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Un mot sur une action qui me tient à coeur. Amis, c’est de magie qu’il est question ici.
La magie de l’artiste. La magie de l’art. La magie de la rencontre entre une oeuvre et son lecteur. Les actes de magie accomplis au quotidien, leur pouvoir salvateur, leur beauté essentielle.

Au carrefour de toutes ces magies, une artiste, auteure, éditrice, humaine, earthling : Terri Windling.
Vous dire tout ce que son oeuvre, au sens le plus vaste, et sa présence active en ce monde, a pu représenter et représente encore pour moi… ah, je ne sais par où commencer.

Par son activité, son activisme au sein de la communauté des amoureux des mythic arts, qui permit à ces arts de se créer une place dans le paysage éditorial & artistique, leur donna une réelle résonance, une voix aussi pour dire la réalité de cette résonance en nos coeurs, dire la force des contes, du folklore, des mythes, leur pouvoir actif, de guérison, de réflexion, de cheminement intérieur, leur clairvoyance et leur lumière au plus sombre des forêts de nos esprits ? Par, donc, ses activités via le Journal of Mythic Arts et l’Endicott Studio, ou les publications qu’elle édita, ouvrant voie vers le monde aux oeuvres des Charles de Lint, Patricia McKillip, Pamela Dean, Jane Yolen, Emma Bull, Delia Sherman, Tanith Lee & autres pairs de rêveries, sans oublier Charles Vess, Brian Froud, Thomas Canty, tant d’autres encore…

Par l’enfance ? Par la tendresse de ses peintures ? Par l’attention portée aux contes pour enfants, à leur message qu’elle s’est attachée à transmettre sous ses nouvelles variations ?
Un prochain jour de courage et d’inspiration, je tâcherai de vous parler, un peu, imparfaitement, de l’anthologie The Armless Maiden, and other tales for childhood’s survivors, de ce qu’elle a pu représenter pour tant de ses lecteurs, pour les auteurs aussi, sans doute, qui y participèrent. Ce livre, là, qui parle, à travers le conte, d’enfances brisées et de vies sauvées, et qui sait de quoi il parle… de ce livre il fut dit qu’il a sauvé des gens.
Et que dire du rêve de Bordertown qu’elle contribua à édifier et amener en ce monde ? Bordertown, la ville mythique, à la frontière, comme son nom l’indique, des mondes humains et féeriques, terrain de rencontre, d’affrontement et d’échanges, pour les runaway kids de tous bords et de tous horizons, cité sauvage où poussent magie, musique et arts comme autant de mauvaises herbes – Bordertown, qui signifia tant pour toute une génération de lecteurs, si j’en crois les témoignages online, et la joie manifestée lorsque l’endroit rouvrit récemment ses portes à l’occasion d’une nouvelle antho… J’étais déjà bien avancée en âge lorsque j’ai mis pour la première fois les pieds dans la cité, bien calée sur mes routes et sûre de mon pas, mais quand je repense à une autre cité de Frontière et de refuge, au salut que signifia cette vision-là, le toucher de cette cité, lorsqu’elle émergea sur la fin de mes années adolescentes, à tout ce que j’ai découvert, appris à voir de la ville, de ses magies et des manières de l’habiter, à travers le regard d’artistes et éditeurs de fantasy urbaine tels Charles de Lint, Lea Silhol, Neil Gaiman, Emma Bull, Elisabeth Ebory, et donc, well, Terri Windling elle-même… il me semble bien effleurer du doigt, feeling rétrospectif, la merveille de Bordertown pour la génération qui en franchit le seuil en même temps que ses propres passages adolescents.

Tout cela, cette magie, c’est énorme. Immense comme une existence sauvée. Vaste comme les promesses d’un horizon à explorer, qu’une vie ne suffira pas à épuiser. Et ce n’est pas tout.
Resterait à évoquer encore son oeuvre d’auteur, sa Wood Wife si chère à mon coeur, l’âme du désert aux alentours de Tucson dont je tombai amoureuse sans y avoir jamais mis les pieds, par la grâce et l’influence de ce roman conjuguées à celles de la Medicine Road de Charles de Lint.
Resterait à parler de son blog, source sans fin d’inspiration. D’une dette personnelle toute particulière que je reconnais, entre autres, cette année, pour avoir passé, à un moment de précieuse synchronicité, le lien vers la chanson qui devait m’accompagner à la mort d’une mienne aïeule, rythmant en douceur et douleur le cheminement du deuil. For the light that will stay on, no words but a *thank you* to Terri Windling & the Walkabouts…

Bon. Terri Windling est de ces passeurs, sacrés et humains, à travers lesquels l’art prend son souffle et trouve passage vers l’humanité. Elle est de ceux qui font circuler la magie, du ciel à la terre, d’un coeur à l’autre, et aujoud’hui, l’occasion se présente pour la communauté regroupée autour de ses activités de lui renvoyer quelques grains de cette magie – de ces graines qui se plantent chaque fois que l’on prend soin les uns des autres, de ces herbes résistantes que les auteurs de fantasy urbaine nous montrent poussant dans le béton, repoussant l’aridité dans les coeurs.
Voici de quoi il s’agit :

Beloved editor, artist and writer Terri Windling is in need, and we are asking for your help in a fundraising auction to assist her. This auction will combine donations from professionals and fans in an online sale to help Terri through a serious financial crisis. Terri is the creator of groundbreaking fantasy and mythic art and literature over the past several decades, ranging from the influential urban fantasy series Bordertown to the online Journal of Mythic Arts. With co-editor Ellen Datlow, she changed the face of contemporary short fiction with The Year’s Best Fantasy and Horror and other award-winning anthologies, including Silver Birch, Blood Moon, and The Green Man: Tales from the Mythic Forest. Her remarkable Endicott Studio blog continues to bring music, poetry, art and inspiration to people all over the world.

Terri Windling and her family have been coping with health and legal issues that have drained her financial resources at a critical time. Due to the serious nature of these issues, and privacy concerns for individual family members, we can’t be more specific than that, but Terri is in need of our support. As a friend, a colleague and an inspiration, Terri has touched many, many lives over the years. She has been supremely generous in donating her own work and art to support friends and colleagues in crisis. Now, Terri is in need of some serious help from her community. Who better than her colleagues and fans to rise up to make some magick for her?

That’s where we come in. Until December 15th, we’ll be bringing you auctions (and vice-versa!) of art, books, collectibles, music, and more amazing offers from the awesome fantasy art and literature communities. Please see the About Us page for FAQs on Terri, the auction process, and how you can get involved! Finally, stop by HQ Headquarters to meet your wacky staff. We got cookies!

Cela se passe là : Magick 4 Terri
Et franchement, ces enchères sont un vrai marché de gobelins ! Des éditions rares, souvent dédicacées par leurs auteurs ; des oeuvres originales d’Alan Lee, de Charles Vess ou de Brian Froud, également signées ; un sketchbook de Bill Willingham (!) ; un séjour dans le désert, dans la résidence d’artistes que possède là-bas l’Endicott Studio (!!!) ; des cartes postales de la main d’Ellen Kushner, des poèmes inédits de Charles de Lint enclos en de petits coffrets ouvragés ; des manuscrits, des collectors, de l’art et du bizarre… Franchement, même fauchée comme je suis, c’est un plaisir des yeux que de chiner par là !
Et comme, donc, je suis fauchée, et incapable d’honorer la beauté des offres et l’également généreuse folie des donateurs, je fais ma part en apportant une petite contribution :

La Princesse sous Verre, de Jean Lorrain
(édition dont j’avais parlé ici même)
(et qui est désormais épuisée chez l’éditeur,
j’en ai eu confirmation par un libraire)

(Les enchères font rage jusqu’au 15 décembre encore, après quoi ce sera le moment de collecter les trésors ! Et s’il y en a qui seraient intéressés, mais se trouvent un peu intimidés par le fonctionnement de la chose / le système livejournal / la communication en langue anglaise, ou autres détails techniques, je peux bien sûr filer un coup de pattes…)

Allez, pour finir en fil d’Ariane, quelques ultimes pistes pour les francophones que l’oeuvre de la dame intéresserait :

  • The Wood Wife a été traduit en français, et est désormais carrément dispo en format poche, sous le titre L’épouse de bois (cf l’avis de Fées Divers)
  • Une de ses anthos fut également traduite et publiée (bon, on y perd un peu de contenu, et beaucoup au niveau de la beauté de couv’, mais au moins, c’est dispo à la lecture…) : Blanche Neige, rouge sang – également chroniqué par Fées Divers
  • Une interview en ligne de la dame qui m’a l’air assez récente, qu’en tout cas je découvre à l’instant
  • Toujours à propos de Fées Divers, l’ultime numéro de la revue contient aussi une interview de Terri Windling, ainsi qu’un article de la dame sur “La Mort Marraine” (traduit par les soins de votre humble servante)

Et voilà pour la magie actuellement en branle, people ! :-)

Hop, c’est la journée auto-tatanage de popotin sur Psycheinhell. On ouvre un oeil, on fait un brin la poussière, on se récupère un bout de la couverture temporelle, toujours trop courte, la maudite, et qui avait une fâcheuse tendance à traînailler un peu en exclusivité du côté du fraternel reflet Psychopompe. Bref, on n’est pas mort, et on bouge encore (un peu, et avec l’espoir et l’intention d’un peu plus un peu plus tard, oui-da :D)

Et comme toujours au réveil, on regarde à l’horizon – la meilleure raison de se lever.
Et à l’horizons – well, pleins d’oiseaux dans le ciel, et deux d’entre eux qui pourraient bien être d’une espèce rare, précieuse peut-être. Leur plumage en tout cas est une promesse d’intéressants ramages, perçants ou poignants, peut-être.
Deux anthos, sur des thèmes que j’estime nécessaires et courageux, poussées sous le regard et les ailes de deux anthologistes* dont je respecte très fort l’oeuvre (dans pleins de sens du terme), l’une et l’autre sur le point de paraître :

(* en fait, petite précision par souci de justice, c’est non deux, mais trois anthologistes, l’un des ouvrages ayant été finalement porté à quatre mains, deux paires d’ailes dont une, donc, que je ne connaissais pas jusque-là)

Il y a toujours un choix, quelle que soit la nature de la frontière, même s’il n’est pas toujours fait par celui qui le subit. Est-ce qu’être un homme, ou pas, finalement, ne se résumerait pas simplement à cela ?
(Hélène Ramdani)

Sirènes, manipulations génétiques, enclaves entre les mondes et les hommes… Borders, ce sont dix nouvelles sur les seuils et les passages, sur les frontières entre le même et l’autre, entre les hommes et entre les mondes…

Oserez-vous, avec eux, la traversée des frontières ?

Au sommaire : Yael Assia, David Bry, Fabien Clavel, Marie-Anne Cleden, Sophie Dabat, Ambre Dubois, Franck Ferric, Tepthida Hay, Li-Cam et Don Lorenjy.

Et cela vaut qu’on le mentionne : pour cette antho, les droits seront reversés à RESF!

Pour plus d’infos : la page de l’antho sur le site des éditions CDS

*** ** ***

La guerre, c’est l’opéra grotesque d’un crime à grande échelle ; une forme fondamentale de la nature humaine, le théâtre atavique de la discorde. La guerre, c’est l’abandon de soi dans l’idée commune, et l’expression la plus extrême de la solitude de l’être.

Quatorze déclinaisons sensibles et concernées sur la pandémie la plus imaginative de l’Histoire : de l’esthétique du conflit à la mise en exergue de l’horreur brute d’un enfant-soldat, les textes composent de la guerre dans notre société et nos imaginaires ; de la dissension entre et au sein de nos êtres, de la mémoire dans nos structures, sous toutes nos coutures.
De l’humain bâti sur le feu pour s’anéantir dans ses braises. De la tension, de l’exécution, du souvenir, avec violence, lassitude – avec espoir, parfois ; puisqu’il ne s’agit au final rien de moins, dans toute la splendeur de son ironie, que d’une bataille contre la guerre.
Au sommaire : Stéphane Beauverger, Stéphanie Benson, Pierre Bordage, Charlotte Bousquet, Jean-Michel Calvez, Lucie Chenu, Lionel Davoust, Léo Henry, Jess Kaan, Luvan, Li-Cam, Jacques Mucchielli, Jérôme Noirez, Laurent Queyssi

Pour plus d’infos : la page de présentation sur le blog de Yael Assia

– Et vu la force de ces thèmes, la guerre & la frontière, ou les frontières, j’attends, je nous souhaite, attrapées au vol, quelques belles et brûlantes claques !

Winter is coming…
– et avec lui, comme une envie de suivre le vol des mots comme autant de feuilles glissées des arbres. Comme une envie de saveurs d’automne & de ciselures de givre…

Alors, suivant les rythmes annuels et cycles rituels, un petit tapis de page…

L’an dernier, le vent m’avait poussée dans les bras opiacés de Jean Lorrain, endormie engourdie par les voix de Collection d’Arnell-Andréa…
Cette année, le nouvel opus des Fragments de la Nuit me porte dans le passage au temps des plus longues nuits, apaise la frénésie des journées de course au son d’appels méditatifs telle la “Cyrius B” beautiful track —

— et pile à temps, le très irrésistible Goblin Fruit webzine dépose sur la table son panier de fruits poétiques d’automnale saison.
Come, oh come bite, on chérit tant là-bas la morsure des mots, c’en est un délice.
Come taste, entre autres goblined fruits, le goût des pépins de grenade ;
come taste the red, come feel the darkness –

the ‘argosy of moths’
raven feathers, their lives and leaves
dead loves and haunted girls

Just follow the red thread, and come through the door…

***

Et au passage, un mot sur une oeuvre que je souhaitais évoquer depuis un bout de temps déjà, sans trouver le moment pour – en voilà l’occasion, pour ce rayon de soleil et de miel littéraire qui colora de nuances dorées, en belle synesthésie, un plein mois de février.
Petit volume poétique publié par Papaveria Press, trésor rédigé par l’une des éditrices (justement) de Goblin Fruit, Amal El-Mohtar, The Honey Month est le journal d’une expérience de gourmet inspiré : pendant un mois entier la poétesse goûta chaque jour d’un nouveau miel, de ces nectars dont les noms mêmes sont déjà une invitation à l’imagination – fireweed honey, leatherwood honey, hungarian forest honey – , en décrivit les sensations évoquées, et les transposa en histoires, contes et poèmes.

28 days there are in the month of February, a cold month in our part of the world, a month in which the summer seems an endless dream one had once, long ago. We should not be tricked by the frost, for it was during the dreaming month of February that Amal El-Mohtar composed The Honey Month, a book that tastes and smells of sun. Each day she uncapped a vial of honey, letting the brew inspire the words that became this book. Amal offers us much more than poetry and prose, however. Her words wrap around us like spiderwebs, gently pulling us into the web she weaves, where honey girls tempt and tease us, where things lost return and sorrow paints the leaves. This is a colourful book, but it is by no means a frivolous one. Remember, not all honey is sweet.

Le résultat en est – forcément – savoureux, un plaisir rare.
Mais je ne saurais mieux le dire que le poète et anthologiste Mike Allen, en quatrième de couverture : 

Amal El-Mohtar’s fascinating experiment in literary synesthesia takes the scents, tastes and textures from a gift of assorted honeys and transmutes them through artistic inspiration into a wordsmith’s cycle of fey mischief. These bewitching poems and stories, always sensuous, sometimes sad, unwind a fevered world of magic and longing and young women who chance the uncanny and gain wisdom beyond their years.

Come taste, come taste. Même à moi qui ne suis guère amatrice de ce nectar-là, le goût des mots et la saveur des images fit savourer le miel en bouche…


***

Envie de ciselures de givre, disais-je –
et comment enfin résister à ces lignes, leur finesse, lecture faite un de ces matins d’aube où l’on redécouvre la pureté des premiers froids, le moment parfait :

“Elle est née du givre, hier, sur ma fenêtre.
Les cristaux se déployaient sur les vitres. Méthodiquement, dehors comme dedans. Une couche de lichen blanc qui rampait des bords vers le centre. Elle filtrait une lumière laiteuse. Cassante, même – j’aurais cru pouvoir en détacher des fragments. Une lumière âpre et glaciale qui me hérissait le duvet sur les bras.
J’avais enfoui mon corps sous des couches de laine, mais il frissonnait toujours. Pousser le chauffage ne servait à rien. Le froid gagnait tout l’appartement. Il s’infiltrait jusque dans mes os.
Et puis son visage, sur l’une des vitres… Le motif a mis des heures à se préciser. Le givre progressait par arabesques, trop régulières pour laisser place au hasard. J’ai soufflé pour les faire fondre, mais elles m’ont ignorée. Une silhouette s’affirmait autour d’un visage encore vide – un visage creux à travers lequel la rue se devinait encore. La lumière y sculptait des reliefs. Je ne savais pas que le givre possédait tant de nuances de blanc et d’argent.
Puis le visage s’est détaillé, et la rue a disparu. Il était en relief, cette fois : une sculpture sur glace plutôt qu’un simple tableau de givre. Comme si ses traits naissaient de la vitre elle-même. Très fins, translucides et précis. Des filaments d’argent à la place des cheveux. Une lueur glaciale dans le regard.
Et elle me ressemblait.”
Telles sont les premières, parfaites lignes de la nouvelle “Née du givre”, by Mélanie Fazi – mises en ligne sur le site des éditions La Volte, sur la page de l’antho dans laquelle elle paraîtra fin octobre : Le Jardin schizologique
(come see ?)
*** ** ***

L’hiver arrive, et ça se savoure…

Onirique naissance

L’énigme du moment :

Plus je passe de temps en terres oniriques, moins j’ai l’occasion de dormir.
Mais où suis-je donc ?

Et voilà, une nouvelle aventure commence, et les adorateurs de Morphée poursuivent leur conquête du monde pixellisé.
Avec pour boussole les sons portés par les lyres et délires d’Orphée, à la recherche des voix qui s’y accordent et de toutes les Fatae Morganae dont elles évoquent les fantastiques visions.
Avec dans la poche quelques grains de sable du Marchand, et pour destination la lointaine tour de Babel – histoire d’ajouter notre culturelle contribution au mortier de l’unité.

Bref, pour le dire sans sibyllités :
On célèbre cette semaine la naissance officielle d’Onirismes, webzine fondé par l’ami Martlet, propulsé par une équipe dont certains membres sont déjà bien connus de nos services ^^, et auquel je collabore en tant que co-éditrice…
… et – oh yeah – traductrice. Parce que, voilà :

Onirismes est un webzine bilingue (français – anglais), spécialisé dans la publication de nouvelles de fiction et de poésie, relevant des littératures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction, et variations interstitielles diverses).

Onirismes is a bilingual webzine (English – French), dedicated to publishing short fiction and poetry that belong in the fields of speculative and fantastic literature (Fantasy, Science fiction, and all kinds of interstitial experiments).

Autant dire que j’ai le coeur qui bat, et pas qu’un peu, pour ce qu’on va essayer de mettre en place là…
… L’espace ouvert aux auteurs de tous horizons et de toutes expériences…
… La caisse de résonance offerte à ces voix d’artistes assez puissantes pour franchir la Manche et l’Atlantique, dans un sens comme dans l’autre…

… La sphère de rencontre où l’on espère bien abattre autant de barrières que possible, géographiques, génériques ou autres…
… La place dégagée pour des domaines qui me tiennent à coeur, l’imaginaire bien sûr mais aussi cette autre zone de tous les possibles, cet espace de liberté où s’épanouissent sans limites ni considérations de genre les diverses variations interstitielles – sans oublier la poésie : lectrice très gourmande de ces poèmes dits “mythiques” que l’on peut savourer dans des publications comme Goblin Fruit, l’Endicott Studio, le Cabinet des Fees ou encore Mythic Delirium, j’avoue que je suis très très curieuse de découvrir ce que les auteurs français auraient à nous proposer en la matière…
… Bref, yeah, quoi. ^_^

Dream on!
(and come, come dream with us…)

Il Etait une Fée

Il Était une Fée
15 Contes entre Clair et Obscur

Anthologie thématique

Auteurs : Collectif ; dirigé par Léa Silhol
Éditeur : éditions de l’Oxymore
Collection : Emblèmythiques
Année : octobre 2000
Illustrations : couverture de Sandrine Gestin, illustrations intérieures de Sophie Guilbert

Quatrième de couverture :

Vous avez été bercés de leurs contes et croyez tout connaître d’elles ? Détrompez-vous.
Les fées ne sont pas ce que vous croyez. Leurs cadeaux sont des pièges, et leurs faveurs des prisons. Elles vivent dans un monde entre Ombre et Lumière, qui ne partage ni ne comprend nos valeurs. Pour apercevoir le reflet poignant de cette magie, nous ne pouvons qu’avancer jusqu’à la frontière, cette zone de crépuscule où la rencontre interdite entre nos univers se fait. Et ramener avec nous la brûlure précieuse d’un rire cruel ou de la douceur d’une main. Ici nous nous tiendrons, l’espace de quelques histoires ; histoires où les tours sont scellées et les nefs stellaires, où des guerres se livrent ou des amours se nouent. Et où les fées dévoilent, derrière le masque de leurs mains, des visages anciens et nouveaux ; des visages du passé ou du présent, beaux et terribles, et que nul mortel amoureux de leur peuple ne pourra oublier.

Il était une fée sur une couverture, mordorure d’ambre sur bois sombre, le geste et le regard comme une énigme, une invite, un défi. Il était quinze fois, quinze récits pétris dans la matière ancienne du conte ou du foklore, autant de rencontres uniques avec un merveilleux revisité et revivifié sous la plume d’auteurs contemporains. En message d’accueil, une préface de Léa Silhol entre battement de cœur et réflexion d’esprit curieux, à emporter avec soi tandis que l’on passe le seuil…

Pour faire entrer le lecteur en Féerie, pas de meilleure voie que la perte de repères, le bouleversement. Il attendait des fées, il trouvera une tour, hautement symbolique, dans le superbe conte de Storm Constantine, « Comment la Lumière descendit sur la Tour ». On y dit, dans ce conte, qu’au coeur dense de la forêt est une tour haute, en cette tour une belle dame enfermée pour une raison ignorée ou depuis longtemps oubliée. Certains viennent la chercher, viennent quérir ses lumières ; elle veut rester dans l’ombre, refuse le contact, croit posséder, enserrée dans ces murs, l’autonomie par rapport au monde. Saphariel, ange du sagittaire, ne veut pas de l’autre face à elle, ne veut pas du reflet, ne veut pas voir ni être vue. Et nie pourtant être aveugle. Saphariel croit savoir ce qu’elle est : elle, sans artifice. Jusqu’au jour où la réalité miroitante se présente au pied de sa tour… Une puissante (et très inspirante) entrée en matière que ce récit symbolique, qui emprunte quelques lumières au mysticisme angélique, quelques voiles à l’imaginaire féerique, quelques reflets aux souvenirs de Rapunzel ou de la Dame de Shalott – pour évoquer la force d’inertie que l’on oppose à nos impulsions vers la clarté, tout ce qui nous empêche d’afficher notre identité en pleine lumière. À l’ombre des murs de cette tour, on éprouve pleinement la suspension du temps, de la vie, la lenteur minérale du processus de guérison intérieure, de ce cheminement immobile vers l’acceptation de soi et l’affirmation face à l’autre. Et le regard du monde là-dessus, tout prêt à tisser des légendes sur les voiles dressés entre lui et soi…
Un premier pas, une merveille. Maintenant qu’il est posé que nous ne sommes pas en terres familières, la lumière abandonne ses brûlures et éblouissements de symbole pour se faire, dans « Tu es Pierre… », la promesse insouciante des prochaines vacances d’été sur la peau d’un galopin au cœur assez grand pour y cacher l’existence du vieux nuton qu’il va retrouver dans la forêt. À l’approche de son anniversaire, le garçon se verra offrir par le Petit Peuple un cadeau que l’on dirait inoubliable… Petit interlude plus bucolique, beaucoup moins marquant pour moi, cette nouvelle d’Eric Boissau offre à un conteur légendaire un hommage joliment inspiré, sentant l’enfance, la magie des étés de vacances, et les contes de France.
Avec la « Brise d’été » de Nancy Kress, on pénètre dans l’éternité de la saison figée, et dans une belle, riche réécriture féminine du récit de la Belle au Bois Dormant : et si la demoiselle, pendant tout ce temps, elle seule, n’avait pas dormi, prenant soin jour après jour des habitants immobiles ? Et si elle avait, seule, la Belle du conte, avancé en âge en guettant de loin plusieurs générations de princes, vieillissant, mûrissant ? Quel sens donner à l’épreuve du conte, si elle ne vise le baiser, la récompense d’un héros aventureux ? J’aime la réponse, magnifique, comme j’ai aimé suivre les évolutions de l’héroïne en son monde immuable.
Après ce beau passage ralenti à travers les âges de la vie, la nouvelle de Nicolas Cluzeau survient comme un souffle de fraîcheur légère, tirant de la jeunesse qu’elle met en scène une vivacité piquante, une séduisante irrévérence – sans oublier, bien sûr, cette assurance de jeune fille savante laquelle, combinée à son embarrassante inexpérience, vaudra à Deirdre de vivre sa première (més)aventure chez les fées, ces créatures dangereusement énigmatiques qui aiment entrelacer à leurs sortilèges le choix d’innocentes vierges… C’est un vrai plaisir que de voir l’héroïne de Cluzeau mettre son charme spirituel et son irrésistible caractère à l’épreuve des enchantements féeriques.
On remonte encore le temps de la vie humaine, pour une rapide incursion dans le foyer familial d’une petite fille qui croit apercevoir quelques bouts de fées : ces créatures telles que l’héroïne les devine sont sans doute de délicates petites choses, mais leur existence nous entraîne en zone d’ombre, dans ces recoins de cruauté que perçoivent si bien les jeunes enfants – par la force de l’imagination, par la puissance de l’instinct ? au lecteur de trancher, s’il peut réprimer son frisson de malaise… car l’on effleure ici l’univers brutal du conte, l’image trouble qu’il renvoie d’une réalité non moins prédatrice pour la jeunesse. Sous la plume d’Anne Duguël, l’idée même de tendresse a quelque chose d’alarmant !
Le regard intérieur bascule ensuite de la fille à la mère, avec l’émouvante reprise de l’histoire de la Petite Sirène dans la nouvelle de Melissa Lee Shaw, « La Sorcière de la Mer », balayant d’une vague les stéréotypes à la Disney. Où l’on découvre, cœur serré, que l’amour et le sacrifice de la sirène prennent leur racine dans quelque chose d’encore plus profond. Très poignante, et subtilement cruelle, la première apparition de ces thèmes dans l’anthologie !…
L’émotion se prolonge en teintes douces-amères, un peu moins fortes peut-être à mon goût, dans le conte de Pierre-Alexandre Sicart, « Le Crabe et la Fée », où un gamin rêveur prend l’apparition d’une discrète fée comme clé de compréhension d’un monde qui l’isole, d’une maladie qui menace de l’emporter.
Avec « Comme une Rose Rouge », Susan Wade nous ramène au cœur de la forêt, là où la chaumière d’une sorcière sert de jardin secret à un couple mère-fille réfugié loin de la société humaine – jusqu’au jour où le regard enflammé d’un jeune homme s’introduit dans ce petit monde clos sur un bonheur quotidien. Son arrivée va bousculer un ordre entre nature et surnaturel, et précipiter la belle Blanche hors du jardin maternel, hors de l’innocence… Encore un bel ouvrage que cette histoire, brodant sur les motifs connus du conte une précieuse image de fleur nouvelle.
De la sorcière à la fée, et toujours aussi loin que possible de l’homme et de ses lois… Michelle West fait entendre la voix superbe, cette fois, d’une noble de féerie chargée d’élever une enfant loin des rites de la chrétienté devenue trop puissante ; elle nous dit, pour une fois, le regard des immortels sur l’humanité, sa fragilité, les forces auxquels elle est soumise et qui l’altèrent à chaque instant – et son plus grand pouvoir, susceptible de changer jusqu’au cœur des fées. L’occasion pour le lecteur de quitter sa peau d’humain pour éprouver la sensation d’un temps qui ne passe pas, à travers ce récit dont la majesté même ne saurait dissimuler la pointe émergente d’un certain sentiment…
Les fées demeurent, mais le décor change de surprenante façon dans la nouvelle de Lionel Belmon, « Hexane », qui nous entraîne sur un vaisseau-spatial d’essence très spéciale pour nous offrir, esquisse sidérale, le récit endeuillé d’un mythe fondateur qui abriterait aussi entre ses racines le terreau de nos rêves humains. Au point que l’on serait tenté d’y croire, à cette majestueuse vision…
Je passerai plus rapidement sur le « Conte pour une Fée » de Pierre-Luc Lafrance, où la voix et la vision des fées se font plus triviaux, pour raconter les péripéties un peu burlesques d’un humain surnommé Cochon. À part quelques sourires arrachés par les égratignures faites au schéma classique du conte et une chute amusante, il n’y a pas grand-chose pour moi dans ce passage au ton léger.
De plus en plus, nous sortons de la forêt sur les pas des créatures féeriques. Avec le « Doux Chasseur » de Pati Nagle, nous sommes en bonne et digne compagnie, même si la traque d’honneur qui amène cet elfe en territoire urbain nous conduit en des coins plutôt mal famés. En plus d’une exploration dans les territoires que j’aime tant de la fantasy urbaine, l’histoire possède comme une force empathique, attentive aux pensées d’un être issu d’une société où la vie se respecte jusque dans les pousses des arbres, contraint pourtant à un acte de violence nécessaire, au sein d’un environnement artificiel dont la laideur même lui fait violence. Aussi loin de chez lui, jusqu’à quel point ses rituels de chasseur le protégeront-ils de l’horreur, et de ses séductions ?
« Choses Mortelles » d’Esther Friesner semble répondre en contrepoint à la « Loi des Hommes » de Michelle West. La mère est humaine, cette fois, et bien vieille, à l’âge où l’on souhaite remédier à ses erreurs de jeunesse avant qu’il ne soit trop tard. L’humanité ridée et la féerie inchangée, intriguée, se regardent dans les yeux des années après s’être passionnément enlacées, et tentent de démêler les nœuds d’une énigme où il est question d’un enfant perdu, des violences de l’amour-propre, et de la puissance en face de l’amour. Je ne suis pas près d’oublier le dénouement, les derniers mots de cette nouvelle terriblement belle, où s’entrelacent suspense, sens et sensibilité pour tisser une histoire qui prend à la gorge.
La charge émotionnelle ne se relâche pas pour autant. Dans « Passer la Rivière Sans Toi », où une princesse de sang féerique rejoint la ville pour retrouver sa mère humaine restée de notre côté il y a bien longtemps, il est encore une fois question d’amour maternel, de sacrifice, d’amour filial en retour. Parce que les portes du Domaine des Fey se fermeront bientôt à jamais, marquant une rupture définitive avec l’humanité, tout dans la nouvelle, merveille et douleur, n’est est que plus vif, à vif, brillant ou brûlant. L’enchantement est d’une beauté terrible quand s’y mêle une sensation de fin imminente et le pressentiment d’un choix impossible… J’ai beau, soit dit en passant, m’être détournée depuis des publications de Fabrice Colin, passablement écoeurée par ses activités de ligueur et autres interventions peu ragoûtantes, reste qu’à une époque, ses œuvres avaient su me toucher (et que les relire maintenant ajoute une dimension étrange, un arrière-goût de ‘est-ce que c’était vrai’…) – bref.
Avec « La Guerre de l’Oubli », intégrée à un cycle plus vaste de nouvelles toutes consacrées à divers épisodes de cette lutte féerique, Claude Mamier offre à l’anthologie un finale redoutable, tout en fureur guerrière et amères nuances de regret. Plutôt que de laisser la rupture s’accomplir et leur peuple se consumer dans l’oubli, les fées choisissent une manière bien radicale de se rappeler au souvenir des hommes. Le lecteur, lui non plus, n’oubliera pas de sitôt les visions de cette guerre, et de ce qu’elle fit de la féerie.

Le peuple de féerie comme le petit monde vivant dans les profondeurs du conte doivent beaucoup (n’en déplaise à certains éditeurs/auteurs de ‘dicos’ à la très courte mémoire) au travail de découverte et d’exploration passionnée, militante aussi, conduit et impulsé il y a quelques années par les éditions de l’Oxymore, notamment en la personne de Léa Silhol – à la fois auteure, éditrice, anthologiste, et tout entière à chaque fois. Car pareille anthologie, ça vous altère le regard comme un don octroyé de seconde vue : parce que le vernis de naïveté du conte, l’illusion trop fréquente d’une féerie mignonne ont été, le temps de quelques récits merveilleux, ôtés sous vos yeux de lecteur – ôtés de vos yeux ? –, toujours et partout désormais vous irez voir à travers les apparences inoffensives, uniformément roses ou grises – à travers, et au-delà : la magie, la Féerie, once and for all times.

Le Fil d’Ariane

Cartographie

Avant-propos de Léa Silhol, “Il était une Fée : l’intention et le geste”
Storm Constantine “Comment la Lumière Descendit sur la Tour” – Eric Boissau “Tu es Pierre…” – Nancy Kress “Brise d’Eté” – Nicolas Cluzeau “Erreur de Jeunesse” – Anne Duguël “Comment j’ai découvert que mes Parents étaient des Ogres” – Melissa Lee Shaw “La Sorcière de la Mer” – Pierre-Alexandre “Le Crabe et la Fée” – Susan Wade “Comme une Rose Rouge” – Michelle West “La Loi de l’Homme” – Lionel Belmon “Hexane” – Pierre-Luc Lafrance “Conte pour une Fée” – Pati Nagle “Doux Chasseur” – Esther Friesner “Choses Mortelles” – Fabrice Colin “Passer la Rivière sans Toi” – Claude Mamier “La Guerre de l’Oubli”

Chat sauvage en chute libre

Auteur : Mudrooroo
Éditeur : éditions Asphalte
Traducteur : Christian Séruzier
Année : mai 2010

Présentation de l’éditeur :

Australie, dans les années 1960. En pleine vague de contre-culture, sur fond de jazz et d’existentialisme, un jeune métis aborigène sort de prison. Sa courte errance de ci- toyen libre dans la ville lui fera découvrir les multiples barrières entre lui et les Blancs, lui et les Aborigènes, lui et une société dans laquelle il ne trouve pas ses repères. S’ensuit un parcours initiatique entre déchéance urbaine et retour à la brutalité du bush.
Classique moderne australien, enfin traduit en français,
Chat sauvage en chute libre est un roman politique, mais aussi l’histoire percutante d’une rédemption, d’une quête des origines.

Wildcat falling.
Chat sauvage en chute libre
, dans sa chouette trad’ française qui donne tout loisir de s’exprimer à une langue rythmée comme un pas de danse, classe comme un petit air de gouaille à la face de la gravité victorieuse.
Il n’y a rien à ajouter à ces quelques mots en couverture, idéalement, côté lectrice. Toute la dangereuse séduction du bouquin chante en promesse – crash compris – dans le titre. Mettre la main sur le livre (vite) ; saluer au passage les éditions Asphalte dont voici la première parution, et sans doute pas la dernière que je lirai : hey, littérature urbaine, esprit de contre-culture et goût du vagabondage curieux, que demande le peuple ?
Et c’est parti pour la chute – plongeon dans l’univers d’un jeune métis aborigène.

« Aujourd’hui, c’est fini, les portes vont s’ouvrir et me rejeter, seul et soi-disant libre. Encore une dette payée à la société alors que je ne lui devais rien. »

Horizon porte de prison. En arrière-plan, une petite ville australienne, et une société perçue en mode schizo, décrite de l’intérieur d’un gars qui y sera toujours un outsider. Au loin, à l’origine, et au plus près peut-être, les étendues du bush.

Estampillé classique de la littérature australienne et premier roman jamais publié par un Aborigène, à une époque (1965) où les Aborigènes n’avaient pas même encore le statut de citoyens, traduit en France pour la première fois, Chat sauvage en chute libre évoque donc le parcours d’un métis fraîchement libéré, sinon libre : de la case prison à la case départ, sans autre pactole qu’un maigre pécule de taulard et l’obsession en flashback des souvenirs, voilà dessinée la trajectoire incertaine (à moins de considérer l’hospitalité carcérale comme une certitude) d’un paumé clairvoyant qui refuse le jeu de la société sans pour autant trouver pleinement place, raison d’être, sens à la vie, dans les jeux des bodgies révoltés. Lâché dans la ville à sa sortie de prison, ses pas le font hésiter entre retomber en terres connues, entre vieux potes et ancien ennui, ou explorer la possibilité de réhabilitation sociale que lui offre un groupe d’étudiants intéressés officiellement par la pertinence de son regard, fascinés au fond par sa touche d’exotisme authentique. Au fil des errances et des souvenirs, pas mal de sens cherché, et encore plus de temps passé à ne pas espérer.
Page après page, ainsi, Mudrooroo tape fort et juste, sans épargner personne, usant d’un oeil de légiste pour amplifier la portée de ses coups. Niveau dissection sociale et politique, des ‘détails’ me claquent à la gueule, comme celui des fameux billets de sortie, ces dog licenses que devaient quémander les Aborigènes pour être autorisés à quitter le territoire de leur réserve, ou l’attitude à l’égard de l’Étranger des étudiants qui prétendent l’intégrer à leur groupe, évoquée au cours de dialogues très révélateurs, quelques notes grinçantes dans les mélodies de jazz de la soirée :

“Je cherche des mots qui exprimeraient l’inexprimable.
« Jouer pour gagner, être toujours le meilleur, réussir ses examens, passer par-dessus les autres, tu trouves ça tout à fait normal, n’est-ce pas ?
– C’est la nature humaine, répond-elle.
– Et comment on appelle ça, quand on ne pige rien à tout cet esprit de compétition ? Ou si on le pige vaguement, mais sans vraiment l’accepter au fond de soi ? C’est toujours la nature humaine ?
– D’une certaine façon, oui. (…) »
C’est une chouette fille, celle-là. Je suis même prêt à parier qu’elle est convaincue qu’il n’y a pas tant de différence entre son espèce et la mienne.”

Absolument rien n’est rose dans ce roman sans concessions, et pourtant, justement parce qu’il est sans concessions, envers les illusions comme envers le besoin tellement humain d’illusions, foi, sens ou espoir, tout n’arrive pas à être d’un noir intégral. C’est une des beautés et des forces douloureuses de l’oeuvre, ça, cette rechute en humanité du révolté qui se voulait affranchi de tout lien, et voit parfois vaciller comme un autre mirage son rempart d’indifférence.
Bref, un roman fort, rapide et pugnace sous son apparente sobriété de récit teinté d’autobiographie, et jamais très loin des rythmes et roulements de la musique, de ses impulsions et répercussions rebelles, et de ses douceurs et douleurs inattendues, aussi ; porté par un humour caustique et percutant, qui fait mal même quand il fait rire, et  emporté par une langue qui sait l’art de faire danser les mots sur le papier, même quand le désespoir plombe les pensées ; et là-dessus, quelques irrépressibles envolées d’espoir et de vie, le secret du chat sauvage en pleine Chute.

Le Fil d’Ariane

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