Le Calepin Jaune n°15
Revue
Auteurs : Collectif ; dirigé par Estelle Valls de Gomis
Editeur : association Le Calepin Jaune
Année : décembre 2007
Couverture, illustrations intérieures : Michelle Bigot
Un de mes grands regrets quant à ma découverte très tardive du web et de tout le beau monde de l’imaginaire auquel la toile me donna accès, c’est de n’avoir pu suivre depuis le début certaines aventures éditoriales – celle de la revue Le Calepin Jaune par exemple, même si j’ai eu le bonheur de voir naître la maison d’édition qui lui est associée.
Le Calepin Jaune, publié par une fine petite équipe sous la direction d’Estelle Valls de Gomis, et auto-proclamé “Fanzine des littératures de l’Imaginaire”, c’est à ce jour 15 numéros réguliers parus, plus un hors-série consacré aux “Pin-ups et histoires d’horreur des années 1950″, ainsi que deux recueils désormais épuisés (Avertissement à qui voudra m’aimer de Nico Bally, et Les Gentlemen de l’Etrange d’Estelle Valls de Gomis – ce dernier ayant été récemment réédité dans une version remaniée et étoffée). Des centaines de pages, donc, dont se dégage un fort – et délicieux – parfum 19e siècle et décadent, refuge des dandies, poètes maudits, buveurs d’absinthe, et de créatures échappées d’autres mondes…
Je viens de finir la lecture du numéro 15. Illustré cette fois par Michelle Bigot dont, décidément, j’apprécie énormément le travail (voir entre autres ce qu’elle a réalisé pour les Moutons électriques), il décline son sommaire en sept nouvelles et une interview (de l’auteure Charlotte Bousquet, pour la sortie de son bel ouvrage Lettres aux ténèbres dont je reparlerai un de ces jours).
Les deux nouvelles qui m’ont fait la plus grande impression ouvrent et ferment la ronde des textes. A plusieurs reprises déjà, j’avais été frappée par l’étrangeté marquante qui se dégage de certaines oeuvres de Justine Niogret, et “Ni Chair ni Os” n’y fait pas exception : en quatre pages, elle dresse le portrait d’un groupe d’éclaireurs explorateurs de mondes pour le compte des colons, et exprime l’ivresse étrange des espaces vierges dans une intensité fascinante et farouche. Après cette lecture, je n’en suis que plus impatiente de voir paraître le premier recueil de Justine Niogret, Et toujours, le bruit de l’orage…, annoncé pour juin 2008 aux éditions du Calepin Jaune.
L’ambiance est tout autre dans “Volontaires pour la Mort Noire” de Thierry Rollet, texte assez long dont le premier chapitre avait été publié dans le numéro 14 du Calepin Jaune. Une efficace, même si un brin prévisible, nouvelle aux accents à la fois exotiques et lovecraftiens, située dans le décor – bien posé – des Indes coloniales.
Les autres nouvelles offrent d’agréables voyages vers ailleurs, une plongée dans un autre siècle peuplé d’artistes, de fantômes et d’amoureux, aux décors de mines, de manoirs, ou d’assommoirs. Ainsi Patrick Duclos dresse le portrait énigmatique d’un peintre obsédé par une plaine qu’il n’arrive pas à peindre (“Le Paysage”), tandis que Stella Guerden, inspirée par Degas, explore les différentes facettes d’ une heure exquise inspirée, elle, par l’absinthe (et superbement ilustrée par Michelle Bigot). A travers “Violette – Une histoire idiote”, l’auteur d’ Avertissement à qui voudra m’aimer reçoit lui-même une singulière mise en garde contre les dangers de l’amour. Quant aux nouvelles de Patrick S. Vast et de Frédéric Durand, elles nous rappellent que le mystère sait investir également ces symboles de la modernité qu’étaient alors la mine et le train. J’ai toujours eu, hélas, beaucoup de mal à accrocher aux nouvelles prenant pour thème et décor la mine, sans doute en raison de mon passif de Lorraine évadée de la morne vallée de la Fensch, et donc le texte de Frédéric Durand, “Le Piqueur”, n’a pas vraiment piqué mon imagination. En revanche, j’ai plutôt apprécié la nouvelle de Patrick Vast, histoire d’un rendez-vous particulièrement important (“Le Rendez-Vous de Folkestone”).
Bref, c’est toujours un délice que de se laisser entraîner dans les univers fascinants déployés dans les pages du Calepin Jaune. Et vivement le numéro 16, attendu pour fin avril !
Le Fil d’Ariane
• Le site de la revue et la page consacrée au numéro 15
• Le site d’Estelle Valls de Gomis, où l’on peut retrouver certaines des illustrations réalisées pour le fanzine
Cartographie
Editorial
Justine Niogret “Ni chair ni os” – Patrick Duclos “Le Paysage” – Frédéric Durand “Le Piqueur” – Stella Guerden “L’Heure exquise” – Nico Bally “Violette – une histoire idiote” – Patrick S. Vast “Le rendez-vous de Folkestone” - Thierry Rollet “Volontaires pour la mort noire” (part 2/2)
Interview de Charlotte Bousquet

Tiens, je ne savais pas que tu avais un blog. Tu seras donc, chère Psyché, bientôt intégrée dans ma liste de blog sur le mien (de blog)…
J’aime ausis beaucoup La revue le calepin jaune, là j’ai particulièrement aimé la nouvelle de Justine Niogret (qui sort par ailleurs un recueil en juin chez LCJ éditions.
Yep, et pour avoir beaucoup aimé tout ce que j’ai pu lire de Justine Niogret, j’ai très hâte qu’il sorte, ce recueil !
Bonjour,
Très heureux que “Le rendez-vous de Folkestone” vous ait plu. Je ne puis que vous recommander la lecture du “Manuscrit de Walter Ashleigh” et du “Chat du marin”, publiés respectivement dans les numéros 11 et 13 du Calepin Jaune.
Je garde effectivement un bon souvenir de ces deux nouvelles, en particulier “Le Chat du Marin” :)