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Hop, je profite des récentes discussions sur l’Oxymore pour évoquer un petit HS qui me tient à coeur :

Ce 29 juin prochain se tiendra à Paris, grâce aux bons soins de l’association UltimArt Creation, une journée de rencontres littéraires avec des auteurs, éditeurs, anthologistes familiers des littératures de traverses et d’interstices. Avec, donc : Léa Silhol, Natacha Giordano, Lucie Chenu, André-François Ruaud, Jérôme Noirez, et Armand Cabasson.
Tout ce que j’aime, niveau littérature française ! Autant dire que j’ai très hâte d’y être, et que ma place est déjà réservée.
Et le programme de la journée :

10h : entrée des spectateurs et ouverture de la journée
10h30-11h15 : Table ronde : “Fantasy, Fantastique, SF, genres et tendances dans la littérature de l’imaginaire francophone” (évoquation et définition des différents genres et de leur représentation chez les auteurs français)
(Natacha Giordano, Lucie Chenu, André François Ruaud)
11h30-12h15 : Table ronde : “Entre les genres, la littérature de traverses et d’interstices”
(Léa Silhol, André François Ruaud, Armand Cabasson, Jérôme Noirez)
12h15-13h15 : Repas.
13h30- 14h15 : Table ronde : “publier des auteurs transgenre aujourd’hui” (nous évoquerons le fanzinat, l’édition pro, ses enjeux et ses différentes formes)
(Léa Silhol, André François Ruaud, Natacha Giordano, Lucie Chenu)
14h30-15h : Lectures
15h-15h45 : Table ronde : “La littérature de traverses, faire rêver ou s’éveiller”
(Léa Silhol, Armand Cabasson, Jérôme Noirez, André François Ruaud)
16h-16h45 : Conférence et débat: “Et Joss Whedon dans tout ça ? Séries télés et intersticialité”
(en présence de Léa Silhol)
17h-19h00 : Session de dédicaces et photos.

L’événement aura lieu, donc, le 29 juin de 10h à 19h, à l’auditorium Jean de La Fontaine (25 avenue du Général Serrail - 75016 PARIS).
Le nombre de places étant limité, il faut réserver son billet (tarif : 10 euros pour les non-membres de l’association) auprès d’UltimArt avant le 20 juin.
Pour réserver, consulter le programme ou les détails pratiques : http://ultimartcreation.com/unjour1.php

Voilà ! Et qui sait ? Au plaisir, peut-être, de se croiser à Paris le 29 juin ! ;-)

[EDIT (19 juin) : Attention, la rencontre est annulée, l'association n'ayant pas reçu un nombre suffisant d'inscriptions. Merci à UltimArt Créations d'avoir tenté l'aventure, et espérons que cette rencontre n'est que partie remise.]

Rêves

Emblemes_RevesRêves
Emblèmes n°4

Anthologie thématique

Auteurs : Collectif ; dirigé par Natacha Giordano
Editeur : éditions de l’Oxymore
Collection : Emblèmes
Année : décembre 2001
Couverture et illustrations intérieures : Ruby

Quatrième de couverture :

Pendant un tiers de sa vie, l’homme n’est pas cet être éveillé et conscient qui contrôle (ou croit contrôler) sa destinée ; il est un rêveur, voyageant au sein d’un monde où l’imagination seule règne en libre maîtresse. Mais ce monde est-il vraiment assez éloigné du nôtre pour que ce qui s’y passe nous laisse inchangés ? Ou les frontières entre l’univers du songe et la réalité sont-elles assez minces et poreuses au point que nous devions nous méfier de ce qui pourrait les franchir, dans un sens ou dans l’autre ?
Sous la plume de sept arpenteurs de ces terres oniriques, une exploration de ce fantastique qui sommeille toujours à la lisière de notre regard, à la frontière de notre conscience…

En ouvrant une anthologie dirigée par Natacha Giordano, le lecteur est assuré de pousser l’exploration des territoires de l’imaginaire jusqu’au coeur des plus fascinants mystères jamais effleurés par les plumes des écrivains. Ce fut le cas pour l’Emblèmes Sortilèges, superbe, et son second ouvrage dans la même collection, consacré aux Rêves et empreint lui-même d’une certaine magie, se révèle tout aussi beau et passionnant - à commencer par les splendides illustrations de Ruby, artiste particulièrement douée pour ce qui est de faire revêtir aux songes et autres mystères une apparence symbolique, qu’elle soit faite d’encre ou de couleurs.

Le voyage onirique démarre en puissance avec Charles de Lint, auteur incontournable sur ce thème - il suffit de jeter un oeil à sa bibliographie française pour comprendre l’importance du rêve dans son oeuvre (exempli gratia, ces quelques titres qui sont à eux seuls une irrésistible invitation au voyage : le sublime “Rêver plus fort, rêver vrai”, le très inspirant “La lune se noie tandis que je dors” qui n’est pas sans liens avec la nouvelle de Rêves, et pour l’anglais son recueil Dreams Underfoot). “Granny Weather” entraîne le lecteur aux pays des rêves, monde parallèle à la mythique cité de Newford qu’il a créée au fil de ses oeuvres ; à la suite de Sophie Etoile, rêveuse et passeuse de mondes entre Newford et la ville onirique de Mabon, on est attiré dans un monde régi par des personnages et une logique de contes de fées, pour découvrir les dangereux effets de la magie exercée dans et sur les rêves. Le charme propre aux oeuvres de Charles de Lint opère à merveille dans cette nouvelle, et comme beaucoup de lecteurs je rêve de retrouver l’univers de Sophie, quel qu’en soit le prix…
Arrive Braunbeck, pour un de ces récits tristes et sensibles, si terriblement humains, dont il imprègne l’univers familier de la petite ville américaine de Cedar Hill. Lorsque les rêves d’un être aimé se font menaçants pour vous, mieux vaut faire appel à la magie pour sauver ce qui peut l’être… Fidèle à son titre, “Le Prix de Consolation” est une poignante nouvelle sur l’amertume des vies ratées, son impact sur les rêves - et l’impact en retour des rêves sur ces vies.
Avec “Une Berceuse d’Eveil“, dont les tonalités elles-mêmes flottent agréablement entre poésie et onirisme, Nicholas Eustache nous emmène dans un monde d’innocence et de magie où le récit et l’interprétation des rêves prennent une grande importance sociale au quotidien. En accompagnant le narrateur pour une nuit initiatique en quête d’un rêve enfui, nous apprenons à relier les songes non seulement à notre monde intérieur, mais surtout au grand univers naturel. Une jolie métaphore sur le pouvoir irradié par les rêves, même si le twist chagrin des dernières lignes m’a semblé de peu d’importance au regard du récit principal…
Claude Mamier ramène assez brutalement ses lecteurs à la réalité, sans trop s’éloigner des terres oniriques. “Un Paysage de Rêve“, récit fantastique des aventures d’une jeune rêveuse écrasée par le poids d’une vie morne, livre sans doute l’approche la plus traditionnelle de l’antagonisme opposant rêves et réalité, ce qui n’ôte rien à l’impact douloureux de cette nouvelle sur le lecteur.
Le texte suivant, selon la tradition d’Emblèmes qui veille à inclure une oeuvre-source, remonte jusqu’à l’Antiquité et à la mythologie transmise par les somptueux récits d’Ovide. Le rêve, ici, s’incarne dans la figure du divin Morphée, et son rôle s’illustre dans l’histoire d’Alcyone, saisie par le poète au moment où une terrible nouvelle lui est délivrée en songe. Un récit d’une grande profondeur poétique, toujours aussi humainement touchant et symboliquement inspirant - je ne m’en lasserai jamais !
Après cette incursion en terres mythologiques, le contraste avec l’approche scientifique choisie par Kristine Kathryn Rusch est assez marquant. A travers l’histoire d’un chercheur qui s’emploie à jeter des ponts entre l’éveil et le rêve en se prenant pour sujet d’étude ainsi que son frère jumeau, on pourrait s’attendre à un récit plus froid, moins puissant émotionnellement - et l’on aurait tort. “Etats Oniriques” est un texte terrible et fort, sur la solitude, sur nos besoins vitaux par rapport aux rêves - encore une très belle surprise de cette anthologie.
Et en parlant de textes forts… La partie “Nouvelles” de l’anthologie se referme sur un sublime récit de Léa Silhol. Deuxième texte publié à évoquer la fascinante cité d’Isenne, “Là où Changent les Formes” aborde le rêve en termes de couleurs, de contrastes, d’extrêmes. Alors qu’aux yeux de l’artiste Estel les hommes ne semblent que fumée, alors que l’art se met en quête des traits de Morphée, divinité protéiforme, la question s’impose de découvrir quelle figure gît cachée, derrière le visage du dieu ou dans les désirs de l’artiste. Toujours présente, la dualité entre rêve et réel s’incarne ici en des formes surprenantes, changeantes, insaisissables - incorporée aux symboles, à l’art, à la réalité des mythes, la dialectique des désirs. Il en sort une oeuvre littéraire ciselée, enchanteresse, vitrail d’une cité d’Artisans dont les obsessions font écho à la fascination engendrée chez le lecteur. Tout simplement magnifique.
L’exploration se prolonge dans une partie d’Analyses en deux temps. Nouvelle surprise, nouveau joyau, l’article de Charles Nodier “De Quelques Phénomènes du Sommeil“, rédigé à l’époque où les principes positivistes commençaient à gagner du terrain, mais d’un grand intérêt encore pour le lecteur actuel, nous livre une passionnante réflexion sur les manifestations du rêve, leur puissance d’inspiration et leur influence sur l’humanité. Enfin, toujours dans la tradition d’Emblèmes, René Beaulieu nous propose quelques pistes de réflexion et suggestions bibliographiques dans son article “Rêver, Ecrire peut-être“.

Une fois tournée la dernière page, et tandis que je me plonge, en lecture parallèle, dans une anthologie anglo-saxonne sur le même sujet (Perchance to dream, dont je reparlerai bientôt), je réalise à quel point le cheminement suivi dans l’Emblèmes Rêves en fait une oeuvre précieuse et marquante : Les auteurs rassemblés ici n’ont pas essayé, en général, de simplement raconter une escapade onirique (même si leurs récits, superbement contés, se dévorent avec bonheur), ils se sont engagés dans une authentique quête de compréhension, en instillant dans leur oeuvre une grande part d’eux-mêmes, leur sensibilité, leurs croyances et leurs failles de rêveurs et d’hommes. Les nouvelles nées de cette alchimie, aussi différentes soient-elles dans leur approche du thème, m’ont ainsi fascinée par une belle alliance de poésie embrumée et de clairvoyance, reflet réussi de ces rêves tressés de brumes d’imagination et de vérités profondes qui nous obsèdent. C’est donc une magnifique anthologie que Natacha Giordano a ramené du monde onirique, aussi inspirée dans ses évocations qu’inspirante pour nos propres rêveries : pour qui sait reconnaître le goût parfois amer des songes, un numéro d’Emblèmes à savourer sans hésiter !

Le Fil d’Ariane :

• Allez, je ne résiste pas au plaisir de vous renvoyer au Maître : par ici, donc, pour la version complète de l’histoire d’Alcyone et Céyx, dans les Métamorphoses d’Ovide, livre XI (ben oui, c’est en latin, vous croyiez quoi ? O_o que j’allais nous priver de la beauté du texte d’origine ? Ceci dit, la traduction française n’est pas dure à trouver…)
• Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur Charles de Lint, un des articles à mon avis les plus beaux et sincères qui aient pu être consacrés en France à cet auteur vient de paraître dans le numéro 2 de la revue Fées Divers : Anne Blaitel y évoque en parallèle le parcours de l’auteur et ses propres explorations de lectrice passionnée (qui passent, donc, par le pays des rêves et le monde de “Granny Weather”). Un hommage aussi inspiré qu’intéressant !
• A propos de la nouvelle de Léa Silhol, on peut consulter avec intérêt la fiche consacrée à “Là où Changent les Formes” sur le site de l’auteure, ainsi que la bibliographie regroupée autour de la cité d’Isenne sur Tisseuse.org

Cartographie :

Avant-Propos de Natacha Giordano
Charles de Lint “Granny Weather” - Gary A. Braunbeck “Le Prix de Consolation” - Nicholas Eustache “Une Berceuse d’Eveil” - Claude Mamier “Un Paysage de Rêve” - Ovide “Le Sommeil et les Songes” - Kristine Kathryn Rusch “Etats Oniriques” - Léa Silhol “Là où Changent les Formes”
Analyses : Charles Nodier “De quelques Phénomènes du Sommeil” - René Beaulieu “Rêver, Ecrire peut-être”

Oxy_logoCes temps-ci, j’ai beau avoir une vingtaine de livres en cours - et une PAL pour laquelle l’expression “en expansion constante” constitue un doux euphémisme -, mes lectures me ramènent toujours à la même étagère, ce pan de mur favori qui abrite notamment l’ensemble des publications de l’Oxymore. C’est donc bien parti pour une relecture intégrale gourmande de toutes les anthos de cet éditeur ! Et ce faisant, je me rends compte (une fois de plus) à quel point leurs ouvrages correspondaient à ce qui est pour moi l’anthologie parfaite (ou le recueil parfait, ou le livre…) Mine de rien, mon amour de la nouvelle remonte à très loin (je peux suivre la piste jusqu’au collège, voire au-delà), mais c’est clair, des collections telles qu’Emblèmes, Epreuves ou Emblèmythiques ont eu pour moi une énorme influence.
Prenez Emblèmes, par exemple. Bordel, je veux revenir à l’époque où j’ai découvert cette revue ! Je me rapelle encore dans quelle circonstance je dévorais les numéros pour rattraper mon retard, au rythme d’un par semaine, lu dans le métro (et on ne compte plus le nombre de stations loupées, ni le nombre de fois où je suis restée plantée sur le quai pour finir une nouvelle !) Le bonheur intégral. Un trajet pour apprivoiser l’antho, se familiariser avec les illustrations, le thème, l’ambiance, et parcourir l’avant-propos - très souvent d’un grand intérêt à lui seul. Puis une nouvelle par trajet, ni plus ni moins, histoire de bien savourer l’ambiance, apprécier les variations du reflet thématique, voire prendre bonne note du nom de l’auteur et de ses oeuvres, pour de futures explorations. Et un dernier trajet pour se plonger dans la partie Analyses. Une fois at home, en fin de semaine, c’était parcours de la bibliographie stylo en main, un dernier regard - éclairé par les textes, cette fois - sur les illustrations, et venait l’heure rituelle du rangement solennel dans la bibliothèque ^_^ 18 semaines de pur plaisir, au total, et une période de découvertes littéraires parmi les plus riches de ma (courte) existence.
D’où cet avertissement à quelques esprits chagrins qui sauront très bien se reconnaître : inutile de venir traîner sur ce blog, où on n’a pas fini d’entendre parler des ouvrages de l’Oxymore. Pas que l’Oxymore, mais tout l’Oxymore, oui (allez, c’est le moment de hurler à la “perversiooooon” !) En fait, si les chroniques ne sont pas déjà là, c’est juste que j’ai les doigts qui jouent au-dessus du clavier une valse hésitante, à se demander comment rendre honneur/hommage à ces oeuvres. Mais ça va viendre, faut juste que je me secoue (je suis sur l’Emblèmes Rêves, là, tapez-moi si d’ici deux jours je n’en ai pas mis en ligne le commentaire :-D - chose que j’eusse dû faire aujourd’hui, mais il y eut dérive vers ce préambule oxymorien)
//évidemment, ce serait tout de suite plus simple si mon modem ne jouait pas constamment à “combien de mots auras-tu le temps de taper avant que je ne coupe la connexion ?” *soupira-t-elle au bout de la dizième interruption*//

Dans l’intervalle, puisque ce blog se veut consacré à la nouvelle, bref récapitulatif (que j’actualiserai au fur et à mesure avec les liens z’idoines) des books de l’Oxy dont j’aimerais bien parler ici (et encore un grand coup de chapeau à cet éditeur pour la part des anthos et recueils dans son catalogue, et pour la qualité desdits ouvrages) :

¤ Collection Moirages :
- Léa Silhol, La Tisseuse (également publié en édition Fission)
- Léa Silhol, Musiques de la Frontière (idem, existe aussi dans une superbe édition Fission)
- André-François Ruaud, Magie Verte
-
Léa Silhol, Traverses

¤ Collection Gemmail :
- Tanith Lee, Ecrit avec du sang (dirigé par Léa Silhol ; une édition collector en Fission)

¤ Collection Emblèmythiques :
- Léa Silhol éd., Ainsi soit l’Ange
-
Léa Silhol éd., Lilith et ses Soeurs
-
Léa Silhol éd., Il était une Fée
-
Natacha Giordano éd., Chimères
-
Léa Silhol éd., Mythophages

¤ Collection Epreuves :
- Claude Mamier, Récits des Coins d’Ombre
-
Léa Silhol, Conversations avec la Mort
-
Léo Henry, Les Cahiers du Labyrinthe
- Mélanie Fazi, Serpentine
-
Jess Kaan, Dérobade
-
Armand Cabasson, Loin à l’Intérieur
-
Lélio, Douze heures du Crépuscule à l’Aube

¤ Collection Emblèmes :
- Léa Silhol éd., Vampyres
-
Natacha Giordano éd., Sortilèges
-
Alain Pozzuoli éd., Momies
-
Natacha Giordano éd., Rêves
-
Léa Silhol éd., Venise Noire
-
Greg Silhol éd., Extrême-Orient
-
Léa Silhol éd., La Mort, ses Vies
-
Alain Pozzuoli éd., Cités Perdues
-
Jess Kaan & Greg Silhol éd., La Route
-
Alain Pozzuoli éd., Sociétés secrètes
-
Léa Silhol éd., Doubles & Miroirs
-
Sire Cédric éd., Polar
-
Natacha Giordano éd., La Mer
-
Antoine Lencou éd., Les Portes
-
Estelle Valls de Gomis éd., Trésors
-
Léa Silhol éd., La Mort, ses Oeuvres (HS 1)
- Léa Silhol éd., Les Fées (HS 2)
- Léa Silhol éd., Tanith Lee (SP)

Bref, une maison d’édition toujours aussi incontournable pour les lecteurs friands de nouvelles !
Un petit Fil d’Ariane pour finir ? L’Oxy-Team maintient un espace consacré au devenir de leurs publications, ainsi qu’aux parcours récents et à l’actualité des auteurs qui ont figuré à leur catalogue, et c’est par ici : Oxymoriens

(Note : Le logo de l’Oxymore, reproduit ci-dessus, est (c)Léa Silhol & PFR)

Passing By

Passing By

Nouvelle

Auteur : Léa Silhol
Première publication : in revue Khimaira n°9 (accompagné d’une interview de l’auteure, dans le cadre du dossier Fées), janvier-mars 2007
Nouvelle publication : très bientôt !

« Car ainsi sommes-nous, êtres de papier et d’étoffe, devant les coeurs de glace et les coeurs de nuits. Incorrigiblement épris, incertains, pleurant, amoureux des brûlures inendurables de leurs étreintes, et inféodés à leurs enchantements. »

Ces paroles, tirées des dernières pages du roman La Sève et le Givre, disent bien tout ce que représenta pour moi la découverte de l’univers féerique de Vertigen, créé par Léa Silhol, et de ses ô combien fascinants habitants. La séduction opéra immédiatement et définitivement, dès la première lecture du recueil La Tisseuse et de La Sève et le Givre, aux éditions de l’Oxymore. Comme beaucoup d’autres amoureux de Vertigen, j’ai attendu, en “chérissant la blessure” et en revenant sans cesse à ces récits féeriques, la parution d’un nouvel opus, Nigredo, qui eut lieu en avril 2007. Mais en janvier de cette même année, avant que les passages vers les Cours ne nous soient de nouveau accessibles, une Monarque d’Ombre traversa la frontière vers les terres de Mortalité - et ce fut la nouvelle “Passing By”, publiée dans la revue Khimaira à l’occasion d’un dossier consacré aux Fées : L’espace d’une nuit, dans l’écrin protégé d’une bibliothèque, Nicnevin prend la parole devant une écrivaine pour lever le voile sur les cours et les coeurs de Féerie, et d’Ombre essentiellement.
J’ai beaucoup de mal à me mettre dans la peau de quelqu’un qui découvrirait Vertigen par ce texte ; ce serait sans doute, alors, l’occasion d’une initiation mystérieuse… Personnellement, c’est une nouvelle que j’apprécie énormément. Il s’en dégage une ambiance feutrée, faite de silence nocturne et de voix de poètes - et en même temps, une grande intensité (car les sujets évoqués appellent la passion), voire la tension et la conscience d’une menace proche qui résonne aussi presque comme une promesse. Complicité et danger, dialogue et duel, le calme apparent et l’intensité sous la surface : la Féerie, telle que révélée par l’une de ses plus fascinantes personnalités.
Car dans ce Royaume où les coeurs semblent indissociables des trois clartés de Lumière, de Crépuscule et d’Ombre qui régissent les cours féeriques, Nicnevin se détache comme celle qui est venue à la Clarté d’Ombre par choix. A la fois lucide et passionnée, elle est à mes yeux l’un des personnages qui perçoit le plus clairement la dialectique des Cours féeriques - et accepte d’en parler aux passeurs de frontière qui, comme elle, se trouvent aimantés vers un monde aussi étranger qu’intérieurement familier. Elle est celle qui se tint aux côtés d’une Angharad quelques temps perdue pour les siens et pour elle-même (La Sève et le Givre), celle que le barde Kelis nommera “le profil dévoilé des enchantements unseelie” (Nigredo). Ses paroles sont aussi intenses que clairvoyantes, et ses enseignements, autant qu’ils portent à la réflexion, ne manquent pas de faire vibrer les coeurs des lecteurs qui se sont laissés captiver par l’univers de Vertigen.
D’où la puissance de cette nouvelle qui ne semble faite que de paroles échangées, et représente tant de choses.

Un texte à lire absolument, donc, pour mieux comprendre les personnages et les mondes de Léa Silhol. Et pour ceux qui auraient manqué la sortie en magazine, qu’ils se rassurent : quelque chose d’énorme se prépare, pour pas plus tard que fin juin, et “Passing By” est de la partie (dans une version remaniée). Je laisse donc aux curieux le soin de découvrir la nouvelle collection lancée par les Moutons électriques, la Bibliothèque des Vertiges (HOLY SHIT, comme dirait Martlet ;)), ainsi que le premier ouvrage annoncé, Avant l’Hiver (par ici pour la version collector), “roman en lambeaux” qui intégrera donc, entre autres, la nouvelle “Passing By”, et surtout beaucoup d’inédits… C’que j’ai hâte !
Plus d’infos également sur le site de l’éditeur.

Ah, dernière chose, puisqu’on parle de l’actualité : paru en 2007, “Passing By” est éligible pour le premier tour du prix Merlin, catégorie “Nouvelles” - entre autres oeuvres passionnantes. C’est un prix du public, aussi chacun peut voter par mail. N’hésitez donc pas à aller jeter un oeil sur la liste des oeuvres, et un bulletin de vote dans l’urne, pour les textes que vous aimez !

Le Fil d’Ariane :

• La page consacrée à “Passing By” sur le site de Léa Silhol
• Le blog de Christophe Duchet

Cartographie :

Le dossier de Khimaira consacré à Léa Silhol, et réalisé par Christophe Duchet, comprend donc :
• un article de Christophe Duchet, “Léa silhol, Les Contes de l’Enchantisseuse”
• une interview de l’auteure, également menée par Christophe Duchet : “Drôles de Trames”
• la nouvelle “Passing By”

 

Il y a eu pas mal de belles publications ces derniers temps, notamment du côté des anthologies, un vrai bonheur ! En attendant que je mette un peu d’ordre dans les brouillons de commentaires en cours, quelques mots sur une parution annoncée, fruit d’un projet de longue haleine, et qui mérite bien qu’on en parle.
Il s’agit d’une anthologie sur le thème du loup dirigée par l’auteure Charlotte Bousquet, en réponse à l’abattage de loups autorisé par les autorités en 2004. Le Crépuscule des Loups verra enfin le jour (sans mauvais jeu de mots) aux éditions du Calepin Jaune dès juin 2008, et, autre raison de s’enthousiasmer, les droits d’auteur en seront intégralement reversés au Parc Alpha du Mercantour. Fidèle à ses exigences esthétiques, le Calepin Jaune nous offre une magnifique illustration de couverture réalisée par Fablyrr, qui signe également certaines des illustrations intérieures, en compagnie de Jijicé et d’Estelle Valls de Gomis ; quant au sommaire, il est plus que prometteur, voyez :

Préface de Lauric Guillaud
17 nouvelles par L
ucie Chenu, Nicolas Cluzeau , Denis Colombi, Christophe Cornillon, Sophie Dabat, Marie-Sophie Davat, Nathalie Dau, Tepthida Hay, Thomas Hervet, Jean Marigny, Menolly, Frédéric Moga, Yannick Peignard, Claude Seignolle, Estelle Valls de Gomis, Jean de La Fontaine et Leconte de Lisle.

Publié dans la collection Passe-velours, Le Crépuscule des Loups est déjà disponible en souscription sur le site du Calepin Jaune
(inutile de préciser que ma souscription est prête à partir !)

Présentation de l’éditeur :

Timide, l’astre nocturne apparaît brièvement derrière l’obscur voile de nuages dont il aime, en son argentin croissant, se parer. Le vent, froid et sec, agite les branches crissantes des hauts sapins aux lignes effilées. Au loin, sur les cimes crénelées, les premières neiges luisent d’un éclat bleuté. Deux prunelles dorées scintillent dans la pénombre de la futaie, puis deux autres, et deux autres encore, peut-être un peu plus moins jaunes, peut-être un peu plus pâles.
Cette nuit, les loups se rassemblent au clair de lune. Quand tous seront présents, leur chant tissé de contes et de légendes, de poèmes et de tragédie, commencera..

Voir aussi la présentation de l’ouvrage par Charlotte Bousquet sur son blog.

Le Calepin Jaune #15

Le Calepin Jaune n°15

Revue

Auteurs : Collectif  ; dirigé par Estelle Valls de Gomis
Editeur : association Le Calepin Jaune
Année : décembre 2007
Couverture, illustrations intérieures : Michelle Bigot

Un de mes grands regrets quant à ma découverte très tardive du web et de tout le beau monde de l’imaginaire auquel la toile me donna accès, c’est de n’avoir pu suivre depuis le début certaines aventures éditoriales - celle de la revue Le Calepin Jaune par exemple, même si j’ai eu le bonheur de voir naître la maison d’édition qui lui est associée.
Le Calepin Jaune, publié par une fine petite équipe sous la direction d’Estelle Valls de Gomis, et auto-proclamé “Fanzine des littératures de l’Imaginaire”, c’est à ce jour 15 numéros réguliers parus, plus un hors-série consacré aux “Pin-ups et histoires d’horreur des années 1950″, ainsi que deux recueils désormais épuisés (Avertissement à qui voudra m’aimer de Nico Bally, et Les Gentlemen de l’Etrange d’Estelle Valls de Gomis - ce dernier ayant été récemment réédité dans une version remaniée et étoffée). Des centaines de pages, donc, dont se dégage un fort - et délicieux - parfum 19e siècle et décadent, refuge des dandies, poètes maudits, buveurs d’absinthe, et de créatures échappées d’autres mondes… 
Je viens de finir la lecture du numéro 15. Illustré cette fois par Michelle Bigot dont, décidément, j’apprécie énormément le travail (voir entre autres ce qu’elle a réalisé pour les Moutons électriques), il décline son sommaire en sept nouvelles et une interview (de l’auteure Charlotte Bousquet, pour la sortie de son bel ouvrage Lettres aux ténèbres dont je reparlerai un de ces jours).
Les deux nouvelles qui m’ont fait la plus grande impression ouvrent et ferment la ronde des textes. A plusieurs reprises déjà, j’avais été frappée par l’étrangeté marquante qui se dégage de certaines oeuvres de Justine Niogret, et “Ni Chair ni Os” n’y fait pas exception : en quatre pages, elle dresse le portrait d’un groupe d’éclaireurs explorateurs de mondes pour le compte des colons, et exprime l’ivresse étrange des espaces vierges dans une intensité fascinante et farouche. Après cette lecture, je n’en suis que plus impatiente de voir paraître le premier recueil de Justine Niogret, Et toujours, le bruit de l’orage…, annoncé pour juin 2008 aux éditions du Calepin Jaune.
L’ambiance est tout autre dans “Volontaires pour la Mort Noire” de Thierry Rollet, texte assez long dont le premier chapitre avait été publié dans le numéro 14 du Calepin Jaune. Une efficace, même si un brin prévisible, nouvelle aux accents à la fois exotiques et lovecraftiens, située dans le décor - bien posé - des Indes coloniales.
Les autres nouvelles offrent d’agréables voyages vers ailleurs, une plongée dans un autre siècle peuplé d’artistes, de fantômes et d’amoureux, aux décors de mines, de manoirs, ou d’assommoirs. Ainsi Patrick Duclos dresse le portrait énigmatique d’un peintre obsédé par une plaine qu’il n’arrive pas à peindre (“Le Paysage”), tandis que Stella Guerden, inspirée par Degas, explore les différentes facettes d’ une heure exquise inspirée, elle, par l’absinthe (et superbement ilustrée par Michelle Bigot). A travers “Violette - Une histoire idiote”, l’auteur d’ Avertissement à qui voudra m’aimer reçoit lui-même une singulière mise en garde contre les dangers de l’amour. Quant aux nouvelles de Patrick S. Vast et de Frédéric Durand, elles nous rappellent que le mystère sait investir également ces symboles de la modernité qu’étaient alors la mine et le train. J’ai toujours eu, hélas, beaucoup de mal à accrocher aux nouvelles prenant pour thème et décor la mine, sans doute en raison de mon passif de Lorraine évadée de la morne vallée de la Fensch, et donc le texte de Frédéric Durand, “Le Piqueur”, n’a pas vraiment piqué mon imagination. En revanche, j’ai plutôt apprécié la nouvelle de Patrick Vast, histoire d’un rendez-vous particulièrement important (“Le Rendez-Vous de Folkestone”).
Bref, c’est toujours un délice que de se laisser entraîner dans les univers fascinants déployés dans les pages du Calepin Jaune. Et vivement le numéro 16, attendu pour fin avril !

Le Fil d’Ariane

 • Le site de la revue et la page consacrée au numéro 15
 • Le site d’Estelle Valls de Gomis, où l’on peut retrouver certaines des illustrations réalisées pour le fanzine

Cartographie

Editorial
Justine Niogret “Ni chair ni os” - Patrick Duclos “Le Paysage” - Frédéric Durand  “Le Piqueur” - Stella Guerden  “L’Heure exquise” - Nico Bally “Violette  - une histoire idiote” - Patrick S. Vast “Le rendez-vous de Folkestone” -  Thierry Rollet “Volontaires pour la mort noire” (part 2/2)
Interview de Charlotte Bousquet

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