Avant l’Hiver
Architectonique des Clartés
Roman en lambeaux
Auteur : Léa Silhol
Editeur : Les Moutons électriques
Collection : Bibliothèque des Vertiges
Année : août 2008
Couverture et graphisme : Sébastien Hayez ; photographies intérieures par Mad Youri, Léa Silhol, Isabelle Ballester, & André-François Ruaud. Avec la participation de Nitchevo Studio
Autre édition : édition “regular” en format softcover (sous une couverture et un format différents)
Présentation de l’éditeur :

(© Sébastien Hayez)
Histoire de saison, suite et non-fin…
L’été traîne et le monde se traîne, je grogne toujours autant et comate encore de jour. Quand soudain… non, pas un flocon – on sonne à la porte.
- Yes, que… ?
A peine le temps d’apercevoir un facteur crevé et transi de froid, un éclat brillant, un éclair blanc, et BAM ! étalée au sol, la Psyché.
Avant l’Hiver est de retour pour le second round. Catégorie poids lourds.
Pour ce qui est du corpus principal de ce roman en lambeaux, je ne retire pas un mot de ce que j’ai dit dans un précédent article, au contraire : mes premières impressions n’ont fait que se renforcer depuis – idem, & harder. Alors revenez un peu en arrière, et appuyez sur le bouton -
REPLAY. Histoire de saison : Vous êtes // FAST FORWARD // … flocon … … … fracassant … … ‘juste’ un chef-d’oeuvre … Vertigen … gravement aimés … toute beauté. Une couv // STOP // REWIND // PLAY // l’on serait sacrément tenté de s’attarder sur le seuil // PAUSE
Eh bien, justement, attardons-nous sur le seuil, puisque nous avons affaire à une édition très différente de la softcover. Avec son format particulier et son imposante couverture cartonnée, Avant l’Hiver s’offre au regard et à la lecture dans une somptueuse édition, à travers laquelle auteure et éditeur montrent qu’ils maîtrisent parfaitement l’art, trop délaissé en France, du collector. Ce livre, j’ai passé une après-midi entière à le contempler, le toucher, l’explorer sous tous les angles, et j’ai encore et toujours les yeux qui brillent et la main irrésistiblement attirée lorsque je le vois dans ma bibliothèque – et je reste carrément hypnotisée par sa dustjacket innovante, splendide et resplendissante dans sa blancheur, où sont bousculés les codes de présentation pour donner plus de force au symbolisme des illustrations.
Et si on passe le voile ? sur quoi allons-nous tomber, derrière la dustjacket – ou plutôt, qu’est-ce qui nous tombera dessus ? Déjà, tous les lambeaux qui composent Avant l’Hiver, ce qui fait un sacré paquet de superbes chocs à encaisser, entre les révélations fracassantes, les heurts politiques et les tempêtes émotionnelles. J’en ai parlé un peu plus tôt, j’en reparlerais bien sans fin mais je crains une fuite éperdue de l’auditoire, donc avançons…
Press FW // Et passée la couverture … premier vertige … … réalité … librement … pages // FW 2x // complexité … Kelis … symboliques … danse … bris // FW 4x // fascinationaimeparifolierefletcoeurrévélationsmythesmanoeuvrescruelrouagesintense vibrantNuitardentepeurextasevague // STOP
C’est ici que nous nous séparons des lecteurs de la version softcover. Tandis que, encore sous le choc et sous le charme, ils s’acheminent vers la Reine des Neiges et les dernières pages, nous dévions vers une plus longue route, en nous engageant dans la partie Architectonique, augmentée d’une bonne centaine de pages par rapport à l’édition “normale”.
Les dépendances de cette Architectonique constituent autant de pièces passionnantes à explorer pour les coeurs épris et les esprits curieux de l’oeuvre de Léa Silhol. Dans la continuité de la démarche adoptée pour Avant l’Hiver (et au-delà, pour Fovea), l’auteure multiplie les approches, les voix, les points de vue, les interlocuteurs ; livre des clés sur un plateau tout en voilant parfois les portes qu’elles ouvrent, et inversement ; opère des crossovers entre les média, de la photographie au texte en passant par les graphiques, entre les époques (nous offrant, en échos thématiques, la première version d’une nouvelle, ou des extraits d’entretiens réalisés au fil de sa carrière) – mais aussi entre réalité et fiction, lorsqu’elle invite à la rejoindre en ces pages le barde et enquêteur Kelis, le photographe Mad Youri, Clémence Fournerie, intervieweuse et rédactrice pour la revue Fées Divers, et d’autres encore… A travers ces oeuvres et documents, nous progressons toujours plus avant dans l’univers de Léa Silhol, vers la compréhension de la Féerie, de la structure ou de l’histoire des Cours, du motif de la Reine des Neiges et de la signification complexe des saisons dans ses mondes.
Des surprises particulièrement vives nous guettent au fil des pages, tel ce “Winter Monochrome Set”, maillon important, à la fois éclat du miroir fovéen et preview de ce qui se prépare dans l’ombre de Nitchevo Factory. Cet ensemble de poèmes adressés à un Kay, dits par une voix déchirée dans le souvenir cristallin (ou… encore plus fin… l’espoir ?) d’un été, et accompagnés de photographies fragiles comme une émotion, puissantes comme une obsession, m’a touchée en plein coeur, et renvoyée droit sur ce point de chute où m’avait laissée Fo/vea, sous l’impact de textes comme “G.” & “Kay”, ou “Don’t” & “Why ?” Tout comme les blessures d’Hiver, les paroles de ces poèmes échappés de livres à venir s’inscrivent profondément en nous, joignant leurs élancements à nos propres tremblements.
Plus surprenante encore, la dernière partie, “Flexing the Echo”, donne à découvrir une facette encore inconnue de Léa Silhol. Au fil d’un jeu de variations et rebonds où l’auteure et le photographe Mad Youri se renvoient à la volée images remixées et textes les illustrant, naît une série d’oeuvres étrange, où se mêlent le regard de deux complices sur un décor surréaliste, les paroles de deux humains dans un panorama de fin du monde. L’expérience du crossover trouve ainsi un aboutissement fascinant dans ce dialogue d’artistes capables d’abstraire le monde dans un paysage, et de s’en abstraire dans un même mouvement – pour regarder l’autre. Et l’on referme Avant l’Hiver comme on émerge d’un rêve hallucinant, car “Flexing the Echo” possède bien toute la puissance des rêves…
N’en déplaise donc aux frileux insensibles à l’excitante beauté de l’œuvre de collection, Avant l’Hiver est un ouvrage magnifique, où la puissance du contenu trouve son juste reflet dans une recherche esthétique audacieuse. Et comme il en va pour tout concept déposé sur l’établi de Léa Silhol, celui du collector est ici pensé et poussé à son extrême, à travers la centaine de pages de ce que l’on hésite à appeler trivialement des bonus, tant ces textes, et les échos photographiques qui les accompagnent, sont essentiels.
Rare et indispensable, limité à 70 exemplaires mais réalisé dans un esprit défiant toutes limites : un livre selon mon coeur !
Un Fil d’Ariane :
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Sur le site de Léa Silhol, la page de l’édition hardcover dans la section consacrée à la Bibliothèque des Vertiges
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La fiche de cette version collector, sur le site des Moutons électriques
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Je remets aussi un lien vers le blog du graphiste Sébastien Hayez, où il expose pas à pas les étapes de son travail notamment autour de l’édition hardcover
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Pour plus de détails : voir le précédent article sur l’édition softcover
(Petite) cartographie de la (grande) partie Architectonique :
ECHOSPACE : Du battement des coeurs de glace
WINTER PARK : Remixer l’Hiver ? – “Passing By” (version originale – short dub) – Imbedded with the Snow Queen – Sampling the Flakes – Winter Monochrome
TEKTÕN : De la naissance de nos hivers – Arbres d’Hiver – Miroirs de Faille (Tentative de topographie des Dix-Neuf Cours) – Impossibilités numérologiques (des cours du Dagda & de l’esprit fae)
FLEXING THE ECHO


Et une chronique selon mon coeur! Superbe Hélène, je suis à 100% de ton avis. Et les Kay Songs…. ha…
Les deux articles consacrés à Avant l’Hiver ont eu raison de moi ^^ Ma commande est passée…
Merci Psyché pour toutes ces découvertes!
Bonne lecture alors, vu ton article sur “La Sève et le Givre” tu devrais adorer AH ;-)