le style, le traitement de ces histoires, un peu à la traîne. C’est du narratif qui dans mon ressenti s’apparente plus ou moins à un style de témoignage journalistique pas très élaboré, qui peut-être surfe à la surface des biographies sans plonger vers les grandes profondeurs de la psyché… alors du coup, quand on ressort des profondeurs de la canopée pour s’entendre dire les déboires d’un commercial qui peine à vendre ses marchandises… ben y a un moment où on couine un "oui, mais les arbres, alors…" d’un ton de chaton affamé – avant comme je disais de comprendre que cela mène quelque part, et qu’il y a des fils tirés dans tout cela.
Contente d’avoir pu partager ce voyage dans les hauteurs et profondeurs, et que le TEDtalk vous ait plu à tous deux ! :))
Je reviens talk to the cat (je n’avais jamais vu la phrase dis donc, pourtant ce n’est pas faute de discuter, ce que c’est que la distraction ^^"), il m’arrive quelque chose d’affreux, de bienheureusement affreux, en fait, que je ne peux que partager précisément ici : à force de tiennes livresques tentations – et de celles de fées diverses aussi, Mag’, Anne et Clémence pour ne pas les citer), j’ai outrepassé ma crainte de la VO et mon trop faible niveau en anglais.
Avec un bouquin que j’estimais accessible – et qui l’est, très – dont je t’ai dit un mini-mot ailleurs. Il s’agit donc de "The legacy of Luna" de Julia Butterfly Hill, l’histoire vraie d’une jeune femme activiste ayant vécu deux ans en haut d’un séquoia géant nommé Luna, pour empêcher l’abattage de ce vénérable ancêtre millénaire.
Je n’en suis qu’à la moitié, ça se lirait très vite pour un anglophone mais moi je mets du temps, mais d’ores et déjà je suis complètement à fond, c’est du journal, du récit direct, très prenant, sincère, sans détours, bref c’est assez incroyable. J’ai zoné un peu, cela semble être un best-seller partout sauf ici où il n’est pas traduit ! (Je m’étonne d’ailleurs qu’il ne l’aie pas été au moins pour le Québec, qui est à côté et recèle peu ou prou, encore un peu, le même type de grandes wildernesses dont nous sommes dépourvus, dans nos bocages patinés par l’usage humain)
Et voilà que suite au présent The Wildtrees – qui décidément est dans les prioritaires, à réentendre le chant d’amour tressé :) – s’ajoutent là 3 autres redwood books, tous in english, soit 2 essais dont un collectif, et puis un autre récit de combat our ces beaux anciens. Je n’en sais pas trop davantage, mais j’avais juste envie de partager ma joie mélangée de tristesse, parce que c’est une hécatombe, un crime, tout ce qu’on veut, et que parvenir à célébrer la Beauté dans ses conditions… wow :)
Bises tree-sit !
Hey tree-high :))
Cool pour la VO – tu verras, ça vient plus vite que la maîtrise de la Forme ^_^
Mais tu as farpaitement raison, c’est affreux, toutes ces tentations contre lesquelles l’ultime barrière langagière vient de lâcher, héhé !
Me souviens, yes, de la mini-évocation, avais été faire un p’tit tour en ligne (et dans les hauteurs) pour voir de quoi ça causait, plus de 700 jours dans cet arbre, mazette, elle doit en avoir des histoires à raconter cette dame !
Bon pour les traductions, hein, c’est toujours pareil, on est souvent à la traîne (cf la fameuse Terry Tempest Williams, dont le Refuge nous arrive seulement maintenant, alors qu’il se fait entendre en sa langue natale depuis 1991…) (et dans un autre registre, imaginaire et au-delà, je parle même pas de Catherynne M. Valente – plume extraordinaire, un langage de légende à elle seule, dans les pages de laquelle je me roule avec bonheur depuis quoi, 2006, la publication des Orphan’s Tales – que Mag’ connaît aussi pour l’avoir lu après ma chro disparue du temps du forum de FD, et célébrée-chroniquée à son tour – Catherynne Valente donc, hyperactive, multi-primée – on s’en tape mais c’est pour dire qu’elle est loin d’être invisible, quoi – et rien en France, pas même une nouvelle en revue ou antho, que dalle, bordel)
(et j’arrête là avant de m’exciter sur tous ces rêves de livres qui attendent un Passeur)
Uh. On parlait arbres ^^" – et quels arbres <3
Tu feras tourner le trip, hein, pour les redwood books, si c'est d'la bonne :)
Et, pour la célébration en ces temps… oh que oui, tristesse il y a. Chanter la beauté au bord de l'extinction… ça touche au coeur…
The Wild Trees n'est pas si militant dans son approche (quoique l'amour de l'arbre fait déjà oeuvre d'une telle puissance), mais certains détails m'ont tant marquée – comme les centaines d'années que met un lichen à se créer, du haut du séquoia, et la fragilité, la facilité avec laquelle cette patiente poussée peut être arrachée sur le passage de l'homme… ah.
Bonnes grimpettes anglophones :))
PS HS : pour le "talk to the cat", il traîne déjà depuis des mois sur les deux blogs miroirs et, ben, tu es la première à l'avoir vu. ;) C'est souvent comme ça pour les p'tites modifs ou rajouts de pages, si non annoncées ^_^ (où qu'il est le smiley sourire de chat du Cheshire ?)
PS HS bis : speaking of bestioles mystérieuses, j'ai pas la moindre idée de pourquoi wp t'a mis le comm' en modération. Je croyais m'être débarrassée de ça, pourtant…
Oh oui, des Passeurs, des Passeuses et des Ponts Partout !!
(Hey ce serait aussi un bon nom de maison éd, ça, les Editions des Passeurs du Pont Partout :D) J’en suis même à chercher des coins de temps prévisionnel pour essayer de – je dis bien ‘essayer de’ – traduire un peu de ce book, qui me plaît vraiment, et surtout parce que le style de langage, simple comme tout, me semble pouvoir être transposé en français sans trop trahir l’idée de l’auteure…
Et, oui, cette digue wishlistesque qui se fissure à grand bruit, ça va être terrible ^_^J’avais bien déjà quelques livres en anglais sur les jardins japonais, une thématique si précise que je m’y retrouvais à peu près, mais là, comment dire, me reviennent en mémoire tant de chroniques enthousiastes, et non la moindre, oui, T T Williams, dont les extraits et la présentation étaient vraiment vibrants :)
(Catherynne M Valente ça me dit bien quelque chose aussi !)
‘Fin voilà, ce (toujours) sympathique échange ne fait que confirmer le sentiment, déjà existant mais très croissant, que le petit monde éditorial français patauge vraiment dans la mélasse, à publier tant et plus des choses de peu d’intérêt (voire des bouses complètes), alors qu’à côté de ça, je te/vous comprends de mieux en mieux maintenant, il y a tant de trésors à découvrir et faire découvrir… Rhaa, c’est rageant.
Oui bien sûr, je fais tourner mes impressions dès que possible ! Là je me retiens de partir dans une heure de lyrisme révolté, et de faire le lien avec mon envie ou besoin (ou nécessité, que sais-je) à la fois de respirer vraiment, encore, de plus en plus, l’air de la forêt et de sentir la ki mondial pulser de partout, et à la fois de prendre du recul par rapport à ma vie professionnelle (comme quoi, c’est l’effet Wild Trees, ça remue des choses, réellement) et de finir par regarder en face un certain nombre de questions… Bref c’est le genre de récit qui te fait spontanément te retourner sur ta vie, et te dire "bon et moi kèske j’ai fait, à part la regarder passer, ma vie…"
Et pour les 3 autres références en question, je les ai juste repérées là dans la foulée, bon, la compulsion d’achats de bouquins a battu tous les records ces dernières semaines (et atomisé mes bonnes résolutions pour de bon), je vais essayer de tenir un peu, entre les (trop petits) dons pour les docus et les (trop gros, beaucoup) craquages livresques à répétition, il y a des trous d’air dans le compte ^_^
Bises tree-hugger :)
(et j’ai enfin compris ce que ça voulait dire :D)
(* le * ki mondial, coquille. Ce doit être dû au fait que J.B. Hill parle de Luna, le séquoia ancestral, au féminin ^_^)
(et il me semble que je n’ai pas eu la barrière de la modération cette fois ! WP fait son coquinou, desfois…)
(ah j’ai compris pour wp, il a été confusionné par le feuillage cryptomeriesque qu’il n’avait jamais croisé, sans réaliser qu’il en connaissait le beau ramage. Ca a encore du mal ces p’tites machines, face aux manifestations du Vif ^^)
Hey si tu veux un coup de patte pour traduire quelques extraits de book, tu sais où sonner hein (un p’tit tintement de sonnette jap’, et hop !), j’aime bien moi faire oeuvre de résonance :-)
Et les éditions des Passeurs, les esprits rêveurs se retrouvent, j’ai déjà pensé à des variations autour de pareil nom (… avant qu’un autre, de Nom, ne vienne s’associer à une vision de phare…) C’est vraiment ça, pour moi, l’édition / la traduction, et ce qui sauvera les éditeurs qui savent être cela…
Pour le big questionnement sur la life, je te comprends, je suis pas mal là-dedans depuis que je n’ai plus la tête dans le guidon (euh, dans la prépa finale de certains totémiques chants, quoi). La ville me paraît si petite, et mon rayon d’activisme encore plus, dérisoire… Comment il disait, encore, l’ami Thoreau ? "M’est avis que nous pourrions nous élever un peu plus. Nous pourrions grimper à un arbre.", quelque chose comme ça.
Ah, et treehugger !! moi j’adore, il avait au départ une nuance péjorative, genre lézécolos avec un z et une rime avec bobos, mais c’est le genre de terme (et d’esprit) dans lequel on se taille volontiers l’habit à arborer pour affronter les cons (et hugger les trees, à bras ouverts)
U uh, je ne doute pas que si Nom il y a, il doit être bien inspirant en mode lighthouse (je m’y mets je m’y mets :D) !
Quant au feeling de dérisoire sur le faible rayon de roue activiste, pour filer la métaphore… Ben, oui, c’est bien ça, pareil ici. Ruminations redoublées bien sûr par le très peu d’enthousiasme à reprendre le taf cet été (euphémisme) même si j’aime encore des aspects d’ocre lui, que je le trouve utile et tout… Non seulement c’est peu épanouissant, mais ce genre de ‘Tree call’ de plus en plus fort, et les années qui passent si vite… Ce bouquin me secoue à un moment spécial de ma vie, disons. J’y pense tout le temps, que faire du reste de ma vie, et tout… (bon comme quoi, ça confirme à nouveau, et dans mon discours et dans L of Luna et dans ta présentation, que les arbres ont ce pouvoir militant indirect, moins visible peut-être, de nous remuer existentiellement
(damn, le commentaire qui prend son envol tout seul !)
Et donc, bref, je me dis que tenter de traduire ce parcours très initiatique pourrait m’aider â y voir plus clair…. Et donc, merci +++++ pour la proposition du coup de main, si je me lance, ce sera avec grand plaisir (& nécessité) que j’accepterai, oui :)))
Pas tant d’ailleurs pour des tournures complexes que pour des questions sémantiques. (bref)
i have to climb down, Moss & squirres kisses :)
Mmh oui, je me doute bien que la période se prête pour toi aux questionnements sur choix de voie (et que la date de reprise doit faire un sale effet à l’horizon)… J’y crois, oui, à ce pouvoir des arbres – et je sais aussi, d’expérience, pour les avoir pris pour tuteurs en des périodes perturbées, qu’ils partagent aussi la patience de la poussée. Growing is forever, et le reste de ta vie, assez vaste pour promettre encore des surprises de canopée…
(HS again, mais je vote pour la typo la plus mignonne du mois, là : "même si j’aime encore des aspects d’ocre lui" :))
(Très & trop plus tard…)
Oui, tu ne crois pas si bien dire, l’ambiance nidesque est aux grandes conversations existentielles – toujours bénéfique. Alors j’essaie de ne pas trop paniquer et de prendre mon temps avant les décisions intempestives… Merci infiniment pour ce ‘growing is forever’, oui, c’est tellement ça :)))
(et je me dis, là, que j’ai tant de chance d’avoir une amie qui ressent à ce point la justesse des situations & partage le feeling empathe de tout ça, et une grande moitié qui me comprend parfois mieux que moi-même, et qui arrive à percer la coque de conditionnement social & universitaire toute imprégnée de ‘mais j’ai pas le droit d’abandonner’… et tous ces arbres, oui, partout autour, si vivants… j’ai beaucoup de chance :))) )
D’ailleurs, en parlant du sentiment des arbres vivants et ‘accompagnateurs’, j’ai carrément sursauté lors d’une des promenades de petits primates en goguette, face à une rangée d’arbres que je connais bien, sur la route en bas du Nid, qui se balançaient tranquillement dans une petite brise, et comment te dire, tout à coup je les ai * vus *, vivants (je n’ai pas d’autre terme pour décrire ce sentiment indéfinissable), présents, discutant entre eux et nous faisant bonjour peut-être (nan nan pas du tout en délit d’anthropomorphisme ^_^), enfin bref, j’ai réalisé brusquement qu’ils étaient * là *, pas seulement posés comme des meubles ou de la déco, mais … vivants, oui, encore une fois, croissant et poussant et présents depuis le début, attendant presque malicieusement qu’on les remarque… Et là j’ai vu tout le paysage déroulé devant moi, les arbres plus petits, l’herbe rase du pré, les bosquets, les ronces, les nuages, le ruisseau que tu connais, et tout ça était vivant et relié avec son existence propre (et nous on marchait en lui, si tu veux) et semblait porter un secret que seuls nous humains n’entendions plus…
Une sacrée impression, je peux te dire :)
Pour la petite histoire ce n’étaient pas de hauts séquoias (j’aimerais bien avoir ça ici *.*) mais tout de même des conifères, des mélèzes en l’occurrence. Je me souviens avoir été surprise, dans la post-face d’un livre sur la ‘femme qui parlait aux arbres’ (pardon, il faudra que je retrouve la référence, souvenir d’une femme Prix Nobel de la Paix, en Afrique subsaharienne, son nom sur le bout de la langue et que je confonds tout le temps avec l’indienne Vandana Shiva !), et qui disait qu’elle ne ressentait rien avec les conifères, qu’ils étaient différents, qu’ils ne parlaient pas. Très étonnée je fus, et je suis encore, quand j’y repense et que je croise certain pin sur un petit chemin, ou même tout bêtement notre grand copain du moment, le sapin du Nid que nous voyons toutes les deux toute la journée :)
Bon, j’ai tartiné un peu, avec tout ça, et je ne sais plus ce que je voulais ajouter d’autre lors de la première mouture de mon commentaire. Ah, si, dans The legacy of Luna, il est fait mention (un peu vite) de Leonard Peltier ; et puis il y a qq news sur le docu ‘if a tree falls’ sur Tw, mais je me suis laissée déborder (ça va vite avec cet oiseau bleu, là) et il faut que je regarde plus précisément…
Avec tout ça, une petite pensée pour ton hêtre pleureur tout blessé… J’espère qu’il va s’en sortir !
(et repensant brusquement à Steppe sur son rocher, je me demande bien si ça bouture facilement ou non, un hêtre… ah je suis si ignorante de toutes ces choses, je te jure, quand je suis devant un arbre ou un piaf non identifiables, je me sens bête ! Et le mot est pour le coup fort mal choisi :P)
Bises de hêtre, alors :*
(paraît qu’ils – les hêtres – reculent vers le nord-est, avec le global warming… ici il y en a encore pas mal, parce qu’il fait moins chaud, mais bon :/)
Hey,
Yes, je vois bien le genre de trip avec les arbres – on vit pour ce genre de moments, pas vrai ? en mode ‘mitakuye oyasin’, on est tous liés… :)))
En ville, cette façon d’utiliser le vivant comme, comme tu dis, élément de décor (et la déchéance qui trop souvent en découle en coin pipi-pour-toutou, coin clope & mégots), j’ai de plus en plus de mal à le supporter. Je voulais me faire une fois de séance de photo-shoot dans St-Cloud, montrer tous ces grillages d’où percent des branches comme des bras de prisonniers tendus vers le plus vaste, l’évasion, l’horizon… Et pourtant, même en ville, j’ai aussi de ces moments, surtout la nuit, quand reflue le monde des hommes, il se passe des choses alors :))
Je suis tout aussi insatisfaite de mon ignorance – je ressens vraiment ça, selon l’expression rencontrée dans La pratique sauvage de Gary Snyder et depuis adoptée par ma pomme, comme, non de la bêtise (c’est vrai, ça, le ‘blème c’est qu’on n’est pas assez bêtes ^^), mais de l’analphabétisme…
Hey, et babelio me souffle que tu l’as chopé, le guide ornitho désiré ! :-) Qu’est-ce que je peux traîner en ce moment sur les sites sur le sujet, c’est fou ! Je voulais même faire un blog annexe à la lecture du Refuge de TTW, où chaque chapitre se place sous le signe et le patronage d’une espèce de piaf – faire une genre de table des matières avec photo et link vers chacun des évoqués… et puis pas eu le temps. Ce sera pour une relecture, maybe…
Je vois bien, la nana qui parlait aux arbres, y a eu tout un flux d’articles l’an dernier en ultime salut à sa mémoire… ‘Ttends, voilà, c’est vite retrouvé, c’était Wangari Maathai ! Pour le truc du rapport aux conifères… je ne sais pas dans quel contexte elle disait cela, mais je me demande si ce ne serait pas lié, maybe, à une histoire de paysage d’enfance ? (me suis enfoncée avec plaisir, again, sur les sentiers explorés par Gary Paul Nabhan que tu connais avec l’histoire de Vavilov, et il en a tout plein, justement, d’histoires autour du lien entre des autochtones et la terre même qu’ils habitent, ce qu’il appelle les ‘cultures of habitat’. C’est à la fois très universel, enfin je ne sais pas si c’est le mot, très tout-est-lié quoi – il fait par exemple de ces liens de ouf’ entre son héritage libanais et les cultures ancrées dans le désert de Sonora – et en même temps ça évoque un truc bien paumé dans notre monde occidentalo-moderne, la sensation ancestrale de savoir sa place sur terre, et de tirer ce savoir de la terre même où l’on a grandi… Allons bon, voilà que j’en remets une couche sur la tartine ^^)
Merci pour le grand blessé, je fais de suite suivre les ondes par la fenêtre ouverte ! Lui semble tenir pour l’instant, je sais pas si c’est la présence des oiseaux qui ne l’ont pas déserté (*eux*), mais on sent qu’il y a de la vie… Pour la bouture, j’avoue tristement n’en avoir pas la moindre idée, je n’ai jamais eu l’occasion d’en faire :( Mais tiens faudrait que je demande à ma mère, elle saura peut-être, et a plus d’expérience que moi via son jardin…
Un salut aux mélèzes la prochaine fois que tu les croiseras ! :)
(je suis la lanterne rouge des réponses de comm’, décidément…)
Oui c’est bien elle, Wangari Maathai en effet ! De mémoire, elle disait ça dans la préface d’un petit bouquin de poche intitulé (je crois, hein) ‘La femme qui parlait aux arbres’. Je ne sais pas trop le contexte non plus, m’enfin en attendant, les mélèzes & autres résineux continuent de faire des signes grands mais discrets – mais comment réussissent-ils ce prodige :) – et les fameux mélèzes ont d’ores et déjà été repérés par une toute petite miss en goguette ^_^
(Et, yep, on vit pour ces moments-là, à un point… :) )
Sinon, oui j’ai trouvé un petit guide ornitho, pas la référence – je crois bien que c’est toi qui l’a trouvée en l’occurrence – mais il y a quand même quelques centaines d’espèces, ça ira bien pour commencer, d’autant que je n’ai pas vraiment trouvé le temps de potasser, encore ^^"
(et je suis en pleine rechute arbresque & plantounesque en plus, là je bave sur des herbiers de montagne et des clefs de détermination :D)
Et donc je termine cette réponse incroyablement tardive avec une pensée, à nouveau, pour toi et tes pérégrinations urbaines mâtinées (& matinales :P) de corbeaux et canards, et de racines résistant aux humaines constructions, yes :))) tant qu’on n’est pas analphabêtes du coeur, y aura toujours moyen de rattraper un (petit) peu le (vaste) reste ! ;)
Bises de résine :*
Hey,
Niveau guide ornitho, je ne sais si c’est ze référence, mais en tout cas la nana qui me l’a conseillé s’y connaissait, en avait testé plusieurs et paraissait avoir un gros penchant pour les Delachaux… Il est assez exhaustif, manque juste, pour les débutants, des suggestions par type d’habitats, ce qui eût facilité la prise en main… M’enfin je suis contente, de 1/ c’était l’occaz de soutenir financièrement la petite assoc’ écolo locale qui vendait ça, et de 2/ rien qu’en une semaine de vacs je l’ai trimballé partout, même ma maman s’est prise au ‘jeu’ ^_^, bref on s’entend bien !
Les pérégrinations urbaines sont suspendues pour encore quelques jours, ce qui me va bien, mais les oiseaux restent au rendez-vous (foulques macroules & poules d’eau pour les plus récentes rencontres) ;)
Un salut à la treehuggeuse en herbe, et aux herbes en fête !
Hel’